Défense

Arabie saoudite : les Houthis sont-ils responsables des attaques d’infrastructures pétrolières ?

Un combattant houthi ouvrant le feu à Sanaa, la capitale yéménite, début août 2019 (image d'illustration).

Un combattant houthi ouvrant le feu à Sanaa, la capitale yéménite, début août 2019 (image d'illustration). © Hani Mohammed/AP/SIPA

Alors que les rebelles yéménites houthis ont revendiqué l’attaque qui a frappé samedi des installations pétrolières en Arabie saoudite, les États-Unis ont expressément pointé du doigt l’Iran. Des questions demeurent notamment quant à l’origine de l’opération et les moyens employés.

Très vite, l’attaque qui a visé un centre de traitement du brut à Abqaiq et le champ pétrolier de Khurais, l’un des plus importants gisements dans le pays, a été revendiqué par les Houthis yéménites, par la voix de leur porte-parole militaire Yahya Saree. Elles auraient été menées grâce à une dizaine de drones, et à la coopération de complices sur le territoire saoudien. « Nous avons le droit de répondre, en représailles, aux bombardements visant nos civils depuis cinq ans. (…) Nos opérations à venir seront plus douloureuses encore, tant que le régime saoudien poursuivra son agression et son blocus », a-t-il mis en garde.

Les Houthis, qui combattent depuis 2014 la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, ont démontré à de maintes reprises leur capacité à s’attaquer à des cibles lointaines et a priori bien protégées. En 2018, le groupe avait ainsi lancé plusieurs missiles sur le territoire saoudien, dont beaucoup avaient été interceptés par la défense anti-aérienne du royaume, dotée notamment du système américain Patriot.

Les Houthis ont de plus en plus recours à des drones pour viser le territoire saoudien. En juillet 2018, c’est l’aéroport d’Abou Dhabi qui est visé par l’un de leurs appareils. En mai, une station de pompage à l’ouest de Riyad est attaquée. Le 17 août, des drones piégés ont également visé le champ pétrolier et gazier saoudien de Shaybah, lui aussi éloigné de la zone contrôlée par les Houthis au Yémen. Autant de cibles éloignées de plus de 1 000 kilomètres de la capitale Sanaa, contrôlée par les Houthis.

Des cuves de la compagnie pétrolière Aramco à Jeddah, en Arabie saoudite (image d'illustration).

Des cuves de la compagnie pétrolière Aramco à Jeddah, en Arabie saoudite (image d'illustration). © Amr Nabil/AP/SIPA

Le 7 juillet, les autorités houthies avaient dévoilé une série de nouveaux armements, dont le drone Samad-3, lequel aurait la capacité d’atteindre des cibles situées à plus de 1 500 kilomètres du point de lancement. « Le Samad-3 a été testé avec succès dans plusieurs opérations visant des aéroports saoudiens. Il utilise une technologie avancée qui lui permet d’éviter d’être repéré par les radars saoudiens », avait alors vanté la communication militaire du groupe insurgé. En théorie, les Houthis ont donc la capacité d’atteindre Abqaiq et Khurais, les deux sites saoudiens visés samedi.

Doutes sur les moyens employés

Pour autant, les premiers doutes quant aux auteurs de l’attaque ont émergé dans la foulée de sa revendication par les Houthis. D’abord ceux du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, pour qui le responsable de l’attaque est tout désigné. « L’Iran a lancé une attaque sans précédent sur l’approvisionnement mondial en énergie. Il n’y a aucune preuve que l’attaque vienne du Yémen », a-t-il notamment twitté.

Puis ce sont les moyens employés qui ont suscité les interrogations. L’ampleur inégalée des dégâts indiquerait ainsi une attaque de missiles plutôt que de drones. Les photos satellite des dégâts causés sur le site d’Abqaiq montrent en effet 17 impacts, alors que seuls dix drones auraient été utilisés, selon la communication militaire des Houthis.

Une vidéo prise au moment de l’attaque sur le complexe d’Abqaiq laisse clairement entendre le bourdonnement caractéristique d’un drone

Par ailleurs, une photo de missile échoué dans le désert a très rapidement émergé. Ni datée ni précisément localisée – elle aurait été prise près de la frontière irakienne – , elle montre les débris d’un missile dérivé du Soumar, de fabrication iranienne. Cependant, une vidéo prise au moment de l’attaque sur le complexe d’Abqaiq laisse clairement entendre le bourdonnement caractéristique d’un drone, précédant une lourde explosion. À cette heure, l’hypothèse d’une attaque coordonnée de drones et de missiles est la plus plausible.

Une image satellite des destructions sur l'un des sites de la compagnie pétrolière Aramco, fournie par le gouvernement américain et DigitalGlobe.

Une image satellite des destructions sur l'un des sites de la compagnie pétrolière Aramco, fournie par le gouvernement américain et DigitalGlobe. © AP/SIPA

Interrogations sur le lieu de départ des attaques

L’une des principales interrogations, et non des moindres, concerne le ou les lieux à partir desquels ont été menées les attaques. La presse koweïtienne rapporte ainsi qu’au moins un drone a survolé la capitale Koweït City, dans la nuit de vendredi à samedi, tandis que plusieurs vidéos prises par des Koweïtiens montrent des missiles de croisière survolant leur territoire. Autant d’éléments qui indiqueraient que l’attaque a été lancée depuis l’Irak plutôt que le Yémen.

Si la piste irakienne a également été évoquée, elle a été fermement démentie par le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, affirmant dimanche que « l’Irak s’est constitutionnellement engagé à empêcher que son territoire soit utilisé pour attaquer ses voisins ». Reste que de nombreuses milices irakiennes sont très proches de Téhéran et sont, de fait, commandées par Qassem Suleimani, le commandant de la force iranienne Al-Qods, très active dans toute la région.

Déjà en mai, une attaque de drones contre le pipeline traversant l’Arabie saoudite d’Est en Ouest avait d’abord été revendiquée par les Houthis, avant qu’un rapport américain ne pointe l’Irak comme lieu de départ. Enfin, un haut fonctionnaire américain cité par la chaîne ABC prétend que l’attaque a été menée depuis le territoire iranien, d’où auraient décollé une douzaine de missiles et une vingtaine de drones.

La péninsule arabique et le Golfe connaissent une crise politique majeure opposant l’Arabie saoudite à l’Iran. Téhéran soutient la rébellion houthie au Yémen, combattue par la coalition dirigée par Riyad. Confronté au durcissement des sanctions depuis la sortie américaine de l’accord sur le nucléaire iranien, l’Iran est soupçonné de plusieurs attaques contres les intérêts pétroliers des pays de la région alliés des États-Unis.

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