Transport terrestre

Gabon : la Sogatra tente de sortir de l’ornière avant l’arrivée de Trans-Urb

Immeubles de Libreville © Tiphaine Saint-Criq pour Jeune Afrique

Subventions évaporées, parc automobile vétuste et tensions sociales... Malgré une nouvelle direction en place depuis mars, la Société gabonaise de transport (Sogatra), opérateur public historique, craint l’arrivée de Trans-Urb, une entreprise ouverte aux capitaux privés.

Avec un parc de 300 autobus et plus de 750 chauffeurs, Trans-Urb, toute nouvelle venue sur le marché du transport public, a de quoi faire peur à la Sogatra, dont l’activité connaît des cahots depuis au moins quatre ans. Les véhicules sont déjà au Gabon, les recrutements sont encore en cours et la compagnie, publique pour le moment, s’ouvrira aux capitaux privés par le biais d’un PPP en décembre.

En juin, le ministre des Transports, Justin Ndoundangoye, avait assuré devant la presse que cette nouvelle compagnie vient « en appui à la Sogatra, en proie à des difficultés de fonctionnement et en pleine restructuration » et « participera à la diversification et à l’amélioration de l’offre de transport au Gabon ». Pas de concurrence donc, mais un partage des lignes et des provinces, à en croire le ministre.

Sauf que la Sogatra, créée en 1997, est au plus mal. Sa dette s’élève au total à environ 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros), dont 15 milliards que l’entreprise doit à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Une situation aggravée encore par des arriérés de salaires accumulés qui a poussé le Syndicat des acteurs du transport terrestre (Syatrat) lancer un appel à la grève, fin juin. Preuve que le climat social est tendu, en juillet, des échauffourés ont éclaté entre grévistes et forces de l’ordre. Plusieurs syndicalistes ont été interpellés, accusés de « violences » et de « diffamation ». Outre la grève, le Syatrat a également engagé le bras de fer avec la direction sur le terrain judiciaire, en poursuivant la Sogatra devant les tribunaux pour « détournements de fonds ».

Détournements ou mauvaise gestion ?

Des faits qui sont reconnus en interne. La Sogatra est engluée depuis des années dans la « mauvaise gestion », reconnaît l’actuelle direction de l’entreprise. La société vit aujourd’hui principalement de l’argent de l’État, dont elle reçoit chaque année une dotation de 4 milliards de F CFA.

« Jusqu’en 2019, nous n’avions pas de justificatif produit pour l’utilisation de ces sommes », précise Bruno Minko Mi Ngwa, arrivé à la tête de la société en mars 2019. Selon lui, au-delà des sommes non justifiées, des fonds ont purement et simplement « disparu », via un système de « fausses factures », accuse le directeur général. Sur la période 2017-2018, ce serait ainsi 4 milliards de F CFA de dotations d’État dont l’utilisation n’a pas été justifiée.

Un rapport d’audit de Deloitte préconise un plan social pour réduire des « effectifs pléthoriques »

Un rapport d’audit de Deloitte datant de fin février 2019, consulté par Jeune Afrique, indique qu’aucun des comptes annuels de 2015 à 2019 n’était disponible et prône « une remise à plat complète de la comptabilité ». Le rapport mentionne également des « effectifs pléthoriques » avec « des doublons de compétences du fait de similitudes de postes », préconisant par ailleurs un plan social pour les salariés les plus âgés et ayant le moins d’ancienneté dans l’entreprise.

Tensions sociales

Mais le sujet qui cristallise le plus les tensions sociales au sein de l’entreprise reste le remboursement des sept mois d’arriérés de salaires de 2018.  La moitié de la dotation annuelle, soit 2,1 milliards de F CFA, qui aurait dû servir à épurer la situation, a en fait été utilisée pour payer les salaires de 2019 et « réhabiliter le parc automobile ».

La direction invoque sa volonté d’utiliser ces fonds de manière plus pragmatique. « L’ambition de la compagnie est de fonctionner avec ses recettes issues du bon fonctionnement du parc automobile, et de ne plus dépendre des subventions de l’État », assure Bruno Minko Mi Ngwa.

Mais là encore, direction et syndicats se livrent une bataille de chiffres : « Seuls deux bus sur un total de 194 fonctionnaient à mon arrivée, aujourd’hui 50 bus sont fonctionnels », affirme Bruno Minko Mi Ngwa. Ce que dément le président du Syatrat : « Faute de pièces détachées pour la maintenance, 25 bus seulement sont opérationnels. » Insuffisant pour répondre à une demande croissante.

L’entreprise va recevoir en septembre trois bus donnés par la Régie des transports métropolitains (RTM) et, d’ici quelques semaines, elle devrait également se lancer dans la location de véhicules, assure la direction. En attendant, alors que la grève se poursuit et que les inquiétudes grandissent sur l’aveniur de la Sogatra, les véhicules de Trans-Urb, bien plus nombreux, sont déjà prêts à entrer en service.

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