Politique

Centrafrique : Bangui s’inquiète de l’alliance du chef rebelle Abdoulaye Miskine avec un nouveau groupe armé

Des Casques bleus rwandais dans les rues de Bangui, en Centrafrique, en février 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

À la fin du mois de juillet, le mouvement rebelle d'Abdoulaye Miskine avait déjà exigé la démission du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Sa récente alliance avec d'autres mécontents de l'accord de paix inquiète Bangui qui redoute de nouvelles violences.

« Nos services de renseignement ont été alertés que (Abdoulaye) Miskine est en train de recruter des jeunes pour son mouvement rebelle depuis la ville d’Am Dafok », a déclaré à Jeune Afrique un conseiller de la présidence centrafricaine sous couvert d’anonymat. « Tout sera fait pour le stopper dans ses démarches », a ajouté ce conseiller.

Ces informations inquiètent Bangui qui redoute de nouvelles violences, dans un contexte où le processus de paix s’annonce de plus en plus compliqué. Plusieurs groupes armés, pourtant signataire de l’accord de paix, ne respectent pas ce dernier. « Ce serait regrettable que la population revive des violences armées malgré l’accord de paix », a-t-il souligné.

Fin juillet déjà, un communiqué du mouvement rebelle FDPC  exigeait « la démission immédiate » du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, à défaut de quoi le FDPC le menaçait de le « [démettre] par tous les moyens ». Le document était signé du « général » Abdoulaye Miskine, titre que le chef rebelle s’est auto-attribué.

Alliance de mécontents

L’influence du FDPC s’est accentuée dans l’extrême-nord de la Centrafrique depuis son alliance avec un nouveau mouvement rebelle, le Parti du rassemblement de la nation centrafricaine (PRNC). Créé par d’autres « généraux » auto-proclamés se disant mécontents des derniers accords de paix, ce mouvement est né en juin dernier d’une nouvelle scission au sein de l’ex-Séléka.

La Centrafrique peut néanmoins compter sur la communauté internationale. « Miskine n’a plus de crédibilité aux yeux de la communauté internationale pour avoir violé à plusieurs reprises l’accord de paix de Khartoum, dont il est lui-même signataire », a indiqué à Jeune Afrique un diplomate occidental en poste à Bangui.

« Tout le monde est d’accord sur le fait qu’il doit être arrêté mais c’est aux forces armées centrafricaines de le faire.  Et sans soutien, il ne pourra pas aller loin », a-t-il précisé. Selon les accords de Khartoum, la Minusca (la mission de l’ONU dans le pays) pourrait aussi avoir un rôle à jouer. D’après le texte, la force onusienne devait appliquer « des mesures temporaires d’urgence pour détenir tous ceux qui se livreraient directement ou indirectement à des actes qui violent les dispositions de l’accord ou de nature à compromettre la paix, la stabilité ou la sécurité de la République centrafricaine ».

Pour ce diplomate, cette nouvelle alliance est « purement de circonstances » et son seul seul « objectif est le banditisme » dont « les habitants feront les frais ».

Le gouvernement a peur », Abdoulaye Miskine

Joint par Jeune Afrique, Abdoulaye Miskine a confirmé son alliance avec le groupe armé du PRNC mais a démenti la campagne de recrutement. « J’ai mes hommes qui sont actifs. J’étais à Am Dafok pour parler avec la population et leur expliquer la situation et non pour recruter. Le gouvernement a simplement peur », a-t-il annoncé, n’excluant pas de « nouvelles alliances ». 

« Ce que nous voulons, c’est que Touadéra reconnaisse qu’il n’a rien à faire à la tête du pays et qu’il doit démissionner, a-t-il indiqué. Nous n’avons aucun problème avec le Tchad ou le Soudan. » Am Dafok est une ville centrafricaine située entre le Tchad et le Soudan, ce qui facilite les ralliements de potentiels alliés venus du Soudan et du Tchad.

On ne pourra jamais construire un pays dans l’insécurité »

À la veille de la commémoration de l’indépendance du pays, le 13 août, le président Touadéra avait demandé aux groupes armés signataires de l’accord de paix, de « respecter les engagements qu’ils ont pris en faveur de la paix et d’arrêter l’extermination des populations innocentes ».

« Je reste convaincu que seul le DDRR (désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement) peut nous aider à sortir de cette crise qui n’appelle pas forcément une solution militaire. Personne ne peut gagner dans l’insécurité. On ne pourra jamais construire un pays dans l’insécurité », a-t-il déclaré dans un discours à la radio nationale.

Le FDPC d’Abdoulaye Miskine est représenté dans le gouvernement actuel et même auprès du président centrafricain, après l’accord de Khartoum. Mais son chef a toujours réclamé plus de représentativité et plus de postes.

Début août, la Minusca, avait annoncé une baisse des violences et des violations des droits de l’homme dans le pays. « Cette baisse du nombre d’incidents et de victimes s’explique par l’absence d’affrontements entre groupes armés rivaux et la réduction du nombre d’attaques massives contre les civils », avait déclaré à la presse Musa Gassama, directeur de la division des droits de l’homme à la Minusca. Il a annoncé qu’un peu plus de 1 000 victimes sont recensées depuis le début d’année, contre plus de 1 500 à la même période de l’année dernière ou encore plus de 2 000 en 2017.

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