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L’homme qui fait trembler le Maghreb

| Écrit par Cherif Ouazani

Depuis les attentats du 11 avril à Alger, le leader de l’ex-GSPC est le terroriste le plus recherché d’Afrique du Nord. Abou Moussab Abdelwadoud n’a qu’une ambition : devenir l’icône du djihadisme international dans la région.

Depuis le mois de juillet 2004, date à laquelle il est devenu l’émir national du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, était déjà l’ennemi public numéro un des autorités algériennes. Depuis les attentats d’Alger du 11 avril dernier revendiqués, par al-Qaïda dans le Maghreb islamique, le nouveau nom de l’organisation depuis son ralliement officiel à la nébuleuse Ben Laden en janvier, il est carrément devenu l’homme à abattre sans sommation.
Abou Moussab Abdelwadoud serait aujourd’hui assiégé dans l’un de ses maquis de Kabylie en compagnie de quelques « invités » marocains et mauritaniens. Près de 10 000 hommes des différents services de sécurité sont à sa recherche. S’il s’en sort – ce qui est loin d’être exclu compte tenu de la configuration du terrain dans la région -, il pourra alors se réjouir d’avoir atteint l’un de ses principaux objectifs : prétendre au même statut qu’un Abou Moussab al-Zarqaoui, l’ex-chef d’al-Qaïda en Mésopotamie, tué par l’armée américaine en Irak. Un accomplissement, en quelque sorte, pour Droukdel, qui vouait une admiration sans bornes à Zarqaoui au point d’imposer le deuil à ses ouailles lors de la mort du Jordanien en juin dernier.
Le parcours d’Abdelmalek Droukdel commence au début des années 1960 dans la ville de Bordj Menaiel où il voit le jour, à la limite de l’Algérois et de la Kabylie. Il appartient aux habitants de cette région particulière – plus tout à fait arabe et pas encore kabyle -, malicieusement surnommés les « Quinze et demi », en référence à la plaque des véhicules qui affiche un « 15 » pour ceux immatriculés à Tizi-Ouzou et un « 16 » pour ceux qui le sont à Alger. Le détail compte, car il aura toute son importance dans la vie du futur terroriste. Après des études de théologie à Constantine, Droukdel revient chez lui à la fin des années 1980, en qualité d’imam dans une mosquée périphérique de Bordj Menaiel. Militant actif du Front islamique du salut (FIS), il entre dans la clandestinité dès son interdiction en mars 1992, après l’interruption du processus électoral consécutif à la victoire du FIS lors du premier tour des élections législatives de décembre 1991.
Parrainé par Abdelkader Hattab, alias Mouloud, l’un des vétérans du premier maquis islamiste qu’a connus l’Algérie indépendante au début des années 1980 et l’un des plus grands partisans de l’action violente, Droukdel grimpe rapidement dans la hiérarchie des organisations islamistes armées. C’est au cours de la campagne électorale pour les municipales de juin 1990, qui se soldent par un raz de marée du FIS, que les deux hommes se rencontrent. Fasciné par l’aura d’Hattab, qui a été condamné à mort en 1987 avant d’être amnistié, Droukdel retient l’attention du leader islamiste par sa détermination. S’il manque singulièrement de charisme, le jeune homme, qui « parle comme un livre », impressionne Hattab. Ce dernier transmet alors son virus djihadiste au jeune imam.
En 1998, Abdelkader Hattab n’est plus de ce monde, mais son jeune frère Hassan prend la relève. Il crée le GSPC à partir d’une branche dissidente des Groupes islamiques armés (GIA) discrédités par la multiplication des massacres de villageois et fait de Droukdel son mufti – l’auteur des fatwas (édits) de l’organisation. Dans sa profession de foi, Hassan Hattab assure que les opérations du GSPC ne cibleront désormais que les représentants des forces de l’ordre. L’auteur de ce texte « fondateur » – avec lequel le GSPC a pris quelques libertés au fil du temps – n’est autre que le futur Abou Moussab Abdelwadoud.
L’avènement du président Abdelaziz Bouteflika, en 1999, et la mise en place de sa politique de concorde puis de réconciliation nationale marquent un tournant déterminant. Il va conduire Droukdel à prendre les rênes du GSPC cinq ans plus tard. En effet, la nouvelle donne proposée par le pouvoir provoque des brèches dans la détermination des maquisards. Hassan Hattab lui-même est tenté de rendre les armes. Le chef du GSPC convoque alors, en septembre 2003, une réunion de son état-major pour étudier l’offre d’amnistie en échange de la paix civile. En entendant l’ordre du jour, ses principaux lieutenants manquent de s’étouffer : « Pas question de renoncer à la République islamique », déclarent-ils en substance. Hassan Hattab est mis en minorité et décide alors de se retirer de la direction du GSPC. Les radicaux qui ont pris le pouvoir se retrouvent devant un dilemme : le sort d’Hattab
La solution vient d’Abdelmalek Droukdel. Lui qui compte pourtant parmi les plus déterminés à en découdre avec le pouvoir suggère une solution alternative : épargner son ancien mentor et élire une nouvelle direction. Au cours du conclave qui doit désigner son successeur, l’argument régionaliste accapare les débats. Les émirs de l’est du pays dénoncent la mainmise des « gens du centre » sur l’organisation, alors que les faits d’armes les plus marquants ont été ceux des combattants des Aurès et de Skikda. C’est finalement Nabil Sahraoui, l’émir de Batna, qui remporte la mise. Mais son règne ne dure que quelques mois, car il est éliminé par l’armée dans l’Akfadou, en Petite Kabylie, en juin 2004. En vertu du principe d’alternance régionale, Abdelhamid Saadaoui, alias Yahia Abou al-Haithem, chef de la zone deux (centre du pays), présente alors sa candidature. Mais sa loyauté supposée à Hassan Hattab le dessert et il est écarté au profit de Droukdel En juillet 2004, le mufti devient émir national.
Considéré comme un « dur », Droukdel n’est pourtant pas le seul et unique artisan du rapprochement puis de l’allégeance du GSPC à al-Qaïda ces derniers mois, tant les relations entre les deux organisations, d’un point de vue doctrinal aussi bien que logistique et humain, sont anciennes. Mais c’est en revanche grâce à lui que le processus a connu une accélération. Le mode opératoire des attentats, les techniques de communication sur Internet et le choix des cibles sont une reproduction des instructions émises par Aymen al-Zawahiri, numéro deux et idéologue d’al-Qaïda, dans ses messages audiovisuels ou électroniques. Sous sa coupe, le GSPC abandonne progressivement son statut d’organisation nationale et étend ses tentacules sur tout le Maghreb, voire jusqu’au Sahel. Droukdel organise des camps d’entraînement pour candidats djihadistes aux confins de Taoudeni, au Mali, finance les volontaires pour la guerre en Irak et transforme, on le sait depuis le 11 avril, ses nouvelles recrues en bombes humaines.
Désavoué par son ancien patron Hassan Hattab le 16 avril – qui dénonce les dérives de son ex-mufti et condamne les attaques-suicides contre le Palais du gouvernement et la direction régionale de la police judiciaire à Bab Ezzouar -, Droukdel n’en a cure. Lui n’a qu’un seul rêve : devenir, à son tour, une icône du djihad international, à l’instar de son parrain Abdelkader Hattab et de son idole Abou Moussab al-Zarqaoui.

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