Politique

[Chronique] RDC : cuisine politicienne au royaume du « glissement »

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

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© Glez

Les Congolais découvrent qu’il faut parfois des mois pour constituer une équipe gouvernementale. Esquive salvatrice de la précipitation ou trompe-l’œil politicien ?

C’est bien connu, plus on progresse vers l’horizon, plus celui-ci semble s’éloigner. Sept mois et demi après l’élection présidentielle congolaise, trente semaines après l’investiture du chef de l’État Félix Tshisekedi, et 96 jours après la nomination du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, les citoyens de RDC se réveillaient toujours sans gouvernement. Et les promesses de fumée blanche de se succéder, chacun tentant de décrypter une déclaration officielle ambiguë ou la convocation d’une session législative extraordinaire…

Comme dans un tutoriel de cuisine approximatif où les « pas assez de sel » succèdent aux « trop de pili-pili », la composition du gouvernement congolais résonne de « pas assez de femmes ministrables » et « pas assez de jeunes ». Une manière pour le cuistot Ilunga de montrer qu’il est à la manœuvre des ustensiles, même si, en amont, il a dû se plier aux « ingrédients » fournis par le FCC (Front commun pour le Congo) et le Cach (Cap pour le changement). Et même si, en aval, c’est bien Son Excellence Tshisekedi qui arbitrera officiellement la mouture finale de l’équipe.

Le glissement, nouveau sport national

Pour l’heure, à l’évocation de l’arlésienne gouvernementale, on répond « bientôt » à l’envi… Il faut dire que le « glissement » d’agenda politique est devenue une discipline quasi olympique en RDC, singulièrement depuis le round ultime du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila. Même lorsqu’il s’agit d’ensevelir un opposant historique, on « glisse ». Si l’on met vingt-huit mois à inhumer, pourquoi n’en mettrait-on pas huit à accoucher ?

Le record de blocage politique sans gouvernement est toujours détenu par une démocratie européenne expérimentée : la mère Belgique

Faut-il pour autant se moquer des atermoiements congolais ? Primo, en matière de rythme, le Zaïre indépendant est né sur un cha-cha-cha, danse réputée pour sa subtile succession de pas en arrière et de pas en avant. Secundo, c’est un virage inédit que le pays a initié avec la première alternance par les urnes, nouveauté qui mérite un parcours aux envergures de transition. Tertio, la majorité issue des urnes relève d’une cohabitation, avec ou sans accord apaisé des coalitions kabilistes et tshisekedistes.

Quarto, le record de blocage politique sans gouvernement – 249 jours – est toujours détenu par une démocratie européenne expérimentée : la « mère » Belgique. Enfin, les sceptiques de l’accord de la Saint-Sylvestre 2016 doivent reconnaître que, même à vitesse d’escargot, Joseph Kabila a fini par quitter le pouvoir. A glissé de poste, pour être plus précis…

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