Sport

[Chronique] Rugby : des Springboks aux muscles douteux

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Les rugbymen sud-africains sont-ils anormalement bodybuildés ? La polémique est alimentée par une étrange photographie et des décès prématurés…

Diffusé il y a quelques jours, le cliché ressemble aux coulisses d’un mondial d’haltérophilie. Pourtant, la vingtaine d’athlètes aux muscles saillants n’est pas payée à soulever de la fonte. Ces sportifs aux allures de culturistes appartiennent à l’équipe qu’on surnomme les Springboks. Sur la photo, torses nus, les rugbymen sud-africains bandent les abdominaux au point de susciter un buzz teinté de sentiments variés : de la fascination pour les adeptes de rappeurs en mal d’octogones, de la crainte pour les adversaires qui s’apprêtent à les affronter dans deux semaines à la Coupe du monde au Japon… de la suspicion également.

Malaise

Certes, pour peser dans une mêlée, un rugbyman a traditionnellement un cou de taureau. Certes, l’approche de la compétition suprême incite à affûter les silhouettes par une « muscu » déterminée et une traque implacable des glucides. Certes, la photo a été prise dans la foulée d’une séance qui a sollicité au maximum les pectoraux. Mais tout de même, le caractère spectaculaire des musculatures immortalisées confère à ce cliché authentifié des airs de photomontage. Et là débute le malaise…

Si la triche n’est pas informatique, se situe-t-elle ailleurs ? Deux arguments alimentent le soupçon. Premièrement, une quinzaine d’individus présente toujours des métabolismes variés et devrait censément offrir un spectacle moins uniforme, sur le plan musculaire. Deuxièmement, la suspicion de gonflette dopée remet en perspective le destin des légendaires Springboks de 1995.

Championne du monde, l’équipe post-apartheid était composée de sportifs aujourd’hui essentiellement quadragénaires. Or quatre membres de l’escouade victorieuse sont déjà décédés : Ruben Kruger à l’âge de 39 ans, Joost van der Westhuizen à 45 ans, James Small – cet été – à l’orée de la cinquantaine, et Chester Williams, seul joueur noir de la sélection d’alors, mort vendredi dernier à 49 ans.

Disparitions suspectes

Liées à des problèmes cardiaques et des maladies rares – cancer du cerveau et maladie de Charcot – , ces disparitions ne peuvent être, pour l’instant, attribuées à l’utilisation de substances illicites. Mais des acteurs de la discipline, comme le rugbyman sud-africain Juan Pienaar, décrivent un sport gangrené par des « boîtes à pilules » dans l’Afrique du Sud du début des années 1990. On en vient alors à douter de tout : de la cause d’un décès ou du galbe d’un muscle étonnamment saillant. Officiellement, le dopage aurait été quasiment éradiqué des pelouses depuis la mise en place des premiers contrôles en 1992…

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