Résultats

Présidentielle en Tunisie : les instituts de sondage, grands vainqueurs du premier tour

Des partisans du candidat indépendant Kaïs Saïed guettant l'annonce des résultats officiels du premier tour de l'élection présidentielle tunisienne, mardi 17 septembre 2019 à Tunis (image d'illustration).

Des partisans du candidat indépendant Kaïs Saïed guettant l'annonce des résultats officiels du premier tour de l'élection présidentielle tunisienne, mardi 17 septembre 2019 à Tunis (image d'illustration). © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Diabolisés par les partis et les leaders d’opinion, les instituts de sondage n’en ont pas moins annoncé, deux jours avant la proclamation officielle des résultats par l’Instance électorale, le bon ordre d’arrivée des candidats lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Les grands gagnants du premier tour de la présidentielle ne seraient-ils pas les instituts de sondage ? Décriés depuis plusieurs mois, ils ont pourtant annoncé avec une certaine précision, dès dimanche soir, les résultats du scrutin. Ainsi, les chiffres communiqués par Sigma Conseil et ceux proclamés mardi après-midi par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) ne présentent que peu d’écart (l’ordre du peloton de tête étant le même) : respectivement 19,5 % contre 18,4 % pour Kaïs Saïed, 15,5 % au lieu de 15,6 % pour Nabil Karoui, 11 % contre 12,8 % pour Abdelfattah Mourou, 9,4 % plutôt que 10,7 % pour Abdelkrim Zbidi, ou encore 7,5 % au lieu de 7,38 % pour Youssef Chahed.

« Depuis décembre 2018, nous suivions la tendance pour Kaïs Saïed et Nabil Karoui, qui étaient apparus de manière spontanée dans nos enquêtes « , explique Ikbal Elloumi, directeur général d’Elka Consulting.

Dimanche, le sondage réalisé à la sortie des urnes par le cabinet Sigma Conseil a confirmé, dès 17 heures, le tremblement de terre politique, avec la qualification pour le second tour des deux concurrents « hors système ». Les chiffres se sont répandu comme une traînée de poudre – même s’ils n’ont été officiellement diffusés qu’à 20 heures par les médias.

Sous le choc, certains concurrents ont pris acte. D’autres, comme Selim Azzabi, secrétaire général de Tahya Tounes, ont préférés attendre les résultats officiels de l’Isie, qui n’arriveront que deux jours plus tard. Samir Dilou, directeur de campagne du candidat d’Ennahdha Abdelfattah Mourou, a également remis en question dimanche soir le verdict des exit poll, qu’il estimait « totalement contraire » aux relevés réalisés par les observateurs de la formation islamiste présents dans les bureaux de vote.

« L’issue était certaine »

Au fil des dépouillements, les ordres de grandeur avancés les jours et les semaines précédents par Sigma Conseil se sont confirmés. « L’issue était certaine. Le dernier sondage confidentiel Sigma du vendredi 13 collait de près au scrutin, en attribuant 20 % à Kaïs Saïed et 15 % à Nabil Karoui », révèle un ancien du parti Afek Tounes, qui avait eu accès aux données de cette enquête.

Verrouiller les sondages six semaines avant l’élection ôte au citoyen un outil permettant d’éclairer ses choix

Notre source déplore que la loi électorale interdise la diffusion des sondages six semaines avant la tenue des élections. Pour elle, ce « verrouillage », voté par l’Assemblée en attendant de réglementer la profession des sondeurs d’opinion, ôte au citoyen un outil permettant d’éclairer ses choix.

Après avoir fait l’objet de nombreuses pressions et critiques ces derniers mois, Hassen Zargouni, le patron de Sigma Conseil – surnommé l’oracle – , est sorti de sa réserve habituelle pour dénoncer quelques jours avant le vote la diffusion de faux sondages, publiés sur les réseaux sociaux en reprenant la charte graphique utilisée par son cabinet. Une énième tentative de déstabilisation de l’opinion.

Technicité

Aucun parti ou candidat, faute de moyens, d’expérience et de technicité, ne peut cependant se substituer aux instituts spécialisés. Ainsi, Sigma réalise des sondages « en trois strates », faisant varier les secteurs, puis les centres de vote, et enfin les électeurs. « Au final, 1,2 % de l’ensemble des inscrits ont été sondés », précise après analyse l’économiste et polytechnicien Anis Marrakchi. La méthodologie adoptée comprend également des pondérations. Autant d’éléments qui sont pris en compte dans les formules appliquées pour obtenir le résultat final.

Les chiffres ont la vérité dure, mais encore faut-il qu’ils soient correctement considérés. Pour ce premier tour du scrutin présidentiel, cela ne semble pas avoir été le cas. Bien qu’ils ont été alertés depuis plusieurs semaines, bien qu’ils avaient la possibilité de commander leurs propres sondages et qu’ils avaient aussi accès, par le biais d’amis, aux résultats en possession d’autres formations, les représentants des partis politiques traditionnels n’ont rien vu venir d’une débâcle pourtant annoncée. Seront-ils aussi confiants pour les législatives du 6 octobre ?

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