Diplomatie

[Chronique] G7 : Cyril Ramaphosa, ce président africain « non identifié »

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

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En admettant ne pas reconnaître le visage du président sud-africain Cyril Ramaphosa, en marge du sommet du G7 à Biarritz, une journaliste américaine a tendu le bâton pour se faire battre…

À l’occasion du sommet du G7 tenu dans la ville française de Biarritz, la journaliste américaine d’Associated Press Darlene Superville poste, le 25 août sur Twitter, un cliché présenté comme un moment de détente entre quatre « leaders ». Dextre avec les hashtags, elle tague le Français Emmanuel Macron, le Canadien Justin Trudeau et l’Indien Narendra Modi. Quant à Cyril Ramaphosa, elle le présente comme « one unidentified leader » (« un leader non identifié », en français).

La polémique naît et se répand comme une traînée de poudre sur la toile. On y plaint le « Pauvre Cyril » et on y tacle la twittos malencontreuse, dont on s’interroge si elle est « comédienne ou journaliste ». À bien regarder l’acte manqué numérique, le tribunal des réseaux sociaux pourrait affubler Darlene Superville de quatre chefs d’inculpation : racisme présumé, afrophobie, ignorance et fainéantise. Pour lequel serait-il raisonnable de la « condamner » ?

Procès numérique

La peau noire de la journaliste la dédouane-t-elle de la première tare ? Pas sûr, si l’on en croit les théoriciens de l’afro-autoflagellation. Pour autant, la ministre sud-africaine des Communications, Stella Ndabeni-Abrahams, ne va-t-elle pas vite en besogne quand elle affirme que Darlene Superville ne « reconnaît que les leaders blancs » ? Nul doute que la journaliste, au sommet du G7 de 2014, aurait facilement identifié le métis Barack Obama et plus difficilement le caucasien néerlandais Mark Rutte…

Peut-être cette représentante d’une agence de presse basée aux États-Unis ignore-t-elle moins les Noirs que les ressortissants d’un continent largement négligé par les médias occidentaux. Si l’on devait en conclure qu’elle est « afrophobe », encore faudrait-il tester ses confrères sud-africains pour savoir lesquels d’entre eux identifient instantanément le roi thaïlandais ou le président costaricain. En sont-ils asiaphobes ou américanophobes pour autant ?

Sur ces réseaux où la journaliste aime se répandre, il n’y a rien de plus simple que de vérifier quels présidents étaient invités

Dans ce procès numérique, le chef d’inculpation le plus facile à démontrer est le manque de culture générale, véritable forfait lorsqu’on exerce un métier de connaissance présumée. En guise de circonstances atténuantes, Darlene Superville peut toujours rappeler que l’Afrique compte 53 nations, et que Cyril Ramaphosa est installé à la présidence sud-africaine depuis moins de deux ans.

La quatrième formulation des griefs à son encontre sera plus difficile à contrer : la fainéantise, qui engendre la négligence professionnelle. Sur ces réseaux où la journaliste aime se répandre, il n’y a rien de plus simple que de vérifier quels présidents étaient invités à se joindre aux responsables des « pays les plus industrialisés » de la planète. Cette année, ils étaient cinq : Macky Sall, Paul Kagame, Roch Marc Christian Kaboré, Abdel Fattah al-Sissi, et donc… Cyril Ramaphosa. Sur l’option « images » d’un moteur de recherche, l’identification du dernier de cette liste n’aurait pas pris plus de sept secondes. Alors, faute professionnelle avérée ? Darlene Superville peut encore rétorquer que son post a été effectué sur un compte Twitter personnel…

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