Pétrole & Gaz

Pétrole : « L’ambition du Gabon est d’accroître la production et de renouveler les réserves »

Noël Mboumba

Noël Mboumba © Facebook

Le Gabon fait les yeux doux aux investisseurs : il vient de se doter d’un nouveau code des hydrocarbures, et ambitionne de remonter la pente d’un secteur pétrolier en berne depuis la chute des prix du baril en 2014. Interview avec le ministre du Pétrole, Noël Mboumba.

Le Gabon espère renouer avec des jours meilleurs dans le secteur du pétrole. Le pays, dont les ressources prouvées sont en baisse, connaît également une production décroissante. Selon le BP Statistical report – qui fait référence pour les professionnels du secteur -, les réserves en 1998 étaient estimées à 2,60 milliards de barils contre 2 milliards en 2018. La production, elle, a chuté de 240 000 barils par jour en 2008 à 194 000 en 2018.

En 2017 deux majors ont plié bagages. Shell a revendu ses actifs à Assala Energy et Total, ex-première compagnie du pays, a cédé les siennes à Perenco. Et ces cinq dernières années, le Gabon n’a signé aucun contrat pétrolier. Les autorités espèrent désormais renverser cette tendance, et comptent en particulier sur le nouveau code pétrolier pour ce faire. Nommé ministre du Pétrole et des Hydrocarbures en juin 2019, Noël Mboumba détaille pour Jeune Afrique les ambitions du Gabon sur le secteur pétrolier, affirmant notamment que le nouveau code impose une plus grande transparence, à même d’attirer les investisseurs.

Jeune Afrique : Quelles sont les mesures phares de ce nouveau code ?

Noël Mboumba : Le nouveau code pétrolier promulgué le 16 juillet est une réponse positive aux attentes longtemps exprimées par l’industrie, car il se traduit par un assouplissement de la pression fiscale. L’impôt sur les sociétés, qui était auparavant de 35 % du profit oil, a été ramené à taux zéro. Cet impôt était un facteur rédhibitoire pour les investisseurs. Par ailleurs, la Redevance minière proportionnelle (RMP) – la rétribution que les compagnies doivent payer pour le droit d’exploitation – passe pour l’offshore d’un minimum de 9 % à un minimum de 5 %.

La récupération des coûts pétroliers s’est un peu améliorée : de 65 % à 70 % en zone conventionnelle, mais elle reste à 75 % en offshore. Toutes ces mesures visent à augmenter la rentabilité de notre bassin sédimentaire.

Avec la baisse des taxes, l’État pourra-t-il collecter des recettes suffisantes ?

Dans l’immédiat, il y aura moins de recettes, certes. Mais à long terme, nous allons créer une synergie. Il faut rappeler que le code de 2014 a été écrit dans un contexte particulier, au moment où le prix du baril était plus élevé. L’État pouvait se permettre de prendre plus de parts dans les recettes pétrolières.

Ce nouveau code a été élaboré dans un esprit de collégialité, avec les acteurs publics et privés présents au Gabon, ainsi qu’avec des organes internationaux comme le Fonds monétaire international (FMI), et des membres de la société civile.

Quelles sont les objectifs que vous souhaitez atteindre ?

L’ambition de notre pays est d’accroître la production pétrolière et de renouveler les réserves en relançant l’exploration, notamment dans les zones offshore profond et très profond. Nous cherchons à atteindre 300 000 barils par jour d’ici 2020 – 2021, soit environ 100 000 barils par jour de plus qu’actuellement.

Nous avons initié en novembre 2018 un appel d’offres international sur 35 blocs en offshore

Le Gabon possède encore un réel potentiel en matière d’exploration pétrolière, que ce soit en onshore ou en offshore. On a vu la récente découverte par le malaisien Petronas du site de Boudji en eaux profondes, au large des côtes du sud-ouest du pays. Et même pour les champs arrivés à maturité, les nouvelles technologies peuvent aider à les rentabiliser encore d’avantage.

Surtout, nous avons initié en novembre 2018 un appel d’offres international sur 35 blocs en offshore qui se poursuit jusqu’au 10 janvier 2020. C’est une consultation que nous voulons transparente et équitable pour tous les potentiels investisseurs. Une des avancées du nouveau code est que le gré à gré devient une exception, alors que, par le passé, l’impression qui se dégageait était que le gré à gré tendait à devenir la pratique consacrée.

Cette volonté de transparence va dans la droite ligne des ambitions du Gabon, qui présente déjà les signaux pour réintégrer l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) – l’organisme international labellisant la transparence dans les industries extractives d’un pays – que le Gabon a quitté en 2013.

Qu’en est-il de l’exploration du gaz au Gabon?

Pour ce qui est du gaz naturel, nous ambitionnons à très court terme de développer la filière pour les besoins de développement intérieur, avec des perspectives d’expansion sur le marché international à moyen terme.

Nous avons par exemple le champ d’Olowi, qui sera exploité par la franco-britannique Perenco, en joint venture avec la société nationale des hydrocarbures, la Gabon Oil Company (GOC).


Quatre mesures phares du nouveau code

• L’impôt sur les sociétés (IS) à taux zéro

Fixé dans le code de 2014 à 35 % du profit oil – soit la part résiduelle de la production qui se dégage après le calcul des coûts de production et des taxes – l’IS passe de 35 % à 0 %. Une satisfaction pour les opérateurs pétroliers qui avaient pendant longtemps demandé son retrait.

• L’État se fait plus petit dans les contrats d’exploration et de partage de production (CEPP)

Le CEPP, qui reste le contrat le plus répandu, « prévoit obligatoirement une clause de participation de l’État qui ne peut excéder 10% de parts d’intérêts dans les opérations », indique le code de 2019, alors que celui de 2014 fixait ce même pourcentage à 20 %.

De même, le minimum de la part de l’État dans le CEPP a baissé de 10 % – soit un taux minimum de 45 % en zone conventionnelle et 40 % en offshore.

• La participation optionnelle de la GOC, la société nationale des hydrocarbures, reste inchangée

La Gabon Oil Company (GOC), l’opérateur national, « a le droit d’acquérir une participation qui ne peut excéder 15 % » dans tout CEPP – un pourcentage similaire à celui de l’ancien code. Le principal rôle de la GOC est de gérer les participations de l’Etat gabonais dans les contrats pétroliers.

• Le retour des conventions d’exploitation

Un autre type de contrat, en plus des CEPP, a été remis au goût du jour dans le code de 2019. Les « conventions d’exploitation » seront conclues « prioritairement avec l’opérateur national (la Gabon Oil Company, GOC) et les entreprises autochtones », et sont destinées à « l’exploitation des découvertes marginales, des champs matures et des champs marginaux », indique la loi. Elles permettent à l’opérateur de « demander des concessions », indique-t-on au ministère.

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