Pétrole & Gaz

RDC : l’Inspection des finances alerte sur la « disparition » de 15 millions de dollars des caisses de l’État

Un puits de pétrole appartenant au groupe français Perenco, près de Muanda, dans l’extrême ouest de la RDC, en 2016 (image d'illustration). © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

L'Inspection générale des finances (IGF) pointe du doigt la gestion opaque de la somme destinée à compenser les sociétés pétrolières suite au gel des prix à la pompe en 2017. Les inspecteurs ont perdu la trace de 15 millions de dollars qui auraient, selon eux, dû être transférés dans les caisses de l'État.

Il s’agit des conclusions d’un audit mené par l’Inspection générale des finances du 17 au 31 juillet 2019 et dont Jeune Afrique a pu se procurer une copie.

La somme dont l’IGF a perdu trace a été prélevée sur les 100 millions dollars que l’État devait verser aux sociétés pétrolières intervenant en RDC, en compensation du gel des prix des carburants.

En 2017, le pays avait en effet connu une flambée des prix du carburant à la pompe d’environ 5 %. Pour stabiliser le prix, le gouvernement congolais et les sociétés pétrolières s’étaient mis d’accord sur un gel des prix.

En échange, le gouvernement s’était engagé à compenser les pertes et le manque à gagner pour les compagnies privées. Pour ce faire, une ligne de crédit de 100 millions de dollars avait été ouverte auprès de la Raw Bank et de la FBN Bank.

Virement irrégulier

Le rapport de l’IGF  cite un courrier du ministre intérimaire de l’Économie nationale, Henri Yav Mulang, daté du 16 mai 2019 et adressé au Gouverneur de la Banque centrale du Congo, qui demande l’ouverture d’une ligne de crédit en faveur des sociétés pétrolières.

Extrait du rapport de l'IGF qui pointe les irrégularités commises dans ce dossier

Extrait du rapport de l'IGF qui pointe les irrégularités commises dans ce dossier © JA

 

Le même courrier demande de retenir à la source une décote de 15 % sur les montants versés à chaque société. Cette somme devait être reversée à l’État via un autre compte hébergé à la Raw Bank, créé pour l’opération et dont le ministère de l’Économie nationale est titulaire.

L’ordre de reverser ces 15 % destinés à l’État sur le compte dédié a été signé le 10 mai dernier par Vital Kamerhe, directeur de cabinet du chef de l’État. Or, la somme de 15 millions de dollars aurait dû être récupérée directement par le Trésor, indique l’IGF dans son rapport qui précise : « le virement de cette décote […] est une irrégularité qui viole les dispositions légales et réglementaires ».

Doutes sur des retraits effectués

Plus grave, l’argent a été retiré du compte. Les retraits ont été effectués entre le 23 mai et le 7 juin 2019 par Georges Yamba Ngoie, conseiller chargé des questions financières et des produits stratégiques au Cabinet du ministre de l’Économie nationale et Célestin Twite Yawembo, secrétaire général à l’Économie nationale. Ces deux personnalités ont été mandatées par le ministre d’alors Joseph Kapika, comme le prouve un document annexé au rapport d’audit.

Dans ce document l'ancien ministre de l'Économie, Joseph Kapika, désigne deux de ses collaborateurs comme mandataire du compte © JA

Les inspecteurs indiquent dans leur rapport ne pas pouvoir renseigner l’ensemble des éléments sur les retraits effectués : la Raw bank refusant de produire tous les détails sur les mouvements du compte en l’absence de réquisition judiciaire. Joseph Kapika qui a laissé le maroquin de l’Économie pour retrouver son siège de député en mars dernier, n’a pas fourni de réponse ou de documents justificatifs à l’IGF. Ce que l’on sait, c’est que les inspecteurs des finances ont perdu trace de 15 millions de dollars.

« Mauvaise gouvernance »

« Cette affaire de 15 millions montre que la mauvaise gouvernance a une place de choix dans notre pays. Comment expliquer que l’argent public atterrisse dans un compte créé pour répondre aux besoins de certains individus, et ce sont les autorités du pays qui sont impliquées dans cette mafia. Nous espérons que la justice fera son travail et que la vérité va éclater », a réagi Joseph Mabanga, membre de la dynamique pour l’unité d’action de l’opposition, plateforme de l’opposition dirigée par l’opposant Martin Fayulu.

L’IGF a demandé à la justice de se saisir du dossier et d’engager des poursuites. La Cour des comptes n’a pour le moment pas réagi.

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