Politique

Algérie : Karim Younès démissionne avant de se rétracter, le « dialogue » se poursuit

Karim Younès, ancien président de l'Assemblée populaire nationale et ex-ministre d'Abdelaziz Bouteflika, a été choisi pour présider le dialogue politique en Algérie. © YouTube/Radio Algérienne

Karim Younès, le président de l'instance censée amorcer le dialogue politique, a annoncé jeudi sa volonté de démissionner, après le refus de tout préalable par le général Ahmed Gaïd Salah. Mais le panel qu'il dirige a refusé sa démission, et annoncé son intention de se mettre au travail « dans les plus bref délais ».

Une semaine après la rencontre entre le président par intérim Abdelkader Bensalah et six personnalités issues du « Forum civil pour le changement » – un groupe conduit par l’ancien président de l’Assemblée populaire nationale (APN) et ex-ministre de Bouteflika Karim Younès, appelé à mener un « dialogue national inclusif » entre pouvoir et opposition – , l’initiative risque de se solder par un échec avant même de commencer. L’onde de choc qu’ont provoquée les propos mardi du chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah (AGS), qui a refusé d’accepter les préalables demandés par le Forum, n’a pas tardé à se faire sentir.

Karim Younès a d’abord présenté, jeudi au cours d’une réunion, sa démission aux autres membres du panel. Ces derniers la refusant, il est finalement revenu sur sa décision. Le dialogue « aura lieu dans les plus brefs délais », ont assuré les participants, d’après la télévision nationale. Dans une récente interview à Jeune Afrique, Karim Younès affirmait pourtant qu’aucune concertation n’était possible « sans la libération des détenus d’opinion et la fin de la répression violente des manifestants et des médias ».

Les personnalités du Forum civil pour le changement ne semblent pas vouloir renoncer au « dialogue », malgré les dizaines de manifestants toujours sous les verrous – « qualifiés à tort comme des prisonniers d’opinion », selon les mots du général Gaïd Salah. « Nous espérons que le dialogue sera couronné de succès et de réussite, loin de la méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats », avait tranché ce dernier, refusant de négocier les « conditions d’apaisement » demandées par le Forum comme une garantie de la volonté de dialoguer du pouvoir.

Les « assurances » de Bensalah

Interrogé mercredi par la presse algérienne, Karim Younès répétait : « Abdelkader Bensalah nous a donné des assurances ». Mais le président par intérim se trouve désormais dans une situation inconfortable, discrédité par Ahmed Gaïd Salah. Après la rencontre avec Karim Younès, Smail Lalmas, Bouzid Lazhari, Abdelwahab Bendjelloul, Azzedine Benaissa et Fatiha Benabbou, le chef de l’État s’était dit « disposé » à mettre en œuvre les conditions présentées par les personnalités du Forum : la libération des manifestants, l’allègement du dispositif policier, la libération du champ médiatique ou encore le départ du gouvernement actuel.

Quelques heures après le discours de Gaïd Salah, l’économiste Smail Lalmas – l’une des six personnalités reçues au palais d’El Mouradia – a quitté le panel

Pour certains, la « libération », à Chlef, de deux jeunes manifestants portant un drapeau amazigh, représentait un premier pas. Pourtant, leur remise en liberté ne correspond pas à un acquittement : les deux ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis. La déclaration du chef d’état-major – saluée jeudi par le FLN – était venue confirmer qu’il n’y aurait aucune concession. « Je rappelle que seule la justice est souveraine de la décision, conformément à la loi, concernant ces individus qui s’en sont pris aux symboles et aux institutions de l’État en portant outrage à l’emblème national », avait déclaré le général.

Quelques heures après le discours de ce dernier, l’économiste Smail Lalmas – l’une des six personnalités reçues au palais d’El Mouradia – a quitté le panel. La raison : « aucune réponse positive aux revendications populaires concernant les mesures d’apaisement » n’a été donnée. Si Lalmas n’a quitté l’initiative qu’après les mises en garde d’AGS, celle-ci essuie régulièrement les critiques de la société civile et d’une partie de l’opposition.

Multiples défections

Mouloud Hamrouche, Mokrane Ait Larbi, Lyes Merabet, Djamila Bouhired, Drifa Ben M’hidi ou encore Ahmed Benbitour, appelés eux aussi pour conduire le dialogue, ont refusé de prendre part à l’initiative, avant même le veto de l’homme fort de l’Algérie. Après s’être montrés initialement ouverts au principe, le sociologue Nacer Djabi, le militant des droits de l’homme Saïd Salhi et l’étudiant Islam Benattia ont ensuite abandonné l’instance après avoir dénoncé l’élargissement du panel – initialement composé de 13 personnalités – à 23 participants.

« Des noms ont été ajoutés à ce panel à notre insu, et l’équipe est montée à la présidence », a écrit sur sa page Facebook Nacer Djabi. Et Saïd Salhi d’ajouter : « Je vous laisse la liberté d’en déduire vous-mêmes la réelle volonté du pouvoir. » Si l’objectif affiché par le chef d’état-major est de « ne pas perdre davantage de temps », le pays demeure dans une impasse qui ne semble pas vouloir trouver rapidement d’issue.

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