Économie

À Abidjan, TNT rime avec libéralisation

En Côte d’Ivoire, le passage de la diffusion analogique télévisuelle à la diffusion numérique, pourrait passer par la subvention de l’achat des décodeurs et par la libéralisation du secteur audiovisuel.

Mis à jour le 17 juillet 2014 à 18:02

Dans les studios de la RTI, à Abidjan, le 11 décembre. © Émilie Regnier/JA

Avec seulement deux chaines hertziennes, RTI 1 et 2, diffusées sur la bande de fréquences VHF, la Côte d’Ivoire n’a pas, selon les engagements pris en 2006 devant l’Union internationale des télécommunications, l’obligation d’abandonner la diffusion analogique de ses télévisions avant juin 2020.

« Mais nous ne pouvons nous permettre d’être les seuls au niveau régional à ne pas passer à une diffusion numérique (TNT) en 2015 », explique Jean-Philippe Kaboré, président du Comité national de migration vers la télévision numérique de terre, structure mise en place par l’État.

Conditions

Reste que pour l’heure, Abidjan n’a pas encore réellement déterminé les conditions dans lesquelles s’opérera la transition. Dans le cadre de sa restructuration, la radio télévision ivoirienne (RTI) va être scindée en trois sociétés. Une première sera chargée de l’archivage, une deuxième de l’édition des programmes et une troisième de la diffusion.

« Le potentiel du marché publicitaire ivoirien doit permettre de faire vivre 6 à 8 télévisions »

C’est cette dernière qui devra construire le réseau d’émetteurs et concevoir les multiplex permettant de diffuser plusieurs chaînes sur une même fréquence. 

« Nous évaluons l’opportunité d’un partenariat public-privé pour réaliser le passage à la TNT. Et pourquoi pas recommander l’ouverture du capital de la société de diffusion à une entreprise privée ? », explique Jean-Philippe Kaboré. Le chantier s’annonce en effet couteux : près de 40 milliards de F CFA rien que pour construire le réseau d’émetteurs.

Une chose est certaine, le gouvernement n’entend pas agir précipitamment. Il n’y aura pas de coupure du signal analogique avant que la TNT ait pénétré la majorité des foyers. Les deux systèmes, analogique et numérique, pourraient cohabiter plusieurs années. Il est en effet à peu près certain que la présence de deux chaînes publiques (RTI 1 et 2) ne suffira pas à inciter les Ivoiriens à s’équiper.

Subventions et libéralisation

Pour y parvenir, le gouvernement songe notamment à subventionner l’achat des décodeurs dans des proportions importantes. L’autre piste devrait consister à libéraliser le paysage audiovisuel. Toutefois compte tenu de la proximité de la prochaine élection présidentielle prévue fin 2015, l’ouverture risque d’être mesurée.

Lire aussi :

Pourquoi l’Afrique n’a pas la fibre numérique

Abidjan, un havre pour le haut débit

La RTI peut-elle résister à l’ouverture du secteur audiovisuel ?

« Ce sera une période sensible pour un pays qui a connu une décennie de crise », rappelle Jean-Philippe Kaboré. Avant l’échéance électorale, seule la création de chaines thématiques est envisagée. Le président du comité de migration se montre en revanche confiant en ce qui concerne la possibilité d’accueillir ensuite plusieurs chaines privées généralistes.

« Le potentiel du marché publicitaire doit permettre de faire vivre au moins six à huit télévisions », estime-t-il. Pour rendre la TNT plus attractive, Jean-Philippe Kaboré mise aussi sur l’offre de nouveaux services comme la vidéo à la demande (VOD) ou la possibilité de regarder des programmes en différé. En Côte d’Ivoire, la transition ne fait que commencer.