Politique

RDC : les dissensions au sein du camp de Tshisekedi retardent la formation du gouvernement

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe.

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. © Colin Delfosse pour JA/ Vincent Fournier/JA

Après avoir longtemps achoppé en raison des négociations entre les partisans de Félix Tshisekedi et de Joseph Kabila, la formation du futur gouvernement congolais fait aujourd’hui l’objet d’âpres débats au sein du camp présidentiel.

Près de sept mois après l’investiture de Félix Tshisekedi, la composition du gouvernement se fait encore attendre. Mais si ces derniers mois les blocages étaient essentiellement à mettre sur le compte de l’âpreté des négociations entre les partisans de l’actuel président congolais et ceux de son prédécesseur Joseph Kabila, qui forment ensemble « une coalition gouvernementale », c’est désormais au sein même du camp de l’actuel président que les crispations sont les plus fortes.

Au terme de l’accord, le Front commun pour le Congo (FCC, de Joseph Kabila) – majoritaire à l’Assemblée nationale comme au Sénat – s’arroge 42 postes de ministres. La Coalition pour le changement (Cach), de Félix Tshisekedi, s’en voit pour sa part attribuer 23.

Or, les cadres de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDPS), le parti de Félix Tshisekedi, et ceux de l’Union pour la nation congolaise (UNC), le parti de l’incontournable chef de cabinet du président Vital Karmerhe, ne parviennent pas à s’entendre sur le nom des candidats qu’ils souhaitent présenter au nom de la Coalition pour le changement (Cach) pour occuper ces 23 ministères.

Les exigences de l’UNC

Vital Kamerhe dans la centrale électorale de Cach, le 8 janvier 2019, à Kinshasa.

Vital Kamerhe dans la centrale électorale de Cach, le 8 janvier 2019, à Kinshasa. © Trésor Kibangula/JA

Dimanche 11 août, une très protocolaire cérémonie de remise des listes a bel et bien été organisée à la primature, sous l’objectif des caméras. Jean-Marc Kabund, président par intérim de l’UDPS, et Jean-Baudoin Mayo Mambeke, secrétaire général de l’UNC, ont ainsi officiellement et formellement remis une liste au Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba. De même que Néhémie Mwilanya Wilondja, l’ex directeur de cabinet de Joseph Kabila, désormais coordonateur du FCC.

Sauf que, selon nos informations, rien n’a été effectivement déposé côté Cach. Les raisons de ce retard ? Des dissensions entre l’UNC et l’UDPS d’une part, et des dissensions internes à l’UDPC de l’autre.

S’appuyant sur le « pacte de Nairobi » conclu entre Tshisekedi et Kamerhe en novembre 2018, l’UNC espérait en effet obtenir une série de portefeuilles ministériels stratégiques, et en particulier la primature. L’accord passé entre Cach et FCC a cependant rebattu les cartes. Et l’UNC a alors réclamé d’obtenir une répartition des postes disponibles à égalité avec l’UDPS, et une préséance dans le choix des ministères…

Un « problème résolu », assure à Jeune Afrique un haut cadre du parti, qui affirme que l’UNC ne réclame désormais plus que « huit postes » sur les 23 attribués au Cach, « dont celui des Affaires étrangères ». Pourquoi, dans ce cas, n’avoir pas déposé de liste ? « Par solidarité avec l’UDPS » affirme notre source.

Tensions internes à l’UDPS

Des militants de l'UDPS, au siège du parti de Félix Tshisekedi, à Kinshasa le 21 décembre 2018 (archive / Illustration).

Des militants de l'UDPS, au siège du parti de Félix Tshisekedi, à Kinshasa le 21 décembre 2018 (archive / Illustration). © Jerome Delay/AP/SIPA

En effet, au sein de l’UDPS, l’atmosphère est tendue. Les différentes structures et courants au sein du parti de Félix Tshisekedi se disputent le partage des postes. La Commission électorale du parti (CEP) a ainsi écrit au président congolais pour dénoncer la mise à l’écart de ses membres dans les choix du parti pour les candidats « ministrables ».

« Bien qu’à 100% constituée de personnes qualifiées, [la CEP] n’a été ni de près ni de loin associée de sorte que l’exécutif [de l’UDPS] s’est partagée seule les 14 postes de conseillers principaux du chef de l’État » et « n’a été aucunement consultée » sur le partage des responsabilités au gouvernement, lit-on dans ce courrier, notamment signé de la main de Me Jacquemain Shabani Lukoo, président de la CEP. Et la CEP de fixer ses exigences : un quota de « trois ministères importants » doit lui être réservé dans le futur gouvernement.

La diffusion de cette note interne sur les réseaux sociaux a jeté une lumière crue sur une partie des dissensions internes au parti. Mais d’autres luttes sourdes se jouent également en coulisse, entre les représentants de la diaspora – les « amis de Félix Tshisekedi » -, les membres de la famille biologique du président, de sa belle-famille et des nombreux alliés de différentes obédiences qui ont soutenu la candidature de l’actuel président qui, tous, exigent un quota au sein du gouvernement.

Félix Tshisekedi met la pression sur ses alliés

Félix Tshisekedi, lors de sa visite à Bunia, dans l'est de la RDC, le 2 juillet 2019.

Félix Tshisekedi, lors de sa visite à Bunia, dans l'est de la RDC, le 2 juillet 2019. © DR / Présidence de la République RDC

Conséquence immédiate : le premier ministre Sylvestre Ilukamba n’a pas pu, comme il le souhaitait, présenter la première mouture de son gouvernement à Felix Tshisekedi mardi 13 août. Jeudi, réagissant à une information attribuée à un « proche du Premier ministre » – selon laquelle une première mouture avait été proposée au chef de l’État, mais recalée en raison de problèmes de parité notamment – la primature a de nouveau assuré que  l’analyse des listes se poursuivait encore.

Reste que le calendrier semble – enfin – s’accélérer. Dans un courrier daté du jeudi 15 août, Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale, a convoqué les députés pour une session extraordinaire, du 19 août au 7 septembre, « à la demande du président de la République par sa lettre du 13 août ». À l’ordre du jour, notamment, « l’investiture du gouvernement ».

Une manière pour Félix Tshisekedi de mettre la pression sur ses alliés. Selon nos sources, le président congolais, qui doit s’envoler ce vendredi pour la Tanzanie où il doit assister au sommet de la SADC à Dar es-Salaam, les 17 et 18 août, a confié à Jean-Marc Kabund la mission de parvenir à accorder les violons au sein de sa famille politique.

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