Politique

RDC : lutte anti-corruption, sécurité, rapatriement de la dépouille de Mobutu… les promesses de Sylvestre Ilunga

Nommé en mai, le Premier ministre, Sylvestre Ilunga est réputé discret. Aura-t-il les épaules pour la tâche qui l’attend	?

Nommé en mai, le Premier ministre, Sylvestre Ilunga est réputé discret. Aura-t-il les épaules pour la tâche qui l’attend ? © Présidence RDC

Le Premier ministre congolais Sylvestre Ilunga Ilunkamba a présenté le 3 septembre à Kinshasa un programme de gouvernement non chiffré. Parmi ses priorités : la réforme du secteur des ressources naturelles, la gratuité de l’éducation, l’éradication de l’insécurité, ou encore la lutte contre la corruption.

Ce programme de politique générale a été élaboré par le Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila et Cap pour le changement (Cach) du chef de l’État Félix Tshisekedi.

Problème : ce plan d’action reste muet sur de nombreux sujets, dont le financement des mesures et le calendrier de mise en application. Tour d’horizon des principaux piliers du programme présenté par l’exécutif.

Défense et Sécurité

Le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a promis « d’éradiquer les germes de l’insécurité sur toute l’étendue du pays (…) en s’attaquant militairement à tous les groupes armés ».

Citant particulièrement le nord-est du pays, le chef du gouvernement a ajouté que son équipe entendait revoir le plan de réforme de l’armée et le projet de loi de programmation militaire. Objectif : en sortir un nouveau plan de référence, intitulé « une nation, une armée ».

Sans évoquer la délicate question du financement, il a promis de doter l’institution militaire d’un budget conséquent. Autre engagement : construire des bases militaires, et doter l’armée de nouveaux équipements.

Réformer le secteur éducatif

Le Premier ministre a par ailleurs annoncé un projet d’états généraux de l’éducation, de la formation et de la recherche. Cette initiative vise à refonder le  système éducatif.

Ces assises « vont se consacrer sur la mission éducative, les questions de l’accessibilité et de la réussite, le curriculum d’études, les matières relatives à la dynamique pédagogique, la situation de formation professionnelle et technique, la formation continue et le financement ». Des états généraux qui se pencheront sans nul doute sur la problématique de la gratuité et du caractère obligatoire de l’éducation de base, qui commence de la maternelle et comprend une partie du secondaire.

Lutte contre la corruption

Sylvestre Ilunga Ilunkamba a également annoncé la création d’une juridiction spécialisée dans la lutte contre la corruption, la fraude fiscale, le blanchiment des capitaux ainsi que le détournement des deniers publics.

Cette annonce vient palier un manque : la RDC ne dispose pas encore d’une juridiction spécialisée dans la lutte anti-corruption. En la matière, les chiffres sont éloquents. Selon un rapport sur l’Indice de perception de la corruption pour l’année 2018 publié par l’organisation Transparency international, la RDC est classée parmi les vingt pays les plus corrompus du monde, et occupe la 161ème place sur 180 pays évalués.

Réconciliation nationale

Sylvestre Ilunga a par ailleurs annoncé un forum national consacré à la réconciliation nationale.

Parmi les encagements en ce sens : la promesse de rapatrier les dépouilles de Joseph-Désiré Mobutu et de l’ex-Premier ministre Moïse Tshombe, mort en Algérie en 1969. Le corps de l’ancien président du Zaïre se trouve toujours au Maroc, où il est mort, loin des siens, le 7 septembre 1997.

Finances publiques

Accroissement des recettes budgétaires, rationalisation des dépenses et maîtrise des déficits budgétaires : voilà pour les trois priorités affichées en matière de gestion des finances publiques. Objectif des ministère du Budget et des Finances : stabiliser l’environnement macroéconomique et assainir les finances publiques.

Sylvestre Ilunga Ilunkamba entend par ailleurs instaurer l’usage des budgets-programmes au sein de son gouvernement. Cette démarche aura pour but d’ancrer, au sein des services publics, une véritable gestion axée sur les résultats, et de favoriser la réduction des déficits budgétaires.

Qui du financement ?

Véritable chapelet de bonnes intentions, le discours-programme du Premier ministre n’a en revanche pas été chiffré. De fait, aucun budget n’a été annoncé pour financer les mesures annoncées.

« J’espère que le budget 2020 que s’apprête à déposer le gouvernement Ilunga apportera des corrections sur ce point, en nous donnant une indication chiffrée », croit savoir le journaliste et analyste politique Israël Mutala. Avant d’ajouter : « Il rectifiera peut-être le tir ce vendredi, lorsqu’il se présentera devant les députés pour obtenir l’investiture de son gouvernement ».

Le Premier ministre devra donc apporter des réponses claires sur le budget de son programme – dont on ne sait s’il est annuel, triennal ou quinquennal-, la provenance des ressources et le calendrier d’application de ces mesures. Car sans budget, toutes les bonnes intentions de son programme resteront lettre morte.

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