Santé

Ebola en RDC : la province du Sud-Kivu touchée à son tour par l’épidémie

Des infirmiers de l'OMS mobilisés contre l'épidémie d'Ebola en RDC, le 21 mai 2018. © Junior D. KANNAH/AFP

Deux cas de personnes touchées par Ebola ont été identifiés dans le territoire de Mwenga, à moins de 140 km de la grande ville de Bukavu, dans le Sud-Kivu. C'est la première fois depuis le début de l'épidémie qu'elle est signalée hors du Nord-Kivu et de l'Ituri.

Après le Nord-Kivu et l’Ituri, le Sud-Kivu devient la troisième province congolaise touchée par le virus depuis le début de l’épidémie, en août 2018, qui a provoqué la mort de 1913 personnes.

Selon le communiqué des autorités congolaise et du professeur Jean-Jacques Muyembe à la tête des équipes de riposte depuis près d’un mois, une femme de 24 ans et un jeune enfant de 7 mois ont été identifiés comme porteurs du virus Ebola.

La jeune femme, vraisemblablement arrivée de Beni – un des épicentre de l’épidémie – est décédée, explique le communiqué qui précise que le jeune garçon a lui été mis à l’isolement avant de débuter ce vendredi sa prise en charge médicale. Les personnes ayant été en contact avec ces deux cas – 120 ont déjà été listées – sont en cours d’identification pour être ensuite vaccinées. « La situation est sous contrôle », assure à Jeune Afrique le professeur Muyembe.

« Grand tournant »

L’annonce de la découverte de ces deux cas dans le Sud-Kivu intervient alors que les autorités sanitaires américaines et le comité en charge de piloter la riposte ont fait part cette semaine des résultats concluants de deux molécules, le Mab114 et le REGN-EB3, en phase de test depuis novembre dans le cadre de la lutte contre Ebola.

Il est désormais possible de guérir d’Ebola

« Ce sont donc ces deux molécules que nous allons utiliser, parce que d’après les résultats que nous avons obtenus jusqu’à présent, ce sont ces deux molécules qui sont efficaces », a expliqué Jean-Jacques Muyembe, inventeur avec le professeur Sabue Mulangu, du Mab114 créé à partir d’un prélèvement sur un survivant de l’épidémie de Kikwit en 1995.

Qualifié de « grand tournant » par les organes en charge de la riposte, ces deux molécules – qui étaient jusqu’à présent testées au côté de deux autres produits, le ZMapp et le Remdesivir, vont désormais être privilégiés, explique le professeur Muyembe, qui espère ainsi remédier à la « défiance des populations sur le terrain ». « Il faut que les patients comprennent qu’il est désormais possible de guérir d’Ebola et que le plus tôt il se signale, le plus il y aura de chance de guérir », précise le chef de file de la riposte.

Un taux de mortalité divisé par deux

Ces deux produits sont des anticorps monoclonaux qui s’injectent lors d’une perfusion d’une heure – deux perfusions pour le REGN-EB3 – et nécessitent par la suite un suivi de la charge virale chez le patient.

D’après les experts, parmi les quelque 500 personnes dont les données ont été analysées, sur un total de 681 participants, la mortalité est tombée à 29% avec le REGN-EB3 et à 34% avec le mAb114. Pour les personnes ne prenant aucun traitement, le taux de mortalité est compris entre 60 et 67%.

Grâce à ces deux molécules et avec l’usage d’autres traitements comme le vaccin, les autorités en charge de la riposte estiment qu’il serait possible d’enrayer l’épidémie « d’ici trois à quatre mois ».

« On continue d’être en retard »

Si l’optimisme est donc de mise du côté des principaux acteurs de la riposte, certaines ONG sur le terrain se montrent plus nuancées. « On continue d’être en retard. L’épidémie dure depuis plus d’un an à Beni, ce qui n’est pas normal. Donc, pour que ces nouveaux traitements soient efficaces, il faut qu’ils soient accompagnés d’un mécanisme qui draine les gens vers les centre de santé assez tôt pour que le produit aient une réelle chance de faire effet », explique Jean-Hervé Bradol, directeur d’études à Crash, le centre de réflexion de Médecins sans frontières. « Il faut aussi attendre des précisions sur les conditions d’efficacité du produit. Jusqu’à combien de jours après le début des symptômes présente-t-il le plus d’efficacité ? », s’interroge le spécialiste.

« C’est une très bonne nouvelle, mais ça reste une goutte d’eau dans l’ensemble de la riposte qui comprend la prévention, l’aspect sécuritaire et les autres traitements, comme le vaccin », ajoute une source humanitaire impliquée dans la lutte contre Ebola. Autre inquiétude pointée par plusieurs acteurs de terrain : l’incertitude – voire l’opacité – qui règne sur le nombre de doses et la disponibilité du vaccin de la firme Mercks, actuellement utilisé face à l’épidémie.

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