Société

Cameroun : la tentation des écoles internationales

Des élèves de l'Academic school of excellence de Yaoundé.

Des élèves de l'Academic school of excellence de Yaoundé. © Academic school of excellence

Les écoles internationales séduisent de plus en plus les parents camerounais qui n’hésitent plus à y envoyer leurs enfants pour la qualité des apprentissages proposés. Et ce malgré le coût élevé des frais de scolarité.

Sur les collines du Mont Fébé à Yaoundé, les bâtiments du campus de l’Academic school of excellence affichent fière allure. En cette rentrée scolaire, l’infrastructure complètement rénovée n’a rien à envier aux autres bâtisses de ce quartier chic de la capitale camerounaise, où le coût du mètre carré de terrain est le plus cher du pays.

Piscine, wifi, laboratoires modernes, studios de musique… Non loin des représentations diplomatiques et autres résidences de familles fortunées, l’école est à ce titre l’un des établissements secondaires les plus huppés de la ville.

40% d’élèves camerounais

C’est ici que, depuis le 10 septembre dernier, près de 200 élèves répartis dans une dizaine de salles de classe ont repris le chemin de l’école. « Nos effectifs sont extrêmement contrôlés. La moyenne est de 17 élèves par classe. D’ailleurs, nous n’en admettons pas plus de 25 », explique Ndjock Pie Paul, responsable académique au sein de l’établissement, se flattant d’une formation donnant accès à deux types de baccalauréats internationaux. L’un est certifié par la l’Université de Cambridge, l’autre par l’Organisation du baccalauréat international (OBI).

Les baccalauréats internationaux ne sont pourtant pas reconnus dans le système éducatif camerounais. Les titulaires de ces diplômes désireux de s’inscrire dans les universités publiques doivent d’ailleurs passer par une harassante procédure d’équivalence. N’empêche, les parents camerounais sont de plus en plus nombreux à inscrire leurs enfants dans ces formations.

À Enko notamment, l’une des nombreuses écoles internationales qui essaiment dans les villes de Yaoundé et Douala, les enfants issus des familles camerounaises ont atteint le cap des 40% cette année. Une belle place au milieu des 32 nationalités représentées sur le campus.

Des élèves de l'école internationale Enko à Yaounde.

Des élèves de l'école internationale Enko à Yaounde. © Enko

Des frais onéreux, que certains parents relativisent au vu des opportunités qu’offrent les formations internationales

« Nos effectifs de locaux ont rapidement progressé. À la création d’Enko Yaoundé, cette formation intéressait surtout les familles de diplomates, mais aussi celles des Camerounais qui résident ou ont habité en Occident, et qui souhaitent que leurs enfants évoluent dans un système semblable à ceux de leurs pays d’accueil. Nous ne pouvons plus affirmer que ce soit le cas aujourd’hui», explique Vilarienne Tachim, la chargée des admissions de l’école.

Une année à 5 000 euros

Une clientèle assurément nantie qui n’hésite pas à débourser des sommes parfois jusqu’à 100 fois supérieure au Smig qui est de 36 270 Fcfa (55 euros). Au Bridge international college de Douala, par exemple, une année d’écolage peut aller jusqu’à 3,5 millions de Fcfa (environ 5 000 euros). Des frais onéreux, que certains parents relativisent au vu des opportunités qu’offrent les formations internationales.

Entre l’absentéisme des professeurs, les effectifs pléthoriques, ou encore le manque de spécialisation, la balance semble pencher pour ces écoles

C’est le cas d’Hélène Nkongou, 37 ans dont trois des cinq enfants fréquentent le collège Enko. « Cette formation leur donne un accès direct aux meilleures universités internationales. De ce fait, mes enfants n’auront plus à passer par les traditionnelles années probatoires souvent imposées aux détenteurs de diplômes camerounais, ce qui me fera faire des économies », explique-t-elle à Jeune Afrique.

Qualité de l’offre d’apprentissage

Pour cette cadre en service au ministère de la défense, comme pour de nombreux autres parents locaux, le choix des écoles internationales réside plutôt dans la qualité de l’offre d’apprentissage.

Les laboratoires de l'Academic school of excellence de Yaoundé

Les laboratoires de l'Academic school of excellence de Yaoundé © Academic school of excellence

« Ce qui nous a séduits dans le choix de cette éducation, c’est l’aspect d’une école où il y a quelques centaines d’élèves avec des classes de 10 à 20 personnes », commente Laurence Mbiaga, une entrepreneure dont la fille est inscrite à la Rain forest international School. « Il y a énormément d’interactivité et de communication entre les élèves et les professeurs » indique-t-elle, relevant par ailleurs l’organisation de voyages scolaires.

L’enseignement public camerounais étant régulièrement taxé de lacunaire, laxiste et d’autres maux, ces parents affirment rechercher le meilleur pour leur progéniture. Entre l’absentéisme des professeurs, les effectifs pléthoriques, ou encore le manque de spécialisation dans les lycées, la balance semble donc pencher pour ces écoles.

Mais dans un pays où près de 37% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon des chiffres de l’institut national de la statistique (INS), peu de parents peuvent véritablement s’offrir ce luxe.

Démocratiser l’offre éducative

Les écoles internationales veulent néanmoins ratisser large, et elles s’efforcent à proposer des solutions accessibles. Pour contenir leurs coûts, la plupart choisissent d’employer des professeurs locaux, dont la formation est renforcée avec l’assistance de l’OBI.

La piscine de l'Academic school of excellence de Yaoundé.

La piscine de l'Academic school of excellence de Yaoundé. © Academic school of excellence

Dans d’autres établissements, le choix des matériels durables est privilégié au niveau de l’équipement des salles. À l’Academic school of excellence, notamment, les bureaux des élèves, jadis en bois, ont été entièrement remplacés par des tables en plastique, plus solides, lors de cette rentrée.

Résultat direct, les formations internationales coûtent en moyenne 3 000 euros au Cameroun, contre 17 à 20 000 euros dans d’autres pays. De quoi séduire davantage les parents camerounais et démocratiser cette offre éducative encore réservée à la haute classe de la société.

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