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Cet article est issu du dossier «Sahel : l'Afrique de l'Ouest peut-elle gagner la guerre contre le terrorisme ?»

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Défense

Sommet de la Cedeao à Ouagadougou : le G5 Sahel a-t-il encore un avenir ?

Quartier général de la force conjointe G5 Sahel basée à Sévaré, en octobre 2017.

Quartier général de la force conjointe G5 Sahel basée à Sévaré, en octobre 2017. © Flickr / MINUSMA/Harandane Dicko

Un sommet extraordinaire de la Cedeao consacré à la lutte contre le terrorisme dans la sous-région se tient ce samedi 14 septembre dans la capitale burkinabè. Au centre des discussions : l’amélioration de la coordination sécuritaire entre pays membres et l’avenir du G5 Sahel, dont l’efficacité pose de plus en plus question.

Tout un symbole. Alors que le Burkina Faso enregistre semaine après semaine de nouveaux morts (dont 29 pour la seule journée du 8 septembre dans deux attaques dans le nord du pays), les chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se retrouvent ce samedi à Ouagadougou pour tenter de renforcer leur coopération face à l’expansion de la menace jihadiste du Sahel vers le Sud et les pays côtiers.

Décidé en juin à Abuja, ce sommet extraordinaire a pour but de réfléchir à une meilleure coordination sécuritaire entre pays membres au-delà du G5 Sahel (qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad), voire à sa refonte pure et simple. Les présidents mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et tchadien Idriss Déby Itno, dont les pays ne font pas partie de la Cedeao, sont d’ailleurs attendus à Ouagadougou. Avant le sommet des chefs d’État, prévu samedi, leurs ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité doivent participer à des réunions préparatoires.

De son côté, Jean-Claude Kassi Brou, le président de la commission de la Cedeao, a été reçu mercredi 11 septembre au palais de Kosyam par Roch Marc Christian Kaboré pour évoquer les derniers préparatifs du sommet.

IBK et Issoufou espèrent un « déclic »

Mohamed Ould Abdel Aziz, Mahamadou Issoufou, Ibrahim Boubacar Keita, Idriss Deby, Roch Marc Christian Kabore à Nouakchott, à l’issue d’une rencontre sur les problématiques sécuritaires, le 2 juillet 2018.

Mohamed Ould Abdel Aziz, Mahamadou Issoufou, Ibrahim Boubacar Keita, Idriss Deby, Roch Marc Christian Kabore à Nouakchott, à l’issue d’une rencontre sur les problématiques sécuritaires, le 2 juillet 2018. © Ludovic Marin/AP/SIPA

Les présidents malien et nigérien reconnaissent, en creux, que les efforts déployés au sein du G5 Sahel sont encore loin d’être satisfaisants

Créé début 2014, le G5 Sahel, plombé par un manque de moyens financiers et matériels, n’a jamais prouvé son efficacité sur le terrain. Cinq ans après son lancement, les résultats se font toujours attendre.

Les patrouilles mixtes entre militaires des pays membres le long de leurs frontières communes sont rares. Quant au QG de la force conjointe, il a été contraint de déménager à Bamako après l’attentat qui l’a visé fin juin 2018 à Sévaré, dans le centre du Mali.

Déplorant le manque d’appui de la communauté internationale dans leur lutte contre les groupes jihadistes, les présidents de ses États membres montent régulièrement au créneau pour réclamer plus de soutien de leurs partenaires internationaux.

Depuis Bamako, où ils se sont rencontrés le 8 septembre, Ibrahim Boubacar Keïta et Mahamadou Issoufou ont déclaré qu’ils espéraient que le sommet de Ouagadougou constituerait un « déclic » pour la mobilisation internationale face au jihadisme dans la bande sahélo-saharienne. Selon un communiqué commun publié à l’issue de leur entretien au palais de Koulouba, les présidents malien et nigérien ont exprimé le souhait que ce sommet « puisse aboutir à des mesures nouvelles favorisant la coopération renforcée dans la lutte contre ce fléau » et débouche sur « un soutien plus accru de la communauté internationale ».

Ils ont également prôné la « mutualisation » de leurs capacités et annoncé leur volonté de créer un « comité transfrontalier de sécurité » – reconnaissant, en creux, que les efforts déployés au sein du G5 Sahel étaient encore loin d’être satisfaisants.

« La Minusma et le G5 Sahel ne suffisent pas »

Allocution d'Alassane Ouattara lors du sommet des chefs d’État de l’UEMOA, le 12 juillet 2019.

Allocution d'Alassane Ouattara lors du sommet des chefs d’État de l’UEMOA, le 12 juillet 2019. © Twitter officiel de la Présidence de Côte d’Ivoire

Il faut que ce soit l’ensemble des pays de la Cedeao, avec le Tchad et le Cameroun avec nous dans cette coalition

De leur côté, les présidents des pays non-membres du G5 Sahel concernés par la menace jihadiste – comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal – réclament de plus en plus ouvertement d’y être intégrés ou la formation d’une nouvelle organisation sécuritaire régionale dont ils feraient partie.

Macky Sall, dont le pays n’a jamais été meurtri par une attaque mais qui est considéré comme une cible de choix par les groupes jihadistes sahéliens, n’a jamais vraiment digéré d’être tenu à l’écart de la création du G5 Sahel. Quant à Alassane Ouattara, dont le pays partage sa frontière nord avec le Mali et le Burkina Faso, il ne cache pas son inquiétude de voir un nouveau commando jihadiste s’infiltrer sur son territoire pour y commettre un attentat, comme celui qui avait ensanglanté la plage de Grand Bassam, en 2016.

Lors de la dernière visite d’État de Macky Sall à Abidjan, en juin, les présidents sénégalais et ivoirien s’étaient montrés sévères à l’égard du G5 Sahel et de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, régulièrement critiquée par les chefs d’État ouest-africains. « Nous sommes d’accord sur le fait que la Minusma et le G5 Sahel ne suffisent pas. Et que nous devons trouver un moyen de coordination plus élargi et plus efficace pour aider ces pays voisins [Mali, Burkina Faso et Niger] à combattre le terrorisme”, avait lâché Alassane Dramane Ouattara (ADO).

Plus récemment, lors d’un sommet de l’Uemoa dans la capitale économique ivoirienne, ADO avait réitéré ses critiques et plaidé pour « une synergie, car il ne suffit pas de s’en tenir aux forces conjointes du G5 Sahel (…), mais il faut que ce soit l’ensemble des pays de la Cedeao, avec le Tchad et le Cameroun avec nous dans cette coalition. »

Nouveaux mécanismes de coopération

Au Mali, la Minusma peine elle aussi à assurer son mandat de protection de civils.

Au Mali, la Minusma peine elle aussi à assurer son mandat de protection de civils. © © Minusma / Flickr

Un des problèmes de fond est l’élargissement ou non du G5 Sahel

Il sera donc largement question de l’évolution du G5 Sahel et des nouveaux mécanismes de coopération sécuritaire à mettre en place lors de ce sommet de Ouagadougou. Les discussions risquent d’être longues et suspendues aux avis, parfois contradictoires, des uns et des autres. « Un des problèmes de fond est l’élargissement ou non du G5 Sahel, glisse un intime du président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré. Mais à partir du moment où certains de nos voisins sont directement concernés par la menace terroriste, pourquoi ne pas les intégrer ? »

Outre le G5 Sahel existe aussi l’« Initiative d’Accra », cadre de coopération militaire et sécuritaire qui regroupe le Bénin, le Togo, le Ghana, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Nul doute que son évolution sera aussi sur la table des discussions à Ouaga, alors que Cotonou, Lomé et Accra se montrent de plus en plus vigilants vis-à-vis de la menace jihadiste.

Sans oublier le géant nigérian, où la montée en puissance d’ISWAP (le groupe de l’État Islamique en Afrique de l’Ouest, une branche de Boko Haram affiliée à l’EI) suscite de nombreuses inquiétudes. « Il faut juste que tout le monde comprenne qu’il faut mutualiser nos moyens pour inverser la spirale négative dans laquelle nous sommes engagés », glisse un ministre de la Défense ouest-africain. Facile à dire. Reste maintenant à le faire.

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