Football

[Chronique] Thuram, Ménès et les bugs du débat antiraciste

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

En réponse à Lilian Thuram, le journaliste sportif Pierre Ménès a invoqué un supposé « racisme anti-blanc » qui sévirait, selon lui, dans le monde du foot. Un véritable débat à tiroirs, devenu feuilleton nauséeux, révélant les écueils de la communication 2.0.

L’antiracisme réversible en racisme rampant : l’accusation est classique. Deux « bons clients » de la télévision française, Lilian Thuram et Pierre Ménès, viennent d’être pris dans la nasse du « c’est celui qui dit qui est ». À en croire la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), l’ancien footballeur et chantre éminent de l’égalité serait le vecteur de clichés sur les hommes blancs. Ces derniers, selon ses dires, penseraient et croiraient même « être supérieurs, malheureusement depuis des siècles ». Quant au consultant grinçant du groupe Canal +, il considérerait les footballeurs non-blancs comme les bourreaux majoritaires des footeux à peau claire, et ceci à l’échelle nationale.

Les aficionados des réseaux sociaux n’ont pas manqué de s’enflammer, des militants aux twittos lambda, en passant par les vedettes de la fachosphère. Faut-il, alors, regretter l’époque de la réflexion confisquée ? Il faut plutôt débusquer les biais qui rendent inaudibles ces débats légitimes sur un racisme présumé réciproque à défaut d’être équilibré.

Moulinette journalistique

Le « bug » qui rend la réflexion de Thuram tendancieuse est la moulinette journalistique gourmande d’exergues pimentées. Interrogé par le journal italien Corriere dello Sport sur les cris de singe contre Romelu Lukaku, l’ancien défenseur de l’équipe de France affirme que l’interview a été recalibrée, avec notamment la suppression des questions nécessaires à la compréhension du contexte.

À l’heure des formats de lecture courts, sa démonstration aurait été compressée, vêtant le champion du monde d’une tunique d’« essentialiste maladroit » voire de « suprémaciste noir ».

Si la réflexion malheureuse de Pierre Ménès est, elle aussi, la conséquence d’un biais déplorable : celui de l’extrapolation d’un cas familial. Selon le polémiste du jour, le foot français serait raciste par la simple démonstration que son fils aurait été snobé dans une équipe qui serait représentative d’un réseau dans lequel les Blancs occuperaient essentiellement les postes de « gardien de but et arrière-droit ». La conclusion est expéditive si l’on rappelle que le fils « bizuté » n’avait suivi que deux séances dans ce club et qu’il « n’avait aucun talent », aux dires de son propre père.

Les statistiques ethniques du  chroniqueur sportif, elles, n’ont pas résisté au fact-checking de l’émission « Quotidien », même si la vérification en question a davantage pris la forme d’un sondage que d’un recensement. Quant à l’affirmation, en plein débat sur les cris de singe, que le racisme anti-Blancs est « le vrai problème, en France, dans le foot en tout cas », on ne la justifie pas avec un débonnaire « politiquement incorrect ».

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