Justice

Cameroun : Maurice Kamto face au tribunal militaire, un procès sous haute tension

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, candidat à la présidentielle camerounaise d'octobre 2018.

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, candidat à la présidentielle camerounaise d'octobre 2018. © Youtube

Le procès de Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), s’ouvre vendredi 6 septembre à Yaoundé et s’annonce historique. L’opposant camerounais y jouera en effet son avenir politique.

Le futur de la politique camerounaise se jouera-t-il dans l’étroite salle d’audience du tribunal militaire de Yaoundé, où s’ouvrira, le 6 septembre, le procès tant attendu de Maurice Kamto ? L’ancien candidat à la présidentielle d’octobre 2018, arrivé deuxième derrière le président Paul Biya selon des résultats qu’il conteste, y comparaîtra aux côtés de ses alliés politiques et d’une centaine de militants de son parti, le MRC.

Au total, 92 prévenus sont attendus, tous accusés de plusieurs chefs d’accusation, parmi lesquels « insurrection », « hostilité contre la patrie » et « rébellion ». Des infractions passibles de la peine de mort, selon les lois camerounaises.

Preuve de l’importance du procès, une cinquantaine d’avocats ont été mobilisés pour assurer la défense des prévenus. Et près de 65 témoins, dont les ministres de l’Administration territoriale, de la Communication, le patron de la police et d’autres hauts gradés défileront à la barre.

Libre accès à la salle d’audience

Au sein du cabinet de Me Sylvain Souop, leader du collège de défense de Maurice Kamto, les réunions se multiplient. Même ambiance studieuse au tribunal militaire de Yaoundé, où les visites sont de plus en plus filtrées. Des mesures sécuritaires qui inquiètent les prévenus, soucieux de la publicité des débats. Dans une lettre adressée à la présidente du tribunal militaire de Yaoundé le 2 septembre, ils ont exigé un « libre accès du public » à la salle d’audience durant toute la durée du procès. 

Maurice Kamto et ses co-accusés souhaitent ainsi prendre à témoin l’opinion publique face à une justice qui ne leur a jamais été favorable depuis leur arrestation, en janvier dernier. Leur demande de récusation du tribunal militaire et les différentes demandes de libération provisoire ayant toutes été rejetées, les prévenus joueront dès vendredi leur va-tout.

Selon Olivier Bibou Nissack, porte-parole de la coalition formée autour du président du MRC, « Maurice Kamto est gonflé à bloc ». Tout au long de la semaine, l’opposant a travaillé à sa défense aux côtés de ses avocats.

Dans une lettre ouverte écrite depuis sa cellule, Christian Penda Ekoka, ancien conseiller de Paul Biya arrêté aux côtés de Maurice Kamto à Douala fin janvier, se montre plus fataliste, estimant qu’il « vaut mieux mourir libre, (…) que de vivre dans l’aliénation de [sa] liberté et de [sa] dignité ».

Relancer le débat sur la présidentielle

L’avenir politique de ces opposants se jouera en partie à partir de vendredi. Et Maurice Kamto pourra d’ores et déjà tester sa capacité de mobilisation, après huit mois passés derrière les barreaux. « Il y a une sorte d’usure qui est observée au sein du mouvement de résistance de Maurice Kamto. Les divisions et les désistements se font ressentir », décrypte un analyste du cabinet de stratégie Orin consulting group, qui préfère que son nom ne soit pas cité.

Selon lui, ce procès pourrait relancer le débat sur les résultats décriés de l’élection présidentielle, pour laquelle Maurice Kamto continue de revendiquer sa victoire sur Paul Biya, déclaré vainqueur en octobre dernier, au terme d’un scrutin contesté. « Si les opposants accusés donnent l’impression de connaître le sort qui leur sera réservé d’avance, ce procès sera certainement l’occasion, pour leur partisans, de se remobiliser autour de la question du résultat de l’élection présidentielle », poursuit l’analyste.

Du côté de l’accusation, il s’agira surtout de démontrer l’implication des prévenus dans les saccages des ambassades du Cameroun à Paris, Berlin et Londres en janvier dernier. Des actes revendiqués par les activistes de la Brigade anti-sardinard (BAS), que le gouvernement estime être aux ordres du MRC.

« Jusqu’au moment où il a été arrêté, [Maurice Kamto] ne s’était ni désolidarisé ni n’avait condamné les actes barbares qui ont été commis », justifiait l’ambassadeur du Cameroun aux Nations unies, Anatole Fabien Nkou, dans une missive adressée début avril au président de la Commission du droit international des Nations Unies ainsi qu’au secrétaire général de l’Institut du droit international de Genève, après une salve de critiques internationales.

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