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Cet article est issu du dossier «Hôtellerie : une pléthore de projets africains»

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Tourisme

Tunisie : les touristes reviennent plus vite que les devises

Le nombre de touristes pourrait bien atteindre les 9 millions cette année

Le nombre de touristes pourrait bien atteindre les 9 millions cette année © Paul Schemm/AP/SIPA

Le tourisme est définitivement reparti en Tunisie. Les hôtels de bord de mer ont fait le plein de vacanciers cet été, mais les caisses de l’État n'en profitent que modérément car le pays mise toujours sur le modèle « all inclusive » d’avant 2011 qui fait moins recette.

Bonne nouvelle : on ne parle plus seulement tunisien dans le hall des hôtels balnéaires. Les « Welcome », « Guten Tag », « Ciao », « Dobre Dien » et autre « Bonjour » ont supplanté le local « Asslama ». Le Samira club de Hammamet (à 65 km au sud de Tunis), hôtel réputé pour ses animations, proposait ainsi début août un loto entièrement dans la langue de Dostoïevski. L’une des danses phares de la saison est une variation du fameux chant russe Kalinka. Les touristes étrangers – et pas seulement russes – sont de retour.

La saison en cours le confirme définitivement : au 10 août, près de 5,5 millions de visiteurs sont venus en Tunisie, selon le ministère du Tourisme et les recettes touristiques ont atteint 3,2 milliards de dinars [1 milliard d’euros, +44 % par rapport à 2018 sur la même période]. L’objectif de René Trabelsi, le charismatique ministre du Tourisme, de 9 millions de visiteurs et de 4 milliards de dinars de recettes apparaît à portée de main.

« L’amélioration est claire notamment en termes de nuitées [qui ont progressé de 13,3 % rapport à l’an dernier]. Les voyageurs sont plus nombreux et nous avons pu augmenter le prix de la nuit. Dans mon hôtel [La Badira, hôtel haut-de-gamme de Hammamet], le chiffre d’affaires est en hausse de 12 % », précise Mouna Ben Halima, membre du bureau exécutif de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie.

2019 encore mieux que 2010

2019 surpasse même l’année de référence 2010 sur le nombre de visiteurs (+10 %) et les recettes en dinars (+61,7 %). Moribond après la révolution de 2011, en état de mort cérébrale après les attentats de 2015, le tourisme a retrouvé de sa superbe et, pourrait peser à la fin de l’année, plus de 14 % du PIB, selon le calcul retenu par la FTH. Tout va bien dans le meilleur des mondes, donc. Pas encore…

« Globalement, ça se passe bien en effet, mais les réservations des Européens occidentaux ne sont pas aussi bonnes que prévues », nuance Jalel Henchiri, le responsable de la FTH pour la région stratégique de Djerba. Sur le mois juillet, le nombre de touristes a connu une hausse de 12,4 %, mais celle des Français, le premier contingent, n’a été que de 9,3 %, précise Henchiri – et le nombre d’Allemands, qui représentent la troisième nationalité européenne la plus présente en Tunisie, a baissé de 3,8 %, selon l’Office national du tourisme tunisien.

La faute à un manque d’investissements dans la formation et les infrastructures qui s’accumule depuis 2011. Navettes d’hôtel en retard à l’aéroport, climatisation défaillante dans les chambres, piscines à la propreté douteuse, etc. les griefs des vacanciers s’accumulent dans les parties commentaires des sites de voyages. La nette reprise est encore trop récente pour que les hôteliers aient commencé à relancer les travaux de modernisation. Et puis, une rénovation des hôtels suffira-t-elle?

Le marché russe est vraiment dynamique grâce à ses vols charters qui ont une flexibilité extraordinaire, contrairement à ceux de l’Europe de l’ouest

Le marché russe explose

Si les recettes touristiques en dinars de 2019 affichent une bonne santé, celle des recettes en devises est plus précaire. Comparées à l’année 2010, les recettes en euros sont, au 31 juillet, en baisse de 14,3 % et de 26,5 % pour les recettes en dollars. Les vacanciers sont plus nombreux qu’auparavant mais leur profil a changé. Ils dépensent moins. Chez les Européens, les Russes sont arrivés en force, notamment après le refroidissement des relations entre Moscou et Istanbul alors que la Turquie était une destination appréciée.

Le fort de Djerba

Le fort de Djerba © Cezary p/Image gallery

Poutine et Erdogan sont de nouveaux alliés, mais entre temps, les touristes russes ont adopté la Tunisie comme lieu de villégiature. En juillet, avec 123 378 ressortissants, les Russes étaient les Européens les plus nombreux après les Français (136 601). Leur nombre a explosé de plus de 227 % comparé à 2010. « Le marché russe est vraiment dynamique grâce à ses vols charters qui ont une flexibilité extraordinaire, contrairement à ceux de l’Europe de l’ouest », explique Jalel Henchiri.

Tant que l’open sky ne sera pas mis en place, les formules des tours opérateurs continueront à constituer 80 % de l’offre en Tunisie

Mais, ces visiteurs ont un pouvoir d’achat limité à cause de la situation économique de la Russie et de la difficulté de sortir des devises. Résultat, une fois à l’hôtel, ils ne consomment quasiment aucun extra : visite de la médina, excursion historique, etc. «À leur arrivée dans l’hôtel, ils entrent dans le salon pour se renseigner, mais quand ils voient qu’il faut payer un supplément, ils font aussitôt demi-tour », constate une employée du centre de soin situé au Samira Club.

L’Open Sky pour diversifier le tourisme

L’heure n’est plus aux formules « tout compris » et la Tunisie a du mal à s’adapter. « Tant que l’open sky ne sera pas mis en place, les formules des tours opérateurs continueront à constituer 80 % de l’offre en Tunisie », regrette Mouna Ben Halima. La libéralisation du ciel avec l’Union européenne doit permettre l’arrivée des compagnies à bas-coûts transportant des visiteurs urbains prêts à dépenser de l’argent pour des courts séjours afin de découvrir les ruines de Carthage ou profiter, hors saison, de la plage ou d’un parcours de golf.

Le ministre des Transports, Hichem ben Ahmed, assure que le blocage vient de l’Union européenne. Le Brexit pose des problèmes juridiques assez complexes, notamment sur le sort de l’aéroport de Gibraltar que l’Espagne et la Grande-Bretagne se disputent.

« Le cas est compliqué et l’Europe a sa part de responsabilité. Mais si le gouvernement tunisien avait mis plus de pression sur l’Union européenne, l’Espagne et la Grande-Bretagne en ajoutant, par exemple, un paragraphe stipulant que l’accord ne concerne pas Gibraltar, on aurait pu déjà avoir l’open sky », avance un observateur. En attendant, les employés du Samira Club améliore leur russe : « Ca peut toujours servir », raconte un animateur. Da.

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