Politique

Rwanda-Ouganda : après des mois de tensions, signature d’un accord entre Paul Kagame et Yoweri Museveni

Paul Kagame et Yoweri Museveni lors de la signature de leur accord, à Luanda, le 21 août. © DR

Les présidents rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni ont signé mercredi un accord censé ouvrir la porte à une sortie de crise, après plusieurs mois de tensions sur fond d'accusations mutuelles de déstabilisation.

S’achemine-t-on vers une détente entre l’Ouganda et le Rwanda ? Paul Kagame et Yoweri Museveni ont signé un mémorandum d’entente le 21 août à Luanda lors d’un mini sommet avec le président angolais Joao Lourenço, ses homologues Félix Tshisekedi et Denis-Sassou Nguesso. Il s’agit de la troisième rencontre de ce type après. La première, à Nsele en RDC, avait réuni Paul Kagame, Joao Lourenço et Félix Tshisekedi, au mois de mai dernier et s’était focalisée sur la sécurité dans l’Est. Un autre mini-sommet s’était déroulé à Luanda le 12 juillet, en présence Yoweri Museveni.

À couteaux tirés depuis plusieurs mois

Le contenu de l’accord, que Jeune Afrique a pu consulter, demande à chaque signataire de « s’abstenir de toute action de nature à déstabiliser ou à subvertir le territoire de l’autre partie, éliminant ainsi tous les facteurs susceptibles de créer une telle perception, tels que le financement, la formation et l’infiltration des forces déstabilisatrices ».

Le Rwanda et l’Ouganda sont à couteaux tirés depuis plusieurs mois. Frères d’armes dans la rébellion qui porte Museveni au pouvoir en 1986, alliés pendant le génocide des Tutsi lors duquel le Front patriotique rwandais (FPR), que dirige Paul Kagame, avait combattu, les deux présidents ont depuis connu des relations en dents de scie, marquées par l’affrontement entre leurs deux armées à Kisangani, en RDC, en juin 2000.

Accusations de part et d’autre

La dernière visite officielle entre les deux hommes remonte à un déplacement de Paul Kagame à Entebbe en mars 2018. Depuis, les deux hommes rivalisent d’accusations. Kigali accuse depuis plusieurs mois son voisin d’apporter un soutien logistique à des mouvements hostiles au président rwandais comme le Rwanda National Congress (RNC) de l’ancien général rwandais Kayumba Nyamwasa, aujourd’hui en exil en Afrique du Sud. Le RNC est soupçonné par le Rwanda de collaborer avec les rebelles FDLR, actifs dans l’Est de la RDC.

De son côté, Kampala accuse régulièrement le Rwanda de tentatives d’espionnage. Le dernier exemple date du 23 juillet, quand les services ougandais ont procédé à l’arrestation d’une quarantaine de ressortissants rwandais, tous officiellement membres d’une église évangéliste et accusés d’espionnage.

« Les prochains jours nous donneront déjà une indication »

Le Rwanda de son côté proteste depuis plusieurs mois contre des interpellations et des expulsions jugées arbitraires de ses ressortissants. Selon l’accord signé le 21 août, le Rwanda et l’Ouganda sont appelés à « protéger et respecter le droit et la liberté des ressortissants de la partie résidant et transitant sur leur territoire national ». Les deux pays doivent aussi « reprendre dès que possible les activités transfrontalières » qui ont connu un ralentissement à la suite de la fermeture du poste-frontière rwandais de Gatuna en février. Cette fermeture, officiellement pour cause de travaux, avait accentué les tensions entre les deux pays, l’Ouganda accusant notamment le Rwanda de violer les règles de l’East African Community.

« Le plus important dans cet accord, ce n’est pas sa signature mais sa mise en œuvre. Les prochains jours nous donneront déjà une indication », commente le secrétaire d’État rwandais en charge de l’East African Community, Olivier Nduhungirehe, qui demande « la fin du soutien des groupes génocidaires et terroristes anti-Rwanda, la libération des citoyens rwandais en détention illégale en Ouganda et la fin du sabotage économique ».

Après la rencontre du 12 juillet à Luanda, le président angolais Joao Lourenço et son homologue congolais Félix Tshisekedi avait été chargés de faciliter le processus de dialogue entre les deux pays. Ils restent, selon l’accord, les garants du respect de ce mémorandum dont le suivi sera aussi assuré par un comité composé des ministres des Affaires étrangères des pays signataires.

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