Société

[Chronique] Malawi : Miss albinisme à l’assaut de l’ostracisme

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Décomplexés, des albinos du Malawi viennent d’afficher leur beauté dans une élection de miss. Une manière de lutter contre les discriminations et les violences.

Elles fuient habituellement la lumière, à la fois parce qu’elles sont victimes des effets nocifs du soleil sur leur peau dépourvue de mélanine, mais aussi car elles sont la cible des stigmatisations sociales et les martyres des convoitises criminelles. Quel meilleur pied de nez à l’ostracisme que de s’afficher, pour une fois, sous les projecteurs ? Et quel message plus efficace, pour ces physiques jugés insolites, qu’un concours de beauté ?

C’est à Lilongwe que s’est tenue l’élection de « Miss Albinism 2019 » samedi 7 septembre. Si la compétition n’est pas inédite sur le continent – l’Albinism Society of Kenya a organisé l’élection de « Miss et Mister Albinos » à Nairobi en 2018 -, elle prend un sens tout particulier au Malawi, où la chasse aux albinos s’est intensifiée ces dernières années.

Rejet inculte et convoitise malsaine

Dans ce pays, le nombre de personnes atteintes de cette anomalie génétique et héréditaire est évalué entre 7 000 et 10 000. Depuis novembre 2014, une vingtaine d’albinos aurait été tués, et près de 150 cas de violences à leur encontre ont été recensés, selon l’Association des personnes albinos au Malawi (Apam). Souffrant d’un rejet inculte et d’une convoitise malsaine, ils vivent dans une peur constante.

La menace la plus tragique est celle d’agressions motivées par des pratiques rituelles. Réduits en poudre par des sorciers et des guérisseurs traditionnels qui leur prêtent le pouvoir d’attirer la chance et la richesse, leurs os broyés sont intégrés dans des potions prétendument magiques. Pour certains, ces ossements contiendraient même de l’or, et c’est pourquoi certains cimetières sont le théâtre d’exhumations sauvages.

Sensibilisation et solidarité

Quand ils ne sont pas traqués, les albinos sont victimes de discrimination de la part de l’institution scolaire, mais aussi en matière de soin, dans un système de santé peu achalandé en soins spécifiques. Des ONG comme Amnesty international dénoncent régulièrement cet état de fait, comme dans un rapport de 2016 intitulé « Nous ne sommes pas des animaux que l’on chasse ou que l’on vend ».

Pour protéger les albinos, la justice du Malawi a tenté d’interdire l’exercice de la sorcellerie, mesure forcément dérisoire, au regard du caractère occulte d’une activité qui s’embarrasse peu d’autorisation d’exercer. La police n’ayant pas suffisamment de moyens pour quadriller les zones à risque, il reste donc le levier de la sensibilisation et de la solidarité, principalement en direction de la jeunesse, pour démonter ces mythes ancestraux.

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