Politique économique

Ticad VII : le Japon prône une approche de « qualité » sur le continent

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Mis à jour le 05 septembre 2019 à 12h51
Photo de famille à la cérémonie d ‘ouverture de la Ticad VII

Photo de famille à la cérémonie d 'ouverture de la Ticad VII © The Yomiuri Shimbun via AP Images

Réunis pendant trois jours à Yokohama lors de la 7e Conférence internationale du Japon sur le développement de l’Afrique (Ticad), des officiels et hommes d’affaires africains ont encouragé Tokyo à se faire moins discret sur le continent.

Obsédante, la Chine aura pesé sur la Ticad – forum organisé par le Japon sur le développement en Afrique – jusqu’au bout. Y compris à l’issue de la conférence de presse de fin où Shinzo Abe, Premier ministre japonais, a conclu sur une énième allusion à son puissant rival. « En apportant une assistance à l’Afrique, nous devons tenir compte du fardeau de la dette du pays qui reçoit cette aide et faire en sorte que ce fardeau ne devienne pas excessif », a rappelé le premier ministre japonais. La veille déjà, il avait mis en garde contre l’excès de dette des pays africains, en référence aux massifs investissements chinois.

Nous estimons que des infrastructures de qualité, abordables sur tout leur cycle de vie sont fondamentales pour une transformation économique durable

Stratégie du mauvais perdant ou réel calcul, toujours est-il que l’exécutif nippon en a profité pour promouvoir une approche différenciée à l’égard du continent africain. En vantant, par exemple, au passage la sobriété des investissements menés par les institutions de financement et d’assurance japonaises. A contrario encore une fois des chantiers pharaoniques promus par la nouvelle route de la soie chinoise. « Nous estimons que des infrastructures de qualité, abordables sur tout leur cycle de vie sont fondamentales pour une transformation économique durable », a-t-il ajouté.

Dans la même veine, Shinzo Abe a cité au rang des priorités, la nécessaire coopération avec le continent dans le domaine des ressources humaines, de l’éducation et de la médecine. Au Kenya, Tokyo s’est ainsi engagé à soutenir le gouvernement dans son projet de couverture de santé universelle au même titre que celui de développement d’une zone économique spéciale. Au cours des trois prochaines années, le pays contribuera également à la formation d’experts à la gestion des risques financiers et de la dette publique, dans 30 pays africains.

Frilosité à l’égard du continent

Reste que cette façon de se démarquer, et ces coups de griffes répétés à Pékin, auront surtout eu pour effet de révéler l’écart qui se creuse avec ses principaux concurrents, Chine en tête, sur le continent. L’empire du Milieu a accordé 60 milliards de dollars de nouveaux financements à l’Afrique l’an dernier, soit le double de ce qui avait été accordé lors de la dernière édition de la Ticad en 2016. Les Nouvelles routes de la soie , projet phare chinois, sont encore bien plus prometteuses.

Il y a une réelle incongruité à voir le Japon, deuxième puissance mondiale, n’arriver qu’au septième rang en terme de relation commerciale avec l’Afrique

« Effectivement, il y a une réelle incongruité à voir le Japon, deuxième puissance mondiale, n’arriver qu’au septième rang en terme de relation commerciale avec l’Afrique », souligne Hippolyte Fofack, le chef économiste de l’Afreximbank, qui regrette une certaine « frilosité » de la part de ce géant à l’égard du continent. Des hommes d’affaires n’ont d’ailleurs pas manqué lors du forum de secouer l’ex « tigre » asiatique.

A l’instar de Tony O. Elumelu, investisseur africain. Devant un parterre de dirigeants mondiaux, ce dernier a mis le gouvernement nippon au défi d’investir 5 % des 50 milliards de dollars engagés en faveur de l’Afrique, pour autonomiser les entrepreneurs africains.

« Lors de la Ticad 2016 au Kenya, le Japon avait promis 30 milliards de dollars pour l’Afrique. Cette année, vous avez généreusement augmenté cette somme pour atteindre 50 milliards de dollars, a-t-il rappelé. Si nous investissons ne serait-ce que 5 % de cette somme (…) pour faire parvenir directement le capital à ceux qui sont le mieux placés pour contribuer à la croissance et générer un véritable impact, nous pourrions toucher 500 000 vies dans les 54 pays d’Afrique », a estimé le milliardaire.

Mitsubishi investit l’énergie off-grid

Pour l’heure, 796 entreprises japonaises seraient recensées en Afrique, contre 250 en 2010. Mais Tokyo souhaite renforcer davantage la présence de son secteur privé sur place. À ce titre, le forum a donné lieu à plusieurs annonces. Parmi elles, un accord préliminaire a par exemple été signé jeudi 29 août entre le géant automobile nippon Toyota et le gouvernement ivoirien pour implanter à terme une usine de montage de véhicules en Côte d’Ivoire. Ce projet n’a toutefois pas été davantage détaillé.

Le constructeur a aussi des projets en Angola.  Hideki Yanase, vice-président de l’entreprise a annoncé un investissements de 200 millions de dollars pour une chaîne de montage. L’infrastructure permettra d’assembler des voitures, mais également de fabriquer des pièces détachées afin d’alimenter le marché intérieur.

De son côté, le conglomérat Mitsubishi Corporation a fait son entrée dans le domaine de l’énergie off-grid (hors réseau) africain, en prenant part, en tant que chef de file, à une levée de fonds de 50 millions de dollars, au profit de la holding britannique BBOXX, dont plusieurs filiales africaines, notamment en Afrique de l’Est et de l’Ouest, sont actives dans le secteur.

Financement des infrastructures

Par ailleurs, la Banque centrale populaire (BCP) marocaine s’est engagée par l’intermédiaire d’un mémorandum à accompagner les clients japonais et asiatiques de Sumitomo Mitsui Banking Corp (SMBC) dans leurs projets d’investissements au Maroc, à Maurice et en Afrique subsaharienne. Car cette percée – Tokyo ne s’en est pas caché – pourra se faire aussi, avec l’aide de groupes et industriels étrangers.

Enfin, l’African finance corporation (AFC), qui vise à catalyser les investissements du secteur privé dans les infrastructures africaines, a obtenu une facilité de crédit à terme à deux devises d’un montant de 150 millions de dollars (ou l’équivalent en yens) avec deux établissements japonais : MUFG Bank, Ltd. et Sumitomo Mitsui Banking Corporation. Il s’agit de la première facilité de crédit de l’institution financière libellée en devises asiatiques.

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