Politique

Côte d’Ivoire : Simone Gbagbo en tournée dans le centre-ouest, sur fond de division au sein du FPI

Simone Gbagbo, lors de l'annonce de la libération de Laurent Gbagbo © Issam Zelji pour JA

Simone Gbagbo a entamé, le 30 août, une tournée dans le centre-ouest du pays, fief de son mari, l'ex-président Laurent Gbagbo. Avec, en toile de fond, des tensions grandissantes au sein du FPI avec le camp d'Assoa Adou.

Ce lundi 2 septembre, le cortège de véhicules de la mission conduite par Simone Gbagbo quitte Daloa, troisième ville de la Côte d’Ivoire, au cœur du pays bété, fief natal de Laurent Gbagbo, où elle a établi son quartier général.

À quelques kilomètres de la ville, sur la voie qui la conduit à Bédiala, une petite sous-préfecture, elle est surprise par un rassemblement dans le petit village de Caillou. La nuée de jeunes et de femmes qui s’est formée scande à tue-tête : « On veut Gbagbo ! On veut Gbagbo ! ». Simone Gbagbo marque un arrêt, la foule exulte.

Face à ces partisans inconditionnels, l’ex-première dame a tenu un discours de réconciliation. « Au Rwanda, l’Église a prié pendant un an pour la paix. Au cours de cette année, elle a conditionné les cœurs à accepter la réconciliation. Partout où je passe, je lance ce message de paix et de réconciliation », a-t-elle déclaré devant Monseigneur Marcellin Kouadio, évêque de Daloa.

Bagarre

Depuis son arrivée dans cette région majoritairement acquise au Front populaire ivoirien (FPI), Simone Gbagbo se soumet régulièrement à ce genre de manifestations spontanées, qui ne sont pas faites pour lui déplaire. De fait, celles-ci tranchent avec l’accueil plus froid – et par moments hostiles – qu’elle a reçu, quelques jours plus tôt, dans le nord du pays. En particulier à Séguéla, fief d’Amadou Soumahoro, président de l’Assemblée nationale et d’Hamed Bakayoko, ministre d’État, ministre de la Défense, deux proches d’Alassane Ouattara.

Mais cet accueil populaire dans le fief de Laurent Gbagbo, en liberté conditionnelle à Bruxelles, cache mal les dissensions internes qui divisent le FPI. En particulier la rivalité qui oppose Simone Gbagbo, vice-présidente du parti, à Assoa Adou, son secrétaire général. Ce dernier bénéficie du soutien de Laurent Gbagbo. À Alépé, dans le sud du pays, cette rivalité jusque-là contenue, a éclaté au grand jour durant le week-end, virant à la bagarre entre camps opposés. Des partisans du secrétaire fédéral local, proche de Simone Gbagbo, préalablement destitué par des sections favorables à Assoa Adou, ont violemment dispersé une cérémonie d’investiture d’un nouveau secrétaire fédéral.

Fin avril, une rixe similaire avait opposé, à Facobly (ouest), les deux camps rivaux. Elle avait été vite étouffée par les deux clans qui n’assument, jusque-là, pas leur rivalité. Au cœur du conflit : le choix des personnalités devant animer le parti à la base, dans la perspective d’éventuelles élections internes censées valider le choix d’un candidat à la présidentielle d’octobre 2020.

Un nouveau front au FPI ?

À sa sortie de prison en août 2018, Simone Gbagbo avait provoqué la suspicion des proches de Laurent Gbagbo, alors détenu à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), en évoquant une « nouvelle page ». « La refondation a commencé. Aujourd’hui, toutes les choses sont nouvelles. Militants, militantes, levez-vous. On est partis, on est partis et on ne s’arrêtera pas », avait-elle lancé le 8 août 2018, quelques minutes seulement après son amnistie.

Ce discours avait déclenché le courroux des partisans du courant « Gbagbo ou rien » (GOR), pour qui le « candidat naturel » du FPI demeure l’ex-chef d’État. Preuve de leur colère, la déclaration de l’ancienne députée avait nécessité un recadrage d’Aboudramane Sangaré, le « gardien du temple », décédé trois mois plus tard.

« Simone Gbagbo tâte le terrain pour sa propre candidature, commente le journaliste politique Jules Claver Aka. Elle est obligée de jouer avec intelligence et prudence, car ceux qui assistent à ses rencontres viennent davantage pour Laurent Gbagbo et non du fait de sa propre personne. Malheureusement pour eux, Assoa Adou et ses proches n’ont pas la carrure de Simone Gbagbo. De même, cette dernière n’a pas l’aura de son mari ».

Alors que le FPI est déjà divisé entre le camp de Pascal Affi N’Guessan et les partisans de Assoa Adou – lui-même soutenu par Laurent Gbagbo -, ces derniers prendraient-ils le risque d’ouvrir un nouveau front entre Assoa Adou et Simone Gbagbo ? « On n’en est pas là. Ni Assoa Adou ni Simone Gbagbo n’ont intérêt à prendre la tête d’une nouvelle fronde, même si leur rivalité actuelle est évidente. Leurs propres militants ne le toléreraient pas, ils en ont conscience », assure l’analyste politique Sylvain N’Guessan.

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