Politique

Mali : les plans du gouverneur de Mopti pour sauver cette région au bord de la guerre civile

Des soldats maliens dans la région de Mopti, dans le centre du pays, en 2012. © AP/SIPA

Nommé fin juin gouverneur de Mopti, le général Abdoulaye Cissé parviendra-t-il à débarrasser le centre du Mali des groupes armés et à y maintenir la paix ? Accusé d'exactions dans le Nord dans les années 1990, il s'en défend et fait valoir son expérience militaire.

Peu connu dans la région de Mopti, le général Abdoulaye Cissé maîtrise pourtant bien la situation de cette zone sensible en proie à des violences intercommunautaires, notamment entre les communautés dogon et peule.

Jusqu’à sa nomination au poste de gouverneur, à la fin de juin, ce fils de militaires était sous-chef d’état-major général des armés, chargé des opérations militaires dans le Centre et le Nord.  Et pour sa nouvelle mission, le général Cissé s’est doté d’un plan martial.

« Une posture offensive permanente »

« Nous avons 3000 soldats en phase de déploiement dans la région, en mouvement permanent, pour fouiller les sanctuaires des terroristes, les forêts et les montagnes, mais aussi pour porter secours aux populations », explique-t-il à Jeune Afrique.

Cet ancien aide de camp de l’ex-président malien Alpha Oumar Konaré, qui fut aussi son attaché personnel lorsque Konaré présidait la Commission de l’Union africaine, sait ce qu’il veut et comment s’y prendre pour y parvenir. « Nous allons mettre en place un système afin de mieux cerner les informations qu’on collecte. Grace à cette nouvelle organisation du renseignement, nous connaissons déjà le mode opératoire des terroristes et leur mode de déplacement. » Et de poursuivre : « La prochaine phase, c’est donc l’action. L’armée sera dans une posture offensive permanente. Nous comptons également sur la Minusma et Barkhane pour que chacun joue son rôle. »

Abdoulaye Cissé n’en est pas à sa première opération de maintien de la paix. Il fut, à partir de 2015, le chef du Centre conjoint des opérations de mission de l’Union africaine en République centrafricaine (MISAC/UA) à Bangui, puis commandant adjoint du secteur Est de la Minusca à Bria toujours en RCA.

Promotion à l’impunité ?

Depuis sa nomination aucune attaque majeure n’a eu lieu dans la région de Mopti, où la situation sécuritaire reste toutefois très tendue.  Le nouveau gouverneur sait qu’il lui faudra du temps pour parvenir à extraire les groupes jihadistes dissimulés parmi les populations pour éviter les exactions contre les civils.

C’est justement sur ce point que le général Cissé est très attendu. Car dans le Nord, où il a laissé un souvenir amer, des détracteurs se sont empressés de qualifier sa nomination de « promotion à l’impunité ».

« Vous ne mettrez jamais fin aux massacres du Centre avec l’auteur des massacres au Nord (Gossi, Rharous, Tombouctou …). Le nouveau gouverneur de Mopti est un criminel qui a du sang d’innocents sur les mains ! », a ainsi écrit sur sa page Facebook Almou Ag Mohamed, membre du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), aujourd’hui détaché au Comité national désarmement- démobilisation-réinsertion (DDR).

« Le Charles Taylor de Tombouctou »

Dans les années 1990, Abdoulaye Cissé, qui a fait ses études au sein des écoles militaires maliennes, était un simple lieutenant détaché à la tête d’un escadron affecté à Tombouctou. Certains l’accusent d’avoir été, à cette période, à l’origine de graves violations des droits humains, notamment contre les Arabes et les Touareg.

« Abdoulaye Cissé était incontrôlable à l’époque. On le surnommait Charles Taylor à Tombouctou parce qu’il avait droit de vie ou de mort  sur les gens », se rappelle un habitant de Tombouctou qui a perdu certains de ses proches à l’époque.

« On ne peut pas empêcher les gens de dire ce qu’ils veulent, mais ils n’ont qu’à prouver ce qu’ils avancent à mon sujet », se défend aujourd’hui le général Cissé qui affirme que les rapports rédigés à l’époque à l’instigation du gouvernement malien sont consultables.

« J’étais un militaire envoyé pour défendre l’unité du territoire de mon pays, et si on me reproche des choses l’État malien ne sera pas épargné. Mais cette époque est révolue : en ce temps-là, je me battais contre Zahabi Ould Sidi Mohamed, alors qu’aujourd’hui lui et moi nous battons ensemble pour permettre le retour de la paix dans notre pays. »

Quant au surnom peu flatteur dont il a hérité à Tombouctou, en référence à l’ancien chef de guerre et président libérien Charles Taylor, condamné pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, le général Cissé lui préfère celui dont certains l’affublent aujourd’hui, en référence au célèbre stratège romain : Scipion l’Africain.

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