Culture

Algérie : les folles chansons d’amour et d’émigration de Mazouni, « un dandy en exil »

Pochette de la compilation "MAZOUNI - Un dandy en exil - Algerie/France - 1969/1983"

Pochette de la compilation "MAZOUNI - Un dandy en exil - Algerie/France - 1969/1983" © Born Bad Records / DR

Une maison de disques française a édité une compilation de chansons du « dandy » algérien Mohamed Mazouni, star de la diaspora algérienne connu pour son style bien particulier oscillant entre le chaabi et le yé-yé, et ses chansons d’amour et de politique.

Il est célèbre pour son chic, son apparence soignée. Né à Blida en 1940, il émigre en France peu de temps après le coup d’État de Houari Boumediène, en 1965. Voilà l’explication du titre « Un dandy en exil », apposé sur la première compilation du chanteur algérien Mohamed Mazouni, éditée en juin en France par Born Bad Records, Un dandy en exil (Algérie-France 1969-1983).

Nous avons des restes de sa postérité. La star de rock Rachid Taha a chanté sa magnifique chanson Camarade. L’Orchestre national de Barbès a quant à lui repris la chanson La Rose.

Romantique et engagé

Mazouni a très tôt maîtrisé les codes du asri, musique contemporaine algérienne dont Ahmed Wahby est une figure importante. Il commence par chanter en Algérie. Adieu la France est l’un de ses premiers titres, composé pour saluer l’indépendance et le départ du colon. Célèbre dans son pays, où il donne des concerts, c’est toutefois dans la diaspora, dans les années 1970 et 1980, que Mazouni va connaître la célébrité.

Les radios françaises ne le diffusent pas, mais les travailleurs immigrés, eux, affectionnent son répertoire. L’éditeur de la compilation, qui a commandé à Rabah Mezouane, programmateur à l’Institut du monde arabe, les textes du livret, décrit ainsi son style : « des textes en arabe (..) et des mélodies accrocheuses, orchestrées sur fond de violon, derbouka, qanun-cithare, tar (petit tambourin pourvu de cymbalettes), luth et parfois guitare électrique pour les compositions plus yé-yé. »

Le crooner est romantique et engagé. Il a célébré Saddam Hussein au moment de la première guerre du Golfe, et est intarissable quand il s’agit de s’épancher en sentiments amoureux contradictoires. Les titres des chansons rééditées par Born Bad Records parlent d’eux même : Clichy, 20 ans en France, Chérie Madame, Mon amour il est gentil, Mini jupe

Yé-yé et chaabi

Chez Mazouni, deux thématiques dominent : le sentiment amoureux et la politique. Mais les expériences sont douloureuses : souvent les femmes l’éconduisent, quand le système, lui, ne semble offrir que chômage et racisme. Une certaine mélancolie tranche avec les rythmes yé-yé et chaabi des compositions. La fameuse chanson Camarade, reprise en 2006 par Rachid Taha, joue sur l’ambiguïté : celle qui rejette l’amoureux pourrait être une femme, ou la France.

La militante Houria Bouteldja lui rend hommage dans le livre polémique Les Blancs, Les Juifs et nous. « L’immigré, c’est le blues de nos chansons qui le raconte le mieux », écrit-elle à propos de lui, avant de citer une de ses chansons : « J’accepte d’avoir les poches vides mais avec ma dignité, je suis leur égal. Je travaille le douzième et le treizième mois et je fais rentrer les devises. Je mange du pain et de l’eau mais j’ai toujours la tête haute… »

Si la compilation compte environ seize pistes, Mazouni revendique des centaines de compositions. En 2014, Dzair TV l’invitait sur son plateau. Sur la page Facebook de l’émission, au-dessus des très nombreuses réactions d’internautes, le community manager présentait ainsi l’artiste : « l’homme qui a chanté sur les fruits, les légumes, la limonade, les femmes, la politique, Zidane, Bouteflika, Khomeyni, etc, etc. »

Même les fans de Mazouni concède qu’il a parfois eu tendance à chanter tout et son contraire. Le « dandy », revenu en Algérie, a même plus récemment écrit des chansons « anti-chauffards ». En 2004, il écrit une chanson pour la campagne présidentielle du candidat Ali Benflis. Lors des meetings, on entend du Mazouni à plein tube. En 2012, lors des élections législatives, il apporte encore son soutien au FLN en chanson, au grand dam de certains.

Mazouni travaille maintenant le plus souvent avec sa nièce, Chahinez, mais n’abandonne pas ses thèmes de prédilection, notamment la politique. En mars, peu de temps après le début du Hirak algérien, il enregistrait d’ailleurs avec elle le titre « El djaich wa cha3b », littéralement « l’armée et le peuple »

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