Elections

Présidentielle en Tunisie : quelles chances pour l’islamiste Abdelfattah Mourou ?

Abdelfattah Mourou à son domicile, à La Marsa, dans la banlieue nord de Tunis, le 8 mai 2017. © Nicolas Fauqué pour JA

Après de nombreux conciliabules et tergiversations, le parti islamiste Ennahdha a désigné son vice-président Abdelfattah Mourou pour le représenter lors de l'élection présidentielle du 15 septembre prochain. Quelles sont ses chances ?

À 72 heures de la clôture du dépôt des candidatures, la désignation d’Abdelfattah Mourou a été une demi-surprise, tant on savait le parti au référentiel islamiste divisé sur le choix de son candidat. La majorité des membres du conseil consultatif de la Choura souhaitaient en effet opter pour une figure issue de leurs rangs, tandis que le clan proche du président du mouvement Rached Ghannouchi affichait son soutien au chef du gouvernement, Youssef Chahed.

La démarche est une première pour la formation sortie de la clandestinité à faveur de la révolution de 2011. Très active, depuis, aux niveaux parlementaire et gouvernemental, elle s’est toujours gardée de se frotter au scrutin présidentiel, préférant négocier son soutien avec d’autres postulants. Mais le mouvement, qui a perdu près d’un million de voix entre le scrutin pour désigner l’Assemblée constituante et les municipales de 2018, a finalement trouvé son « oiseau rare », comme Rached Ghannouchi qualifiait il y a quelques semaines un hypothétique prétendant à Carthage.

Possible captation de l’électorat conservateur

Membre fondateur du parti et actuel président par intérim de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) – depuis que le titulaire du poste, Mohamed Ennaceur, a prêté serment pour remplacer provisoirement à la tête de l’État le président décédé Béji Caïd Essebsi – , Abdelfattah Mourou, 71 ans, est une personnalité consensuelle.

Avec ses costumes traditionnels, cet avocat tunisois a des allures de patriarche bienveillant. Mais cet homme débonnaire et de grande culture est d’abord un redoutable orateur rarement à cours d’arguments. Impulsif, il avait tenté en 2011 de prendre du recul vis-à-vis d’Ennahdha, mais son échec à conduire une liste indépendante à l’Assemblée constituante lui avait fait réintégrer la maison mère.

Pour certains observateurs, la candidature de Mourou pourrait sauver Ennahdha d’un revers électoral cinglant

Pour certains observateurs, sa candidature pourrait sauver Ennahdha d’un revers électoral cinglant. La popularité de Mourou et sa faconde pourraient reconsolider l’électorat d’Ennahdha, mais aussi puiser des voix conservatrices dans le réservoir du constitutionnaliste conservateur Kaïs Saïed, du fondateur du Courant démocratique Mohamed Abbou, ou encore de Hamadi Jebali, ancien dirigeant d’Ennahdha en rupture de ban avec le parti et qui a décidé de faire cavalier seul.

Mourou en première ligne

Ennahdha avait pourtant toujours affirmé n’être concernée que par les législatives et non par la présidentielle, comme le soulignait l’ex-chef du gouvernement Ali Larayedh. Mais se ranger derrière l’avis des militants qui souhaitent qu’Ennahdha s’essaie à ce scrutin permettra, au moins temporairement, de masquer les divisions d’une formation qui tient son prochain congrès à l’automne 2020.

Ce faisant, Ennahdha se veut stratège. Pour mieux se préparer aux législatives et évacuer certaines questions fâcheuses, mettre Mourou en première ligne lui permettrait d’amortir, en cours de campagne, les attaques – lancées par d’autres candidats – portant sur l’envoi de jeunes Tunisiens en zone de conflit et l’existence d’une officine secrète d’Ennahdha.

Le parti vise l’Assemblée et Rached Ghannouchi le perchoir, mais, en n’ayant jamais obtenu de majorité absolue au Parlement, elle craint, en remportant la magistrature suprême, d’être taxée d’hégémonique et de devoir assumer seule un éventuel échec sur la conduite du prochain mandat.

La formation à la colombe bleue, championne de la stratégie des alliances, doit aussi évaluer l’impact d’une victoire à la présidentielle sur ses relations avec les autres partis au sein de l’Assemblée en cas de majorité relative. Une double victoire lui ferait endosser l’entière responsabilité du pouvoir ; mais en cas d’échec au premier tour de la présidentielle avec un score honorable, elle pourrait se targuer d’avoir essayé et ne soutenir personne au deuxième tour pour ne se brouiller avec aucun parti – d’autant que les écarts entre candidats à Carthage se réduisent, à 32 jours du vote.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte