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Shaha Ali Riza

Mystérieuse et discrète, très proche des néoconservateurs, la compagne de Paul Wolfowitz est dépeinte comme une femme déterminée et sûre d'elle-même. Peut-être trop

« Un homme charmant, sensible, attentionné et cultivé » : c’est en ces termes que Shaha Ali Riza alors responsable de la communication au département Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque mondiale, décrit Paul Wolfowitz, son compagnon, lorsqu’il en devient le président, le 1er juin 2005. La collègue qui avait recueilli ses confidences a beau jeu d’ironiser : « Elle a simplement oublié de préciser qu’il était aussi très généreux, mais avec l’argent des autres. » Car c’est bien là que le bât blesse.
Après avoir été, sur intervention de Wolfowitz, détachée au département d’État américain, en septembre 2005, Shaha a eu droit à une promotion, accompagnée d’une augmentation substantielle de son salaire. Il n’en fallait pas plus pour la présenter en « maîtresse manipulatrice », qui a profité des largesses de son amant.
Mais à l’entendre, Shaha aurait plutôt perdu au change. Dans une note destinée au comité ad hoc de la Banque, chargé d’examiner les circonstances de son transfert, elle clame son innocence : « Je suis une victime dans cette affaire. Mon fils et moi sommes moralement très attristés par cette campagne haineuse. J’ai quitté la Banque, où je travaillais depuis 1997, contre mon gré, en acceptant un arrangement compensatoire. » Victime ou intrigante, une chose est sûre, celle que ses collègues décrivent comme « une femme mystérieuse et discrète » a déclenché, à son corps défendant, un scandale qui pourrait coûter sa place au président de la Banque mondiale.

Née en 1953 à Tunis d’un père libyen et d’une mère syro-saoudienne, Shaha passe une bonne partie de son enfance en Arabie saoudite. Élève brillante, elle obtient un mastère en relations internationales à la London School of Economics and Political Science (1977), puis un mastère en sciences sociales au St Antony’s College d’Oxford (1983), et acquiert la nationalité britannique. C’est sur le campus d’Oxford qu’elle rencontre son futur mari, Bülent Ali Riza, un Chypriote turc, avec qui elle aura un garçon. À la fin des années 1980, le couple s’installe à Washington. Ils se sépareront quelques années plus tard. Depuis, Bülent travaille pour l’administration américaine sur le « projet Turquie » au Center for Strategic and International Studies (CSIS).
En 1991, Shaha intègre l’Iraq Foundation et le National Endowment for Democracy (NED). Elle milite, comme Paul Wolfowitz, alors sous-secrétaire à la Défense, pour le renversement de Saddam Hussein et l’instauration de la démocratie en Irak. Elle fait la connaissance de nombreux exilés irakiens, dont un certain Ahmed Chalabi, qui travaille pour la CIA. Tous ceux qui l’ont croisée la décrivent comme une femme déterminée et sûre d’elle. « Peut-être un peu trop sûre d’elle », confie une ancienne collègue.

En 1997, elle entre à la Banque mondiale pour travailler sur le rôle de la « société civile » dans le monde arabe -en matière de libération de la femme et de démocratisation. Un programme qui la maintient évidemment en contact avec « Wolfie », qui, après trente-trois ans de mariage et trois enfants, se sépare de sa femme, Clare Selgin, en 2001. Ils divorcent en 2002. L’épouse délaissée aurait, selon le quotidien britannique The Daily Mail, écrit au président George W. Bush pour l’alerter sur les risques que la liaison de son ex-mari faisait courir à la sécurité nationale.
Longtemps tenues secrètes, les amours de Paul et Shaha finissent par filtrer sur Internet puis dans la presse écrite. Les visites nocturnes du désormais numéro deux du Pentagone attirent l’attention. « C’est comme ça tous les soirs, raconte un voisin de Shaha. Il arrive entre 22 heures et 23 heures avec son armée de flics et repart tôt le matin vers 6 heures. » Mais les deux tourtereaux évitent de s’afficher en public. Aux réceptions, ils arrivent chacun de leur côté et ne repartent jamais ensemble. Ils ne se conduisent différemment que chez les amis les plus fidèles, devant lesquels ils s’autorisent des gestes d’affection et se parlent, parfois – signe de complicité -, en arabe, que Wolfie a appris pour des raisons professionnelles.
Est-ce à cause de sa relation, encore non officielle, avec Wolfowitz ? L’action de Shaha à la Banque connaît des ratés : en décembre 2004, elle organise au Maroc une conférence réunissant les membres de la société civile arabe. Mais les personnalités attendues ne viendront pas. Shaha est désormais considérée comme la « femme de main » des Américains. Mais il en faut plus pour l’ébranler. Elle se voit plutôt comme « la musulmane la plus influente de Washington ».

Lorsque Wolfowitz est nommé à la tête de la Banque mondiale, il ne peut plus cacher sa liaison avec Shaha. Conformément aux règles sur les « conflits d’intérêts », elle est obligée de changer de service ou de mettre fin à sa carrière à la Banque, où elle briguait un poste vacant de directeur. « C’est une bosseuse, qui a à cur de bien faire son travail, explique une collègue. Elle sait obtenir ce qu’elle veut quand elle le veut. » Cultivée, parlant couramment cinq langues (anglais, arabe, turc, français et italien), elle mène sa carrière en fin stratège. Et refuse les différentes options qui lui sont proposées au sein de la Banque.

Wolfowitz décide alors de la mettre à la disposition du département d’État avec un salaire ?généreux, payé par la Banque. Le 19 septembre 2005, elle rejoint ainsi le service d’Elizabeth Cheney, chargé de la démocratisation du Moyen-Orient – Wolfie avait travaillé sous les ordres du père, Dick Cheney, au Pentagone, de 1989 à 1993. Après le départ d’Elizabeth, Shaha est mutée, en décembre 2006, à la Foundation for The Future, une ONG uvrant en faveur de la démocratisation dans le monde et financée aux deux tiers par le département d’État. Elle est chargée du Moyen-Orient. Mais voilà que le Washington Post révèle, le 28 mars 2007, que pour compenser sa rupture avec la Banque, Shaha touche un salaire supérieur à celui de la secrétaire d’État, Condoleezza Rice. Pour Wolfie, qui aime à répéter « à chaque problème, il y a une solution », l’affaire se corse. « J’ai commis une erreur, et je m’en excuse », a-t-il fini par admettre, contraint et forcé, le 12 avril, plongeant sa compagne dans le désarroi. Shaha ne veut aujourd’hui qu’une chose : retrouver son travail à la Banque. Encore faut-il que Wolfowitz décide de démissionner

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