Analyses

Présidentielle en Tunisie : bilan mitigé pour le premier débat entre candidats

Une famille tunisienne devant une télévision. © Anis Ben Salah/AP/SIPA

À une semaine de l’élection présidentielle, huit des 26 candidats en lice ont pris part à un débat politique télévisé. Une expérience inédite qui s’est toutefois avérée décevante.

Ce débat entre prétendants à la présidence est une première en Tunisie et dans le monde arabe, dont l’initiative revient conjointement à l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), à la chaîne nationale El Wataniya et à la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), avec l’appui de l’ONG Munathara. 

Tirage au sort

Diffusé en direct sur El Wataniya, dont les images étaient reprises par d’autres chaînes, le premier des trois débats prévus avant le premier tour de l’élection a confronté durant 2 heures 30 un premier contingent de candidats en lice pour le scrutin du 15 septembre. Les autres compétiteurs doivent se plier au même exercice les 8 et 9 septembre, conformément à un tirage au sort effectué fin août.

Face au tandem de journalistes composé d’Elyes Gharbi et Asma Bettaieb, les huit candidats ont eu à répondre à des questions portant sur les prérogatives régaliennes du chef de l’État – défense, sécurité nationale et diplomatie – avant de livrer une brève présentation de leur programme. Chacun disposait d’un temps de parole 15 minutes. 

Karoui, grand absent

Le grand absent de cette soirée est Nabil Karoui, le président de Qalb Tounes, incarcéré depuis le 26 août dans le cadre d’une procédure pour blanchiment. L’invitation n’est parvenue à son parti qu’à la veille du débat, ce qui n’a pas permis à ses collaborateurs d’adresser au juge une demande d’autorisation de sortie spéciale.

C’est donc sans celui que les sondages donnent comme le favori du scrutin que se sont fait face Omar Mansour (indépendant), Mohamed Abboud (El Tayar), Abir Moussi (Union patriotique libre), Néji Jalloul (indépendant), Mehdi Jomaa (Al Badil), Moncef Marzouki (El Harak), Abid Briki (Tunisie en avant) et Abdelfattah Mourou (Ennahdha). 

Quizz présidentiel

Si l’absence de Nabil Karoui aurait dû offrir une meilleure visibilité à ses challengers, cela n’a pas été toujours le cas. La faute en incombe au format adopté, qui relevait davantage d’un quizz présidentiel que d’un véritable débat. L’absence d’interaction entre les huit candidats a donc conféré à l’exercice un rythme atone. 

« Dans ce premier exercice télévisuel, qui n’était ni un débat ni, encore moins, un talk-show, les candidats ont pu s’exprimer calmement, sans vociférer, dans un respect mutuel apparent, se réjouit toutefois le politologue Larbi Chouikha. Cet exercice a révélé des candidats qui avancent des idées concrètes et intéressantes, alors que d’autres se sont réfugiés derrière une forme de langue de bois ». 

Éloquence

Reste que le procédé aura surtout permis aux téléspectateurs de comparer l’éloquence de chaque candidat, sans que ces derniers confrontent leur point de vue sur le fond des dossiers.

À ce jeu-là, certains semblent avoir tiré leur épingle du jeu. Selon l’expert en communication politique Karim Bouzouita, « Moncef Marzouki et Abir Moussi se sont adressés à leur cible avec des messages clairs et clivants. Mohamed Abbou est apparu solide sur les dossiers mais il répondait comme un major de promo lors d’une soutenance de thèse. Abdelfattah Mourou est la grande déception de la campagne : excessivement théâtral, il s’exprime avec un volume de voix insensé pour la télévision. Abid Briki a été lucide sur les dossiers sociaux et culturels, bien lisible pour l’électorat de gauche, mais sans toutefois faire la différence. Néji Jalloul a semblé trop désinvolte Quant à Omar Mansour, il avait sa place dans le public, et non parmi les candidats ». 

Beaucoup d’observateurs ont par ailleurs retenu la prestation très honorable de Mehdi Jomaa, dont la gestuelle et les intonations ont donné du relief à son intervention, au contraire d’Abir Moussi, dont le débit ne variait pas. 

Sentiment mitigé

Parmi les promesses de campagne les plus emblématiques, celle d’Abdi Briki de nommer une femme à la tête de la diplomatie tunisienne, ou encore l’hostilité de Mohamed Abbou envers la peine de mort. On retiendra aussi le tacle de Mehdi Jomaa à l’égard du Premier ministre-candidat Youssef Chahed, dont le nom signifie « témoin » : un terme que Mehdi Jomaa a répété à plusieurs reprises. 

En fin de soirée, le sentiment apparaissait donc mitigé. Ceux qui s’attendaient à de véritables duels sont déçus. Mais « c’est tout de même un moment historique », souligne Larbi Chouikha, très attaché à la consolidation démocratique en Tunisie, dont ce débat marque une étape importante.

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