Politique

Madagascar – Municipales à Antananarivo : Marc Ravalomanana ne sera finalement pas candidat

Une vue d'Antananarivo, à Madagascar (photo d'illustration).

Une vue d'Antananarivo, à Madagascar (photo d'illustration). © Wikimedia Commons/Alex Dunkel/Visionholder

Dans la course à l’hôtel de ville d’Antananarivo, l’actuel ministre des Affaires étrangères Naina Andriantsitohaina affrontera comme candidat de l’opposition Randriamasinoro Tahiry Ny Rina, le secrétaire général de la communauté urbaine de la capitale. À la surprise générale, Marc Ravalomanana a renoncé à se porter candidat.

Le suspens aura duré. Les deux principaux camps ont attendu le dernier moment, avant la clôture des candidatures, jeudi 12 septembre, pour dévoiler leur candidat à l’élection municipale de la capitale, Antananarivo, le 27 novembre prochain.

Du côté du président Andry Rajoelina, c’est une grande surprise : Naina Andriantsitohaina, l’actuel ministre des Affaires étrangères, se présente. « Je suis un enfant de Tana », a déclaré à la presse le candidat de l’IRD, la plateforme de soutien à Rajoelina. « On ne peut plus supporter l’état de la ville. L’essentiel est de bien la gérer, d’en faire une ville moderne, et de lutter contre la corruption. On constate aussi les ordures, la pollution… La population a été laissée de côté depuis des années ! »

Très apprécié des chancelleries étrangères, il avait déjà quitté la direction de son groupe industriel familial, en début d’année, laissant les manettes à ses enfants. « Je promets un changement radical », a-t-il poursuivi, « de la même manière qu’on a apporté un changement radical depuis quelques mois, en particulier dans mon ministère ». Il devrait prochainement démissionner du gouvernement.

Ravalomanana renonce

Dans l’autre camp politique, une autre surprise a été réservée aux Tananariviens. Alors que tout le monde attendait une candidature de l’ancien président Marc Ravalomanana sous la bannière de son parti, TIM, c’est finalement Randriamasinoro Tahiry Ny Rina, l’actuel secrétaire général de la communauté urbaine d’Antananarivo, qui ira au combat électoral. « C’est un défi et le président Ravalomanana m‘a choisi pour l’affronter, ici, à Tana. Je suis prêt », a-t-il déclaré.

« Malgré les appels de candidature de toute part, surtout du TIM, Marc Ravalomanana s’est abstenu pour mieux jouer le rôle de chef d’opposition. Car sa marge de manoeuvre comme contre-pouvoir aurait été limitée à la tête de la mairie », a déclaré à Jeune Afrique Olga Ramalason, secrétaire générale du TIM.

Après la défaite du TIM lors de la présidentielle de 2018, le parti n’avait fait élire que 16 députés sur 151 lors des législatives de mai. Et sur les 12 sièges que compte la capitale, le TIM et l’IRD en avaient gagné six chacun.

Alban Rakotoarisoa candidat

Face aux deux grands partis, une troisième voie a fait son apparition, incarnée par Alban Rakotoarisoa, chanteur, acteur et animateur de télévision. L’homme – bien connu dans le pays – a annoncé sa candidature dès le printemps, mais mûrit le projet depuis quatre ans, sous la bannière de son propre parti, l’APM, et autour d’un mot d’ordre : « propreté ».

« Nous aurons une ville sans ordure, par exemple, mais aussi débarrassée de la corruption, dont la source se trouve souvent à l’intérieur même de la mairie », affirme-t-il à Jeune Afrique.

Enfin, Feno Andrianjoelina et Eliace Ralaiarimanana se sont aussi portés candidats.

Tremplin vers le palais présidentiel

La campagne électorale débutera le 5 novembre, pour un scrutin à un tour prévu le 27 du même mois. Les résultats seront connus au plus tard le 14 janvier 2020. Après les présidentielles de 2018, les fêtes de fin d’année seront donc de nouveau teintées d’un vote à fort enjeux.

Car le fauteuil de maire de la capitale ne donne pas seulement la main sur la plus grande ville du pays, siège de toutes les administrations et de tous les grands groupes, il est aussi hautement politique. Dans le passé, il a déjà servi de tremplin vers le palais présidentiel.

Marc Ravalomanana était ainsi maire depuis 1999 lorsqu’il s’est emparé du pouvoir en 2002. Andry Rajoelina était lui aussi maire depuis 2007 avant qu’il ne prenne le pouvoir, en 2009, au terme d’un cycle de manifestations, d’une tuerie face au palais présidentiel, et de la démission de son vieil ennemi, Ravalomanana.

Peu de candidatures

Ce dernier a d’ailleurs gardé un pied dans la mairie, puisque c’est sa femme, Lalao Ravalomanana, qui est en l’édile depuis 2015. Son bilan est très mitigé. Les Tananariviens déplorent toujours les embouteillages interminables, les tas d’ordures qui s’amoncellent, et la pollution étouffante…. Les constructions illégales se sont aussi multipliées, y compris dans le quartier historique du Palais de la Reine.

Quant aux municipales dans le reste de Madagascar, les candidats se font désirer. Jeudi matin, seulement près d’une commune sur six – pour un total de 1 695 – avait des candidats. On devrait connaître le nombre total de candidats à la clôture des inscriptions dans les prochains jours. « Avant on n’avait pas d’électeurs, maintenant on n’a plus de candidats », grince un observateur. En cas d’absence, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) devrait organiser des élections partielles au plus tard 120 jours après la proclamation des résultats initiaux. Des communes pourraient alors se retrouver en flottement pendant huit mois.

De fait, le mandat des maires prendra fin le 18 septembre. Ceux qui ne se présenteront pas pourront rester provisoirement en poste. Sinon, leurs adjoints pourront prendre leur place, a déjà annoncé la Haute Cour constitutionnelle. Mais même si leur fauteuil reste occupé, rien ne dit que l’occupant aura toujours le budget nécessaire pour ramasser les ordures et assurer les services municipaux de base.

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