Santé

[Chronique] Paludisme et choléra au Burundi : déni officiel ou complot international ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Face aux alertes de double épidémie de paludisme et de choléra, des responsables burundais dégainent le sempiternel discours politicien. Et les adeptes des théories conspirationnistes s'en donnent à cœur joie…

Les chiffres font l’effet de gifles médiatiques : 5,7 millions de cas de paludisme depuis le début de l’année, dans un Burundi de 11,5 millions d’habitants, dont quelque 1 800 décès, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), soit 97 % d’augmentation des cas par rapport à la même période de l’année 2018. Et comme si un malheur ne venait jamais seul, la flambée de palu est accompagnée d’une recrudescence du choléra, avec pas moins de 245 cas, principalement dans la province de Bujumbura.

Si les acteurs sanitaires de terrain confirment, souvent sous couvert d’anonymat, la gravité de cette double infection, les autorités nationales semblent réticentes à déclarer officiellement l’état d’épidémie de paludisme. Simple déni, refus d’un aveu de faiblesse ou discours paranoïaques ? Les autorités s’expriment peu sur le sujet, mais des « voix autorisées » twittent.

« Manipulation »

Après avoir lu l’information selon laquelle un Burundais sur deux souffre de la malaria, le conseiller bureau presse, information et communication de la Présidence, Nubwacu Yves Lionel, s’est montré lapidaire : « Cette situation est mathématiquement impossible… de la surenchère inutile ! »

Manifestement agacé par ses échanges avec le correspondant d’une agence et d’une radio internationale, Jean Anastase Hicuburundi, membre de la Commission électorale nationale indépendante, affirme que les « chiffres ne sont pas crédibles, en tout cas pas au Burundi. Peut-être en République du Gondwana version RFI ». Il ajoute que les employeurs de son contradicteur du jour versent « assez souvent dans la manipulation pour des raisons peu avouables ». Les annonces alarmistes lui semblent « une nouvelle manière de décourager ceux (surtout étrangers) qui  voudraient voir le Burundi de plus prêt ».

Croisade « diffamatoire »

La tentation complotiste se fait plus explicite, et souvent anonyme, sur des forums visiblement pro-Nkurunziza. Certains internautes n’hésitent pas à dénoncer une « guerre humanitaire » menées par des pays traditionnellement critiques à l’égard du régime burundais actuel. Jugées méprisantes à l’égard des chiffres du ministère burundais de la Santé publique, les alertes sanitaires des organisations internationales s’inscriraient dans une « campagne médiatique négative », une croisade « diffamatoire » qui tenterait d’intoxiquer l’opinion publique à quelques mois des scrutins burundais de 2020.

Au-delà de la guerre des vérités alternatives, la reconnaissance officielle d’une épidémie permettrait aux instances internationales de lever des fonds, au gouvernement d’organiser des moyens de riposte, aux soignants de distribuer moustiquaires et insecticide, et aux malades d’être exceptionnellement pris en charge gratuitement.

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