Football

Algérie : les clubs de football professionnel inquiets après le retrait du sponsor Mobilis

Des joueurs à la fin d'un match de Ligue 1 algérienne (image d'illustration).

Des joueurs à la fin d'un match de Ligue 1 algérienne (image d'illustration). © YouTube/Arab Soccer HD

L’opérateur téléphonique Mobilis n’est plus le sponsor du football professionnel algérien. Une situation qui va pénaliser de nombreux clubs aux finances déjà fragiles.

L’Algérie est championne d’Afrique, sa sélection est aujourd’hui la meilleure du continent… mais ses clubs, même les plus prestigieux, sont loin de vivre des heures fastueuses. L’USM Alger a récemment menacé de se retirer de la Ligue des champions, la JS Kabylie compte son argent, et la collaboration entre le football professionnel et l’opérateur téléphonique Mobilis, sponsor officiel des championnats de Ligue 1 et Ligue 2, est terminée.

Le contrat entre les deux parties a effectivement pris fin à la fin de la saison 2018-2019. Abdelkrim Medouar, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), assure avoir saisi la direction de Mobilis pour lui rappeler cette situation. Et n’avoir reçu, à sa grande surprise, aucune réponse. Une attitude que le patron du foot pro algérien a jugé « méprisante ». Medouar a répété avoir plusieurs fois tenté d’obtenir une réaction de Mobilis en sollicitant des intermédiaires. En vain…

Mobilis disparu des maillots et des publicités

Mobilis, qui joue un rôle important dans le football local, puisqu’il est également sponsor de la Fédération algérienne de football (FAF) et de la sélection nationale, doit, selon certains médias algériens, réunir – probablement au début du mois de septembre – un conseil d’administration pour évoquer la situation.

Mais depuis la reprise des championnats de première (L1) et deuxième division (L2), les effets de la fin de ce partenariat sont visibles : le nom de l’opérateur ne figure plus sur les maillots des joueurs, et les panneaux publicitaires Mobilis ont disparu des stades. La LFP a donc décidé d’entamer la nouvelle saison sans sponsor, même si elle laisse la porte entrouverte à l’opérateur, à condition que celui-ci se manifeste le plus vite possible. « Faute de quoi nous lancerons sans délai un nouvel appel d’offres », souffle un membre de la LFP, particulièrement inquiet.

Ce retrait impacte plus durement les moins bien lotis, qui sont aussi les plus nombreux

Car les clubs algériens ne roulent pas sur l’or – même si certains, comme le Mouloudia d’Alger, soutenu par Sonatrach, vivent confortablement. Ce retrait impacte plus durement les moins bien lotis, qui sont aussi les plus nombreux. « Je ne vous cache pas que c’est une très mauvaise nouvelle. Notre budget annuel n’est pas énorme, c’est une perte importante », confirme à Jeune Afrique Asmane Achiou, secrétaire général du Mouloudia Olympique (MO) Béjaïa.

Mobilis versait chaque saison une somme – dont le montant exact est tenu secret – à la LFP, qui se chargeait de reverser celle-ci aux clubs. « Cela signifie que nous allons devoir supporter le poids de cette rupture, tant qu’un nouveau sponsor officiel ne signera pas avec la LFP. À moins que les choses finissent par s’arranger avec Mobilis, ce qui est loin d’être évident », s’inquiète un autre dirigeant de club de Ligue 1.

Double peine

Les différents acteurs du football algérien que Jeune Afrique a contactés partagent les craintes d’Asmane Achiou. « C’est un manque à gagner qui n’est pas anodin. On peut le chiffrer à 100 000 euros par an pour un club de Ligue 1, et à un peu plus de 50 000 euros pour une écurie de L2. Si vous prenez un club qui a un budget annuel de 4 ou 5 millions d’euros, cela ne sera pas trop préjudiciable. Mais pour les autres, aux ressources beaucoup plus modestes et qui ont déjà des budgets très serrés, c’est plus ennuyeux », confirme Nordine Djelloul, le directeur général de l’US Annaba (Ligue 2).

Au MO Béjaïa, l’inquiétude est même double : le club a également signé un contrat individuel de partenariat avec Mobilis, renouvelable chaque année, et qui représente environ 20 % du montant annuel du sponsoring privé du club (soit 265 000 euros).

« On espère que ce partenariat va se prolonger, poursuit Achiou. En Algérie, les clubs ont souvent du mal à boucler leurs fins de mois, et quand les budgets sont amputés de plusieurs dizaines de milliers d’euros, cela devient très vite un problème. Or, trouver des sponsors n’est pas forcément facile en raison de la crise économique. Les clubs comptent aussi sur les aides du ministère des Sports, de la wilaya, les recettes aux guichets et les transferts de joueurs. »

« Les budgets restent opaques. Quand il est arrivé à la présidence de la FAF, Kheireddine Zetchi avait proposé la création d’une direction de contrôle et de gestion des clubs, comme en France. On lui a fait comprendre que ce n’était pas une bonne idée », ricane un entraîneur.

Ooredoo en embuscade ?

Les prochaines semaines seront évidemment scrutées de près par les acteurs du football algérien, qui espèrent qu’Abdelkrim Medouar – que Jeune Afrique a tenté plusieurs fois de joindre, en vain – trouvera un nouveau sponsor pour le football professionnel.

Certaines sources, qui pensent qu’un retour de Mobilis n’est pas totalement à exclure, estiment qu’un autre opérateur, Ooredoo, pourrait profiter à terme de la situation. Ce dernier, qui sponsorise déjà le MC Alger, l’ES Sétif et la JS Kabylie, a décidé de recentrer vers le sport une partie de ses activités de sponsoring. « Les opérateurs se livrent à une grosse concurrence dans le domaine sportif, et plus particulièrement dans le foot. Djezzy, il ne faut pas l’oublier, a aussi été sponsor du foot professionnel, et soutient encore aujourd’hui des clubs », rappelle un dirigeant.

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