Politique

RDC : polémique autour des indemnités de départ des membres du gouvernement sortant

Le Premier ministre congolais Bruno Tshibala. © V.Fournier/JA

Tous les membres du gouvernement sortant ont perçu la totalité de leurs indemnités de départ, y compris les 19 ministres toujours en poste. Si la polémique déclenche l'ire au sein de la société civile, la classe politique cache mal sa gêne.

Alors que tout semble indiquer qu’en RDC, les longues et difficiles négociations pour la formation du gouvernement sont enfin entrées dans la dernière ligne droite, huit mois après l’investiture de Félix Tshisekedi, c’est une polémique dont se seraient bien passé les principaux acteurs de la scène politique congolaise. Et en particulier les membres du gouvernement sortant. Selon nos informations, ces derniers – y compris ceux ayant démissionné depuis – ont touché l’intégralité de leurs indemnités de départ, alors que la nouvelle équipe n’a toujours pas été nommée.

Chacun des 59 ministres – dont les 19 qui sont actuellement toujours en poste, la majorité d’entre eux ayant démissionné pour siéger au Sénat ou à l’Assemblée – a perçu l’équivalent de six mois de salaire. À raison d’une rémunération de 15 000 dollars par mois, chacun des ministres a donc touché une enveloppe globale de 90 000 dollars. Une première tranche de cette somme leur avait déjà été versée en décembre 2018, en pleine période post-électorale. La seconde partie leur a été allouée entre le 1er et le 12 août, en même temps qu’un véhicule.

L’Acaj à l’origine des accusations

À l’origine, l’affaire éclate après la publication d’un courrier adressé vendredi 9 août au Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, par l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj), et réclamant un audit du budget du secrétariat général du gouvernement. L’ONG congolaise affirme que ce dernier « continuerait à verser des émoluments à certains anciens membres du gouvernement, et vient de remettre à chacun d’eux une voiture neuve ». Elle réclame « des sanctions administratives et/ou pénales » si ces faits sont avérés.

Les allégations de l’Acaj ne sont pas fondées, dénonce Justin Bitakwira, ministre du Développement rural du gouvernement sortant

Des allégations qui « ne sont pas fondées », dénonce Justin Bitakwira, ministre du Développement rural du gouvernement sortant, qui se présente comme porte-parole des ministres mis en cause. Mais si celui-ci dément avec vigueur le paiement de salaires à des ministres qui ont démissionné, il ne remet en revanche pas en cause le versement des indemnités de départ à l’ensemble des membres du gouvernement sortant, y compris ceux toujours en poste. « Les indemnités payées sont tracées », affirme-t-il, précisant par ailleurs que « la présidence de la République est saisie de ce dossier ».

Contactés par Jeune Afrique, plusieurs responsables au sein de la présidence se sont refusé à tout commentaire sur le sujet. De même que Jean Ekumbaki, le secrétaire général du gouvernement, lui aussi pointé du doigt lui aussi par l’Acaj.  « Je ne suis pas le porte-parole du gouvernement, je ne peux pas commenter ce dossier », a-t-il déclaré à JA.

Le précédent des avantages à vie

Cette polémique sur le versement soudain et précipité des indemnités de départ intervient quelques mois après celle soulevée par le très controversé décret signé par le Premier ministre Bruno Tshibala, s’octroyant à lui-même et à ses ministres une série d’avantages à vie. Parmi ceux-ci, une indemnité mensuelle estimée à 30 % des émoluments et une indemnité mensuelle de logement de 5 000 dollars pour le Premier ministre, le tout à la charge du Trésor public congolais.

Le décret – toujours en vigueur – octroie en outre aux anciens Premiers ministres un véhicule neuf, renouvelable tous les cinq ans, un titre de voyage par an, en business class, sur le réseau international pour lui, sa conjointe et ses enfants mineurs, un passeport pour chaque membre de la famille, des soins médicaux au pays et à l’étranger, des funérailles officielles pour eux-mêmes et une garde sécuritaire de deux à trois policiers.

Pour les « simples ministres », ce décret – publié au Journal officiel le 15 décembre dernier – prévoit notamment une indemnité mensuelle équivalente à 30 % de leur salaire, une indemnité mensuelle de logement de 1 000 dollars ainsi qu’un passeport diplomatique.

Dans ce contexte, le silence officiel de rigueur n’empêche pas la gêne face à la polémique, d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. « Cette précipitation est mal venue, alors même que le départ des ministres est imminent », note un cadre de la présidence. Même son de cloche dans l’opposition. Le député Claudel Andre Lubaya (AMK, proche de Moïse Katumbi), regrette ainsi de « voir d’anciens ministres se partager l’argent du contribuable comme s’il s’agissait d’un repas ». Et le député de s’interroger : « Si les ministres ont droit à ce type d’avantages, que dire des enseignants, des médecins, des gouverneurs, des magistrats ? »

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