Politique

Crise anglophone au Cameroun : l’offre de dialogue de Paul Biya peine à convaincre

Un membre du bataillon d'intervention rapide (BIR) patrouille dans la ville de Buea, dans la région anglophone du Sud-Ouest du Cameroun, le 4 octobre 2018. © REUTERS/Zohra Bensemra

Deux jours après l’annonce d’un grand dialogue national par le chef de l'État, sa proposition peine à convaincre dans les régions anglophones, où les sécessionnistes maintiennent leurs opérations « villes mortes ». Une partie de la classe politique affiche en revanche ses espoirs et attend impatiemment ce rendez-vous.

Le discours de Paul Biya et l’annonce d’un « grand dialogue national » sur la crise anglophone n’a pas eu d’effet sur le « lockdown » (confinement) de trois semaines imposé par les sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis le 26 août dernier. Mercredi matin, les rues et artères de la plupart des villes de ces régions étaient de nouveau désertes, comme depuis l’instauration de cette nouvelle série de journées « villes mortes », la plus longue de cette crise qui a débuté en novembre 2016.

« Le discours n’a pas calmé les ardeurs des combattants »

Selon des témoignages recueillis auprès des populations locales, des messages anonymes évoquant une prolongation de dix jours du « lockdown » en cours ont circulé dans la soirée de mardi, sans qu’on ne puisse les attribuer aux Amba Boys [séparatistes anglophones armés, ndlr]. De quoi provoquer une nouvelle vague de psychose auprès de certains habitants. « Nous ne savons pas ce qui peut arriver. Ce qui est sûr, c’est que le discours du président n’a pas calmé les ardeurs des combattants », a commenté sous anonymat, un habitant de Bamenda, dans le département du Mezam, joint par Jeune Afrique.

Les inquiétudes des populations anglophones contrastent cependant avec l’espoir qu’a suscité l’annonce d’un dialogue au sein de la classe politique camerounaise. Depuis mardi soir, les réactions d’approbation se multiplient et les attentes sont grandes.

Le vice-président du Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, ancien candidat à la présidence de la République, a ainsi salué ce « début de mouvement », tout en indiquant que son parti se tenait prêt à y apporter sa contribution en temps opportun.

« La porte du pardon reste grande ouverte »

Même son de cloche chez l’opposant Cabral Libii, leader du Parti national pour la réconciliation national (PCRN), qui dit avoir « hâte que le jour [du dialogue] soit fixé et que les acteurs qui y participent soient connus ». « La porte du pardon reste grande ouverte ! Le dialogue est là. Partons avec toutes les propositions constructives », a lancé pour sa part le ministre et secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) Grégoire Owona sur les réseaux sociaux.

Ce concert d’appels suscite néanmoins une certaine prudence au sein du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Dans un communiqué sur la position officielle du parti, signé de sa première vice-présidente Tiriane Noah, plusieurs préoccupations sont relevées. « Le message de Paul Biya donne à penser que, sur certaines questions, pourtant cruciales, le dialogue est conclu avant d’avoir commencé », écrit-elle, faisant référence au débat sur la forme de l’État, ignoré dans le discours du président camerounais.

Consultation de la diaspora camerounaise

La question des participants préoccupe également l’activiste Félix Agbor Nkongho, qui souhaite la libération des personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone. « L’annonce du dialogue devrait marquer la fin de l’arrestation des anglophones pour leurs opinions politiques. Ils doivent être autorisés à participer car il s’agit de leur futur », a-t-il commenté.

De nombreux leaders sécessionnistes anglophones ont d’ailleurs rejeté l’offre de dialogue émise par Yaoundé, dénonçant l’exclusion des personnes détenues. « À l’avenir, chaque Ambazonien devra posséder une arme, voire une mitrailleuse car [Paul] Biya ne comprend toujours pas le problème actuel », a affirmé sur les réseaux sociaux Chris Anu, secrétaire général et porte-parole du mouvement sécessionniste, estimant que le chef de l’État n’a pas pris en compte les aspirations des populations anglophones.

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