Politique

Algérie : l’opposant Karim Tabbou incarcéré pour « atteinte au moral de l’armée »

Karim Tabbou, porte-parole de l’Union démocratique et sociale (UDS). © YouTube/FRANCE 24

Interpellé mercredi 11 septembre, l'opposant Karim Tabbou a été inculpé, après vingt-quatre heures de garde à vue, pour « atteinte au moral de l'armée ». Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Koléa, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. Son incarcération intervient à la veille du 30e vendredi consécutif de manifestations.

Le parquet, qui avait pris pour habitude, depuis quelques semaines, de communiquer sur les affaires de justice en cours, n’a pas donné de précision sur les faits reprochés à Karim Tabbou, porte-parole de l’Union démocratique et sociale (UDS), un parti politique non agrée. Premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS) entre 2007 et 2011, avant d’être écarté de la formation, celui-ci, 46 ans, est l’une des figures de la révolution du 22 février, qui a provoqué la chute en avril du président Abdelaziz Bouteflika.

Bon tribun, s’exprimant aussi bien en kabyle qu’en arabe populaire, Tabbou s’est distingué par des piques et des attaques virulentes à l’égard du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du pays depuis la chute de l’ancien raïs. Au cours des manifestations de rue, à la télévision, sur les réseaux sociaux ou dans des meetings, Tabbou a souvent reproché au chef de l’institution militaire de faire de la politique, ou encore de menacer la révolution de la rue.

Détenus d’opinion

Deux autres personnes sont en détention depuis plusieurs mois pour les mêmes motifs. Le général à la retraite Hocine Benhadid a ainsi été placé en mai dernier sous mandat de dépôt, après avoir été accusé de « porter atteinte au moral de l’armée et d’atteinte à la sécurité de l’État ». Quelques semaines plus tôt, il avait publié une lettre ouverte dans laquelle il interpellait le chef d’état-major de l’armée.

Le commandant Lakhdar Bouregaa, 86 ans, célèbre vétéran de la guerre d’indépendance, est incarcéré quant à lui depuis le 30 juin pour « outrage à corps constitués et atteinte au moral de l’armée ». Ses avocats estiment que cet opposant très populaire paie pour ses propos contre le général Gaïd Salah.

La mise sous mandat de dépôt de Karim Tabbou exacerbe un peu plus le climat politique en Algérie, alors que la présidence s’apprête à convoquer le corps électoral pour la tenue d’un scrutin présidentiel dans le courant du mois de décembre. Cette décision s’inscrirait en porte-à-faux des engagements pris par le président par intérim Abdelkader Bensalah, qui a indiqué aux membres du panel de dialogue, reçus dimanche dernier, que des mesures d’apaisement allaient être prises progressivement comme gage de bonne volonté du pouvoir pour sortir de cette crise. Ces mesures d’apaisement consistent notamment en la libération de plusieurs détenus d’opinion, incarcérées pour leurs déclarations ou pour port du drapeau berbère.

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