Diplomatie

RDC : Félix Tshisekedi à Bruxelles pour tourner la page des tensions de l’ère Kabila

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Félix Tshisekedi, lors de sa visite à Bunia, dans l'est de la RDC, le 2 juillet 2019.

Félix Tshisekedi, lors de sa visite à Bunia, dans l'est de la RDC, le 2 juillet 2019. © DR / Présidence de la République RDC

Le président congolais atterrit à Bruxelles ce lundi pour une visite d’État de quatre jours au programme chargé. Après plusieurs années de tensions entre la Belgique et la RDC sous l’ère de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi devrait profiter de ce déplacement pour marquer une rupture avec les positions de son prédécesseur.

Si un flou a plané autour d’une potentielle visite à Paris, mi-septembre, c’est finalement à Bruxelles – où il a longtemps vécu – que Félix Tshisekedi mènera sa première visite officielle en Europe en tant que chef de l’État, à l’occasion d’un déplacement organisé en grande pompe par les autorités belges. Un choix qui en dit long sur l’importance accordée par le président congolais à ses relations avec le royaume.

Audience royale

Au programme du président congolais, qui sera en Belgique jusqu’au 20 septembre, figure notamment une rencontre, mardi, avec le Premier ministre belge Charles Michel, ainsi qu’avec des membres du gouvernement dont le ministre de la Coopération, Alexander De Croo, et le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders, qui doit aussi l’accueillir à l’aéroport.

Ces entretiens seront suivis par une audience avec le couple royal au Palais avant de clôturer la journée par un dîner à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture Belgique-Luxembourg-Afrique-Caraïbes-Pacifique.

Le reste du voyage doit se répartir entre Anvers et la Wallonie pour des rencontres avec des responsables du secteur diamantaire et de l’Institut de médecine tropicale – en pleine épidémie d’Ebola -, ainsi que des échanges avec des entrepreneurs et des membres de la diaspora.

La visite se clôturera par une rencontre avec Jean-Claude Juncker et Federica Mogherini, respectivement président de la Commission européenne et Haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères.

« Déboulonner le système dictatorial »

Un programme complet, donc, pour une visite importante stratégiquement pour le président congolais qui, bien que minoritaire au Sénat, à l’Assemblée et au sein du nouveau gouvernement, profite de ses déplacements à l’étranger pour marquer une rupture avec les positions de son prédécesseur.

C’est ainsi qu’à Washington, en avril, le chef de l’État avait affirmé être arrivé au pouvoir pour « déboulonner le système dictatorial qui était en place ». C’est un Félix Tshisekedi en quête de soutiens diplomatiques – Bruxelles pèse sur l’orientation diplomatique européenne en RDC – et financier qui se présente en Belgique.

À Bruxelles, la page de l’élection est tournée

Depuis son investiture en janvier dernier, Félix Tshisekedi a multiplié les gestes d’apaisement en direction du pouvoir belge. Lors de son voyage à Washington, il avait notamment pu échanger avec Didier Reynders. Pour rappel, avant de prendre note de l’élection de Félix Tshisekedi, le ministre belge avait, en pleine controverse sur le scrutin, demandé « la publication des procès verbaux » estimant « qu’un recomptage sera peut être nécessaire par la suite ».

Côté belge, on assure que la page de l’élection est désormais « tournée », mais on précise que les deux pays « ne repartent pas à zéro » et que cette visite s’organise « avec une certaine prudence ».

Relations tumultueuses

Entre Kinshasa et Bruxelles, tout n’a pas été simple ces quatre dernières années. La crise pré-électorale, débutée notamment avec les manifestations de janvier 2015 – dont la répression vaut encore aujourd’hui à plusieurs cadres de l’administration Kabila d’être sous sanctions européennes – a considérablement refroidi les relations entre les deux pays.

Les reports successifs du scrutin présidentiel en 2016, puis en 2017, ainsi que l’attitude de Bruxelles, jugée « trop critique » par le pouvoir congolais de l’époque, avaient mené à une suspension de la coopération militaire entre les deux pays en 2017. Didier Reynders avait notamment estimé que la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre de la RDC « s’écartait de la lettre et de l’esprit de l’Accord de la Saint-Sylvestre ».

Dans la foulée, l’administration Kabila avait ordonné la fermeture de la Maison Schengen, qui servait jusqu’alors d’une sorte de consulat pour l’UE et qui octroyait, sous la supervision de Bruxelles, des visas pour plusieurs pays européens. L’ancien président congolais avait simultanément estimé que l’agence belge de développement Enabel « n’avait plus sa raison d’être en RDC ». La tension diplomatique avait finalement culminé avec le rappel, en janvier 2018, de l’ambassadeur belge à Kinshasa, Bertrand de Crombrugghe.

Signaux positifs

Signe que les temps changent, la Belgique dispose désormais d’un nouvel ambassadeur, en la personne de Johan Indekeu arrivé à le 18 août dernier à Kinshasa. S’il a déjà rencontré la nouvelle ministre des Affaires étrangères Marie Tumba Nzeza, Johan Indekeu n’a pas encore procédé à la remise officielle de ses lettres de créance auprès du président congolais.

La reprise de la coopération militaire en mai, la réouverture du consulat général de Belgique à Lubumbashi, la relance de la coopération bilatérale par l’agence d’exécution Enabel, ou encore le retour du Centre européen des visas (CEV), qui a pris le relais de la Maison Schengen, sont autant de signaux positifs que la visite du chef de l’État cherchera à confirmer avant de se rendre à New-York pour l’Assemblée générale des Nations unies, qui débute le 17 septembre.


Un dossier embarrassant

Selon les médias belges L’Echo et De Tijd, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet sur Didier Reynders pour des soupçons de pots-de-vin dans le cadre de plusieurs marchés publics tel que la construction de l’ambassade de Belgique à Kinshasa.

Selon les deux journaux, un ex-agent de la Sûreté de l’État s’est rendu en avril dernier à la police judiciaire fédérale pour lui communiquer une série d’allégations de corruption et de blanchiment impliquant le vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et de la Défense belge. Le ministre a depuis démenti par la voix de ses avocats.

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