Transport aérien

Aigle Azur : les raisons d’une bataille féroce entre actionnaires

Un airbus A330 d'Aigle Azur.

Un airbus A330 d'Aigle Azur. © DR

Le devenir d’Aigle Azur, compagnie française qui s’est bâtie sur la desserte de l’Algérie et emploie 1 150 personnes, est suspendu à une lutte entre actionnaires minoritaires où tous les coups semblent permis. Dernier épisode en date : la nomination d’une administratrice provisoire.

Virile. C’est ainsi que pourrait être qualifiée la bataille entre actionnaires minoritaires (David Neeleman, qui détient 32 % de la compagnie et Gérard Houa, 19 %), qui se joue actuellement pour la prise de contrôle d’Aigle Azur, deuxième compagnie du pavillon français. Et pour la survie d’une entreprise de 1 150 salariés, qui s’est fortement développée sur la desserte de l’Algérie depuis les années 2000.

Lundi, Frantz Yvelin, président de la compagnie, avait été victime d’un « putsch » : l’homme d’affaires franco-chinois Gérard Houa, actionnaire via Lu Azur, et Philippe Bohn, ancien directeur général d’Air Sénégal, avaient pris respectivement la présidence et la direction générale de l’entreprise.

Administratrice provisoire

Ce mercredi 27 août, c’est l’administratrice judiciaire Hélène Bourbouloux, qui est arrivée, accompagnée de policiers, dans les locaux de l’entreprise en région parisienne. Célèbre pour le traitement de dossiers sensibles (Casino, FagorBrandt, Petroplus …), portraiturée en « madone des faillites » dans Le Monde en 2013, elle est devenue administratrice provisoire alors que Frantz Yvelin a repris la présidence du transporteur.

Selon Jeune Afrique Business +, Gérard Houa et Philippe Bohn, ont signifié leur opposition à Me Hélène Bourbouloux avant d’évacuer les bureaux du transporteur. L’ordonnance notifiée a été rendue par le tribunal de commerce d’Évry sur requête de Frantz Yvelin. Ce que Gérard Houa et Philippe Bohn considèrent comme une démarche infondée dans la mesure où le K-BIS d’Aigle Azur dépend du tribunal de commerce de Créteil depuis le 19 août dernier.

Le feuilleton judiciaire risque de durer. Toujours selon Jeune Afrique Business+, le président d’Aigle Azur, Gérard Houa, a en outre déposé deux plaintes auprès du procureur de la République du tribunal de grande instance de Créteil le 27 août. La première contre Frantz Yvelin pour abus de bien social. La seconde contre X pour corruption active et passive.

85 millions de fonds propres négatifs

Alors que la compagnie, qui accumule 50 millions d’euros de pertes, a dû affronter ces dernières semaines la passe la plus dure de son histoire, le conflit n’a fait que s’intensifier dans le même temps entre les actionnaires minoritaires Lu Azur (19%) et l’homme d’affaires américano-brésilien David Neeleman (32%).

À l’origine de cette bataille, un accord écrit qui avait été signé, d’après nos informations, en mai dernier entre Gérard Houa et David Neeleman, disant que ce dernier ne remettrait pas un euro dans l’entreprise et que si Gérard Houa rajoutait au pot, il lui céderait ses parts. L’américano-brésilien avait donné d’abord son accord de principe avant de se rétracter.

Mais en cédant ses parts pour 1 euro symbolique, David Neeleman aurait pu être poursuivi par la justice française en partant d’une compagnie qui affiche à ce jour près de 85 millions d’euros de fonds propres négatifs, selon des sources proches du dossier. Neeleman aurait donc préféré céder, pour 26 millions d’euros, 65 % des créneaux d’Aigle Azur à Orly à la low cost Vueling afin d’apurer les dettes et de générer du cash plutôt que d’être exposé à des poursuites et au paiement de 25 millions d’euros de pénalités.

Recentrer sur l’Algérie

Le différend est encore monté d’un cran le 29 juillet dernier, alors que les comptes au 31 décembre 2018 n’ont pas été validés et que quitus n’avait pas été donné à la gestion de Frantz Yvelin par HNA (actionnaire à 49 %) et Lu Azur. Seul David Neeleman avait délivré son quitus.

Selon certains observateurs, c’est cela qui  équivalait pour Gérard Houa à une révocation et expliquerait le « putsch » intervenu lundi dans les locaux de la compagnie. Si Gérard Houa avait agi avec l’aval du PDG du conglomérat chinois, avec lequel il se serait entretenu dimanche au téléphone, une disposition du droit européen indique que seul un actionnaire communautaire (David Neeleman a un passeport chypriote) peut choisir le dirigeant d’une entreprise.

Gérard Houa aurait déjà réuni 15 millions d’euros en preuve de fonds et attend d’ici octobre 8 millions d’euros, en provenance du Moyen-Orient. Un recentrement sur le marché historique de l’Algérie serait envisagé par Gérard Houa et la cession de créneaux pour seulement 10 millions d’euros. 40 millions d’euros seraient en tout utiles pour relancer dans l’immédiat le transporteur.

La bataille devant les tribunaux risque désormais de compliquer la bataille pour la survie d’Aigle Azur.

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