BTP & Infrastructures

Électricité de Guinée : la présidence anticipe le départ de Veolia… et place ses hommes

Le réseau de transport et de distribution d'EDG a désespérément besoin d'investissements.

Le réseau de transport et de distribution d'EDG a désespérément besoin d'investissements. © Nicolas Eyidi pour Jeune Afrique

Comme attendu, le statut juridique d’EDG évolue afin de préparer une gestion par les pouvoirs publics qui s’annonce périlleuse. Le contrat de Veolia arrive à terme en octobre, à l’issue de quatre années de relations compliquées avec Alpha Condé, le président de la République.

Après quatre années de relations tumultueuses avec le président guinéen, Veolia voit son contrat de gestion, d’une valeur totale de 11 millions d’euros -entièrement payé par la Banque mondiale – arriver à terme en octobre prochain. Le géant français des services à l’environnement ne regrettera pas la Guinée, tant les critiques du pouvoir ont plu sur ses performances, malgré des résultats plutôt encourageants sur la période (nombre de clients multipliés par deux, charges de fonctionnement divisés par deux, pertes techniques et commerciales passées de 34 % à 30 %, diminution des délestages…).

Le nouveau décret promulgué par le gouvernement fait d’Électricité de Guinée (EDG), auparavant société d’économie mixte, une société publique anonyme dotée d’un conseil d’administration et d’un président. Le texte la place aussi sous la tutelle technique du ministère de l’Énergie et sous la tutelle financière du Ministère de l’Économie et des Finances.

Alpha Condé a choisi comme président du conseil d’administration Ousmane Bah, ministre d’État, conseiller spécial à la présidence de la République, président du parti UPR (Union pour le progrès et le renouveau). L’homme était auparavant président du comité de suivi d’EDG. Parmi les onze autres membres, un conseiller à la présidence, un conseiller auprès du Premier ministre et deux secrétaires généraux ministériels.

Coupures de courant intempestives

Depuis fin 2015, Veolia, sélectionnée par la Banque mondiale, gérait EDG au quotidien via sa filiale Seureca, avec huit experts sur place, puis seulement quatre, dont l’administrateur général, le Marocain Abdenbi Attou, ancien d’Amendis (filiale de Veolia au Maroc). Selon nos sources, aucune des deux parties ne souhaite renouveler cette gestion pour quatre ans.

À plusieurs reprises depuis le début du contrat, Alpha Condé a exprimé publiquement sa défiance à l’égard de la multinationale française et la jugeait responsable des coupures de courant intempestives dans le pays (238 heures au total en 2018). Des réprimandes que le groupe français s’est toujours refusé à commenter.

Ce changement de statut juridique va permettre notamment à EDG d’emprunter directement auprès des bailleurs de fonds pour financer sa croissance et d’investir dans son réseau de transport et de distribution qui en a désespérément besoin. Malgré les subventions de l’État, la compagnie nationale connaît un déficit de fonctionnement chronique du fait de vendre son électricité à un tarif inférieur au coût de production.

C’est Mamadou Fanta Traoré, nommé administrateur délégué homologue cette année, qui est pressenti pour prendre le relais de d’Abendbi Attou. Selon une source proche du dossier, il n’est cependant pas impossible que le gouvernement demande de prolonger le contrat de gestion de Veolia de quelques mois, voire « peut-être, jusqu’aux élections présidentielles prévues fin 2020… »

Un laps de temps qui permettrait au gouvernement de mieux se préparer à présider seul aux destinées d’EDG, tout en évitant de se retrouver en première ligne avant cette échéance décisive.

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