Hôtellerie

Tunis : polémique autour de la vente d’alcool aux Berges du lac

Vue aérienne du quartier Berges du lac 1, à Tunis. © Citizen59

La Fédération tunisienne de l’hôtellerie souhaiterait qu'on puisse servir de l'alcool dans le quartier Berges du lac, à Tunis. La polémique a refait surface lors de la campagne électorale après que le ministre du Tourisme, René Trabelsi, a regretté cette interdiction, qui ne semble pas gravée dans le marbre du droit.

« Le manque à gagner est énorme, notamment sur le secteur de la restauration et du bar. Bien que nous soyons idéalement placés entre la banlieue nord [où vit une partie de la bourgeoisie tunisoise] et le centre-ville, les gens préfèrent organiser ailleurs leurs dîners professionnels, de gala ou de mariage. Les touristes étrangers aussi. Un verre de vin au cours d’un repas, ça change tout. Et puis, avec une licence de vente d’alcool, on travaillerait plus le week-end, on pourrait mettre en valeur nos belles terrasses », détaille Selim Hizem, directeur commercial des deux Hôtels Concorde (Hôtel Les berges du Lac et Hôtel Paris), situés au Lac 1 (les Berges du lac sont divisées, pour le moment, en trois îlots).

En juillet, la Fédération de l’hôtellerie avait envoyé un courrier au ministère du Tourisme pour mettre fin à cette interdiction. Celui-ci assure avoir alors interpellé la mairie et le gouvernorat de Tunis sur le sujet. Les deux collectivités territoriales renvoient la balle au ministère de l’Intérieur, seul habilité à octroyer les licences d’alcool – mais qui demeure injoignable.

« Ce n’est pas la première fois que nous suivons cette démarche, précise Khaled Fakhfakh, le président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie. Nous avions aussi alerté les précédents ministres sur ce qui est, quelque part, une concurrence déloyale. Normalement, un hôtel touristique de 4 ou 5 étoiles et où passent de nombreux étrangers obtient sa licence d’alcool sans problème, mais pas dans ces quartiers. »

La faute aux Saoudiens ?

René Trabelsi laisse penser que l’absence d’alcool était une condition imposée par Cheikh Salah Kamel, l’investisseur saoudien qui détient pour moitié (avec l’État tunisien) la Société de promotion du lac de Tunis (SPLT), créée dans les années 1980. C’est d’ailleurs l’explication la plus répandue à Tunis.

C’est une légende urbaine ! Il n’y a aucune interdiction de vente d’alcool dans le cahier des charges

« C’est une légende urbaine ! Il n’y a aucune condition de ce type dans le cahier des charges », rétorque Khaled Fakhfakh. La véritable raison serait à chercher du côté de l’ex-président Zine el Abidine Ben Ali, qui envisageait de faire de ces quartiers un havre de paix pour les familles. Il aurait alors, de manière informelle, interdit la vente d’alcool.

Aujourd’hui, Lac 1, Lac 2 et le récent Lac 3 sont connus comme des quartiers d’affaires. Pourtant, l’interdiction – sans fondement juridique – demeure. « C’est un sujet politique. Les islamistes d’Ennahdha sont présents dans les gouvernements depuis 2011 et il ne veulent pas entendre parler d’alcool aux Berges du lac. Les autres partis doivent faire avec. C’est pour ça aussi qu’ils parlent de conditions imposées par les Saoudiens, ça leur donne une excuse », raconte un observateur proche du dossier, qui ne voit pas la situation trouver une issue à court terme.

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