Politique

Côte d’Ivoire : le divorce est-il consommé entre Pascal Affi N’Guessan et Henri Konan Bédié ?

Henri Konan Bédié (PDCI) et Pascal Affi N’Guessan (FPI).

Henri Konan Bédié (PDCI) et Pascal Affi N’Guessan (FPI). © Montage / Photo : Sipa AP

Les relations entre l’ex-chef d’État Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Pascal Affi N’Guessan, président d’une frange du Front populaire ivoirien (FPI), se sont dégradées à mesure que le premier s’est rapproché de Laurent Gbagbo, qui revendique la présidence du parti qu’il a fondé.

Issiaka Sangaré, secrétaire général de Pascal Affi N’Guessan n’a pu contenir sa colère. Le 4 septembre, alors que le nouveau gouvernement faisait la une des journaux, il apprenait en même temps que tout le monde, via un communiqué de presse signé de Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif d’Henri Konan Bédié, que celui-ci avait fait adopter quelques jours plus tôt une charte organisationnelle de sa future plateforme.

Et découvrait, par la même occasion, le nom de cette future organisation, censée regrouper l’ensemble de l’opposition au pouvoir du Président Alassane Ouattara : la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP).

Pour Issiaka Sangaré, « cette déclaration a le mérite de mettre fin au jeu de cache-cache auquel se livrait le PDCI » et officialise « sa volonté de rompre avec la direction officielle et légitime du FPI pour s’acoquiner avec les dissidents du parti et soutenir leurs actions de défiance à la loi ».

Le PDCI accuse Affi de trahison

De son côté, le PDCI reproche à Affi d’avoir poursuivi des négociations avec le gouvernement, avant et après la promulgation de la loi relative à la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) et l’accuse, à mots couverts, de trahison.

« La décision prise par un groupe de vingt-quatre signataires, dont Affi N’Guessan, était de ne pas participer aux discussions avec le gouvernement tant que nous n’avions pas reçu les termes de référence promis par le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly », explique Maurice Kakou Guikahué. Or, Affi a poursuivi les négociations avec le pouvoir.  

Relations dégradées

De fait, les relations entre Pascal Affi N’Guessan et Henri Konan Bédié se sont progressivement dégradées ces derniers mois. Les deux hommes s’étaient pourtant rapprochés, à l’occasion de la rupture entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, en août 2018. C’est Affi qui, le premier, a encouragé Bédié à prendre la tête d’une vaste coalition de l’opposition au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Mais depuis la rencontre entre Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo à Bruxelles, fin juillet, le premier a été contraint par le second de clarifier sa position sur le conflit au FPI, entre ceux menés par Affi et ses opposants conduits par Assoa Adou, qui revendiquent le soutien de la majorité de base du parti, restée fidèle à Gbagbo.

Depuis sa prison de La Haye dont il est depuis sorti, Laurent Gbagbo considérait Pascal Affi N’Guessan comme un pion entre les mains de Ouattara. Et en voulait pour preuve que la justice ivoirienne l’avait confirmé dans ses fonctions de président du FPI, au détriment des dissidents. Ces derniers avaient contesté la mainmise d’Affi sur le FPI, et produit des documents censés provenir de l’ex-chef d’État, dont l’authenticité était difficile à vérifier.

« Rupture explicite du PDCI »

À treize mois de la présidentielle d’octobre 2020, alors que le pouvoir resserre les rangs, une réconciliation entre Affi et Bédié est-elle encore possible ? Rien n’est moins sûr. Le PDCI et la fronde du FPI préparent leur premier meeting conjoint de leur histoire. Il devrait avoir lieu ce samedi 14 septembre et servir de point de départ aux activités de la nouvelle plateforme de l’opposition, sans Affi.

Pour le juriste Jean Bonin, proche de Pascal Affi N’Guessan, « la rupture n’est pas une initiative du FPI mais du PDCI, qui a longtemps rusé avec le FPI. Le PDCI ne pouvait pas continuer plus longtemps à reconnaître concomitamment deux présidents pour un même parti ». Affi a, de ce fait, « pris acte de cette posture de rupture explicite et officielle du PDCI », poursuit Jean Bonin.

De son côté, l’analyste politique Sylvain N’Guessan estime que la réconciliation entre les deux hommes n’est possible qu’à une seule condition : « si Bédié oublie sa carrière personnelle, pour être le pivot de l’opposition du Tout sauf Ouattara ». Avant de poursuivre : « il pourrait alors mettre tous les leaders de l’opposition ensemble, en essayant de répartir les rôles. Mais en privilégiant Laurent Gbagbo, il pousse Pascal Affi N’Guessan à jouer sa survie politique ».

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