Politique

Ebola en RDC : face à la propagation de l’épidémie, la riposte se cherche un second souffle

Des infirmiers de l'OMS mobilisés contre l'épidémie d'Ebola en RDC, le 21 mai 2018. © Junior D. KANNAH/AFP

Un an après le début de l'épidémie qui a déjà fait plus de 1800 morts et deux semaines après sa nomination à la tête du comité d'expert en charge de la coordination de la riposte, Jean-Jacques Muyembe a présenté sa nouvelle stratégie. Des ajustements qui interviennent alors que le nombre de cas à Goma se multiplie entraînant la crainte du Rwanda.

Après une tournée dans les provinces touchées par Ebola, le Professeur Jean-Jacques Muyembe, nommé à la tête du comité de coordination de la riposte a présenté vendredi 2 août à Goma son nouveau plan pour lutter contre l’épidémie.

« La structure change parce que Ebola n’est plus un problème de santé publique, mais un problème multisectoriel. Plusieurs ministères seront impliqués dans la riposte, notamment le ministère de la défense, de l’intérieur, de l’éducation », a expliqué le nouveau chef de file de la riposte. « Pour le moment , on ne détecte que 50 % des cas infectés. Et d’après les prévisions, si nous continuons sur cette base là, cette épidémie peut durer deux ans ou trois ans », a-t-il ajouté.

Depuis que, le 14 juillet dernier, l’épidémie de fièvre Ebola a atteint Goma, ville de plus d’un million d’habitants, la crise a été déclarée « urgence sanitaire de portée internationale » par l’OMS. Une mesure à laquelle l’organisation avait au préalable adressé trois refus, mais qui devrait permettre de débloquer des fonds supplémentaires. 300 millions de dollars d’aide ont déjà été annoncés par la Banque Mondiale.

Imbroglio à la frontière

Jacques Muyembe est à la tête du comité d’experts chargé de contenir l’épidémie d'Ebola en RD Congo. © DR / Copie d’écran Facebook – Jean-Jacques Muyembe

Carrefour commercial stratégique entre la RDC et le Rwanda, Goma et ses deux points de passage entre les deux pays comptent parmi les frontières les plus fréquentées du Congo. L’annonce de la mort du deuxième cas d’Ebola à Goma, ajouté à la découverte d’un troisième patient le 31 juillet, ont inévitablement conduit à une crispation régionale.

« Le bilan est catastrophique. Vous arrivez à l’aéroport de Goma, vous ne sentez pas que vous arrivez dans une ville qui devrait être en alerte face à la propagation du virus. On ne s’est pas préparé à ça », fustige le Pr Muyembe auprès de Jeune Afrique.

Le matin du 1er août, les autorités congolaises ont publié un communiqué constatant que « les mouvements de personnes se font en sens unique ». « Sur décision unilatérale des autorités rwandaises, les citoyens rwandais ne peuvent pas sortir pour Goma, tandis que les Congolais, eux, peuvent sortir de Gisenyi [ville voisine de Goma] mais [sont] interdits d’y entrer », critique le communiqué dans lequel Kinshasa dénonce une décision qui « va à l’encontre de la recommandation de l’OMS » – qui déconseillait l’application de restrictions de voyage à l’encontre de la RDC. Contactée par Jeune Afrique, une source à la présidence congolaise dénonce même une décision prise « sans concertation » par Kigali.

Enterrement d'une personne atteinte d'Ebola, le 14 juillet 2019 à Beni © Jérome Delay / AP SIPA

Le Rwanda s’inquiète, ce qui est normal. Cette fermeture était un moyen de mettre la pression

Cette fermeture partielle de la frontière, qui aura durée huit heures, avait initialement confirmée à Jeune Afrique par des sources gouvernementales rwandaises avant d’être finalement nuancée dans un communiqué.

« Le Rwanda confirme que la frontière rwandaise avec la République démocratique du Congo est ouverte, suite au ralentissement de la circulation ce matin, des mesures ayant été mises en place pour renforcer les procédures de contrôle et la sécurité publique aux points d’entrée », précise le texte. De cet imbroglio, un officiel congolais livre une analyse « le Rwanda s’inquiète, ce qui est normal. Cette fermeture était un moyen de mettre la pression. »

Épargné par le virus depuis le début de l’épidémie, les autorités rwandaises ne cachent pas leur inquiétude. « Depuis un an, nous avons tout fait pour assurer une bonne coopération avec les autorités et les acteurs de la riposte en RDC. La découverte de cas à Goma nous pousse à renforcer notre plan de prévention », précise à Jeune Afrique Diane Gashumba, ministre rwandaise de la Santé qui n’écarte pas de nouveau ralentissement à la frontière par mesure de sécurité. La ministre explique avoir procédé à 3 000 vaccinations (avec le vaccin de Merck) auprès d’agents de santé, de membres du personnel policier et humanitaire dans les district voisins de la RDC.

Divergences

Un quatrième cas a, entre temps, été confirmé à Goma. Un an après le début d’une épidémie, la dixième de l’histoire de la RDC qui s’inscrit cette fois dans un contexte sécuritaire instable, la situation semble toujours incontrôlable.

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Beni, le 13 juillet 2019. © Jerome Delay/AP/SIPA

Rien n’a encore été tranché sur la question du second vaccin

La démission du ministre de la Santé Oly Ilunga, après la nomination du Professeur Muyembe à la tête du comité d’experts, est venu ajouter à la confusion. En toile de fond du duel qui opposait les deux hommes depuis plusieurs semaines : des divergences sur l’utilisation d’un seconde vaccin. Jean-Jacques Muyembe plaidait depuis plusieurs semaines pour l’utilisation d’un autre vaccin expérimental, à but préventif, fourni par Janssen Pharmaceutica, firme belge du laboratoire américain Johnson & Johnson, et dont 500 000 doses sont disponibles.

Le Dr Ilunga, qui souhaite se limiter à l’usage rVSV-ZEBOV du laboratoire américain Merck pour éviter une « confusion » chez les populations, a dénoncé un « consortium opaque » et un « lobby malveillant ».

« Introduire un vaccin en pleine épidémie, sans l’aval des autorités sanitaires congolaises représente une atteinte tant à l’éthique médicale qu’à la souveraineté congolaise » écrivait-il dans sa lettre de démission.

Problème, le vaccin de Merck serait menacé de pénurie et certains acteurs impliqués dans la riposte alertent sur le manque de transparence qui entoure la gestion des doses. Rien n’a encore été tranché sur la question du second vaccin. Une question de plus auquel la nouvelle équipe en charge de la riposte devra répondre.

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