Mines

RDC : miné par la chute du prix du cobalt, Glencore suspend sa production à Mutanda

Le siège de Glencore à Baar, en Suisse

Le siège de Glencore à Baar, en Suisse © Urs Flueeler/AP/SIPA

Affecté par de mauvais résultats et anticipant les taxes imposées par le nouveau code minier, Glencore suspendra d’ici la fin de l’année sa production à Mutanda, l'une des plus grandes mines de cobalt au monde.

Le géant suisse de l’extraction et du négoce de minerais et hydrocarbures, Glencore, a essuyé de mauvaises performances pour le premier semestre 2019. Le bénéfice net du groupe a dégringolé de 92 % par rapport au premier semestre 2018, pour atteindre 226 millions de dollars (201 millions d’euros) au premier semestre 2019, tandis que son résultat d’exploitation a fléchi de 32 %, à 5,6 milliards de dollars.

Chute du marché du cobalt

Des chiffres sur lesquels s’appuie notamment le groupe pour expliquer son intention de fermer provisoirement l’exploitation de sa mine de Mutanda, dans le sud-est du pays, l’un des plus grands sites d’exploitation de cobalt et de cuivre au monde.

L’une des causes des déboires de Glencore est la chute du prix du cobalt. À partir de 2017, ce minerai prisé pour son utilisation dans les batteries de smartphones et voitures électriques a vu son cours décoller, et les extracteurs – Glencore en tête – ont donc logiquement renforcé leur production.

Mais si le prix du cobalt a atteint son pic en mars 2018 (avec 94 500 dollars la tonne), il n’a depuis cessé de chuter, pour atteindre 26 000 dollars la tonne aujourd’hui, en raison d’une demande relativement faible. La firme suisse s’est ainsi retrouvée avec un stock d’environ 10 000 tonnes de cobalt invendues.

Le code minier indexé par Glencore

Parallèlement à la publication de ses résultats financiers, Glencore a envoyé aux employés de la mines de Mutanda un courrier auquel le quotidien Financial Times a eu accès. « En raison de la baisse importante du prix du cobalt, de l’inflation accrue de certains de nos principaux intrants (principalement l’acide sulfurique) et des taxes supplémentaires imposées par le code minier, la mine n’est plus économiquement viable à long terme », affirme la direction du groupe.

Le nouveau code miner de la RDC, promulgué en 2018, prévoit en effet de faire passer la redevance sur les minerais « stratégiques » de 2 à 10 %, et oblige les sociétés minières à affecter 0,3  % de leur chiffre d’affaires au développement de projets communautaires.

Dans son communiqué, le groupe annonce la suspension de l’activité de la mine de Mutanda d’ici la fin de l’année en arguant notamment du fait que cela permettra d’effectuer « des activités temporaires d’entretien et de maintenance, liées à sa viabilité économique réduite ».

Enquête américaine pour corruption et blanchiment

Les raisons de cette mauvaise passe africaine sont ainsi multiples pour Glencore, d’autant plus que la firme a dû faire face au décès d’une quarantaine de mineurs en juin dernier, dans l’effondrement d’une mine artisanale à Lualaba en RDC, sur un site exploité par sa filiale locale.

La société fait aussi l’objet d’une enquête aux États-Unis, pour des soupçons d’infraction à la réglementation sur la corruption et le blanchiment d’argent.

Malgré cette accumulation de difficultés, Ivan Glasenberg, directeur général de Glencore reste optimiste : « Nous sommes convaincus que les cours des matières premières évolueront en notre faveur et que notre portefeuille diversifié continuera de jouer un rôle clé dans la croissance mondiale. »

Si le sous-sol de la RDC regorge de matières premières (cuivre, cobalt, zinc, or, lithium…), attirant les entreprises extractives étrangères, les 81 millions d’habitants du pays en tirent peu de bénéfices : la croissance économique a ralenti depuis 2014, passant de 9,4 % à 3,9  % en 2018, avec un PIB de 42,6 milliards de dollars (qui classe le pays 92e sur 192 pays selon le FMI), et une inflation grimpant de 29 % la même année.

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