Capital-investissement

USA-Afrique : une nouvelle agence américaine pour l’investissement

Le centre-ville de Yaoundé, au Cameroun, devant la Primature (photo d'illustration).

Le centre-ville de Yaoundé, au Cameroun, devant la Primature (photo d'illustration). © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Les statuts de la Development Finance Corporation (DFC) éliminent deux obstacles majeurs à la participation des États-Unis à l’industrie du capital-investissement en Afrique. La nouvelle institution, qui vise aussi à renforcer l'influence américaine sur le continent, démarre officiellement en octobre.

Durant des échanges avec la presse panafricaine, organisés le 13 août depuis Washington, David Bohigian, PDG par intérim de Overseas Private Investment Corporation (Opic), a dévoilé la stratégie de la Development Finance Corporation (DFC), qui prendra la suite, d’ici deux mois, de l’institution américaine et d’une partie des activités de sa consœur l’USAID.

La création de la Development Finance Corporation introduit deux changements majeurs dans les opérations américaines de financement du développement sur le continent africain. Comme l’a rappelé David Bohigian,  l’agence « réalisera des prises de participation, ce qui sera particulièrement utile dans les fonds de capital-investissement à travers le continent ».

Créé en 1971, l’Opic n’accorde que des prêts et des assurances contre les risques. Selon les estimations de Jeune Afrique, les prêts directs représentaient 58 % des 5,8 milliards de dollars investis par l’Opic en Afrique subsaharienne à la fin septembre 2018, contre 30 % d’assurances et seulement 12 % (700 millions de dollars) de prêts accordés à des fonds d’investissements (Emerging Capital Partners, Phatisa Group, African Capital Alliance…) Le portefeuille global de cette agence atteignait 22,8 milliards de dollars à la même date, pour une répartition sensiblement similaire.

Rapprocher les agences de leurs investissements

Le recours exclusif à la dette contraignait les capital-investisseurs à créer des véhicules spécialisés et diverses dispositions spécifiques pour obtenir les financements de l’Opic. Cela empêchait l’institution américaine de participer à des opérations communes avec ses homologues européens tels que le français Proparco, l’allemand DEG et le belge BIO, bailleurs de référence des fonds du private equity en Afrique.

« La participation au capital [des fonds d’investissements] rapproche les agences de leurs investissements, en leur donnant une place à la table pour influencer la stratégie de l’entreprise ou les changements managériaux », soulignait en octobre 2016 la plateforme Devex, dédiée aux institutions de développement. Le français Amethis, à qui l’Opic avait prêté 150 millions de dollars en 2013 pour son premier fonds africain, n’avait pas renouvelé l’expérience pour son nouveau véhicule panafricain clos en juin, préférant une structure plus simple ne comptant que des investisseurs en fonds.

Nos investissements auraient eu plus de succès en fonds propres qu’en titres de dettes

Malgré la méforme récente des devises africaines (Nigeria, Egypte, Angola, Afrique du Sud…), le capital-investissement africain reste avantageux, alors que les taux sur le marché américain de la dette demeurent faibles. « Nous avons analysé nos investissements au cours des 30 dernières années, et en particulier au cours de la dernière décennie, et ils auraient eu plus de succès comme investissements en fonds propres qu’en titres de dette », a reconnu David Bohigian.

Réactiver l’influence américaine en Afrique

Outre l’argument financier, une lecture géopolitique de la création de Development Finance Corporation est également possible. « Cela fait quelques temps que les Américains veulent réactiver leur influence en Afrique et rattraper leur retard, notamment en terme d’influence. C’est à mon sens la motivation première », décrypte Jean-Sébastien Bergasse, associé de Amethis.

David Bohigian Président et CEO de l'Opic

David Bohigian Président et CEO de l'Opic © DR

En faveur de cette lecture plaide une autre réforme majeure instaurée avec la nouvelle institution américaine de développement. L’Opic ne pouvait soutenir que des projets ayant « un lien significatif avec le secteur privé américain ». Cette limite a été supprimée par les statuts de la DFC. « Il y a beaucoup de projets valables dans le monde qui se déroulent là où les investisseurs et les gestionnaires de fonds américains pourraient avoir un intérêt limité », a expliqué David Bohigian.

Pour ce vétéran du capital-investissement – il a exercé dans cette industrie pendant une quinzaine d’années -, la levée de cette restriction « et la faculté d’investir des capitaux propres va aider [la DFC] à étendre notre capacité à créer des sociétés stables en Afrique et dans le monde entier ».

Bataille économique et commerciale contre la Chine

L’action de la nouvelle institution de développement s’inscrit également dans le cadre plus large de la bataille économique et commerciale menée par les États-Unis contre la Chine. Sans nommer à aucun moment le grand rival de Pékin, le patron de l’Opic a cité cinq critères en matière de financement du développement : le respect de la souveraineté, le recours aux travailleurs locaux, la protection de l’environnement, la transparence et la lutte contre la corruption et la durabilité dans le temps des projets réalisés.

Les capitaux du secteur privé devraient représenter des milliards d’investissements en Afrique

« Ce qui sera différent avec la DFC, c’est qu’en premier lieu nous aurons un mandat de 60 milliards de dollars [contre un plafond de 30 milliards de dollars pour l’Opic], ce qui, surtout, aidera à attirer des capitaux du secteur privé qui devraient représenter des centaines de milliards de dollars d’investissement en Afrique », a insisté David Bohigian.

« L’angle consistant à se démarquer des Chinois – jugés prédateurs – en étant des investisseurs responsables peut apporter quelque chose de comparable à Proparco et à la DEG », reconnaît Jean-Sébastien Bergasse. « Il reste maintenant à voir à quel point le projet de la DFC est ambitieux, sachant que in fine les USA connaissent mal le continent africain », prévient l’associé d’Amethis.

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