Politique

Ebola en RDC : retour sur un an d’épidémie

Centre de traitement à Beni, le 16 juillet 2019 © Jerome Delay/AP SIPA

Ce jeudi, cela fait un an que l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola a été déclarée dans l'est de la RDC. Retour sur an de lutte contre la maladie, entre crise sanitaire, risques sécuritaires, jeux politiques et enjeux pharmaceutiques.

La dixième épidémie en RDC préoccupe bien au-delà des frontières des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri où elle a tué plus de 1.800 personnes (1.803 selon les derniers chiffres) en douze mois, principalement dans les zones de Beni et Butembo.

L’Arabie Saoudite a fermé les portes de la Mecque aux musulmans vivant en RDC pour prévenir tout risque de propagation lors du prochain pèlerinage. Au Maroc, un dépliant de conseils et d’informations sur Ebola est remis à l’aéroport de Casablanca aux passagers en provenance de Kinshasa.

« Les échanges économiques et humains sont très intenses », a averti Pierre Somse, ministre de la Santé de la Centrafrique voisine. « Nos éleveurs vendent leur bétail en RDC. Des groupes rebelles et des braconniers vont et viennent de l’autre côté de la frontière. Les risques sont élevés ».

Aucun cas n’a été enregistré dans la capitale congolaise qui se situe à deux heures d’avion des principaux foyers d’infection.

Un infirmière attend les résultats d'un enfant dans le centre de traitement de Beni, en juillet 2019. © Jerome Delay/AP SIPA

À Goma, la capitale du Nord-Kivu à la frontière avec le Rwanda, la frustration et le désespoir sont au rendez-vous pour les deux millions d’habitants.

« Nous sommes sensibilisés, nous respectons les règles (lavage des mains et contrôle de température), mais ce que nous voulons c’est que cette épidémie prenne vite fin », affirme Jonas Shukuru, taxi-moto de la ville. « Le gouvernement doit en faire sa priorité car nous ne devons pas mourir à la fois à cause de l’insécurité et de cette l’épidémie ».

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fait de l’épidémie d’Ebola une « urgence de santé publique de portée internationale » après la découverte d’un premier cas mi-juillet à Goma. Un second cas y a été enregistré, le 30 juillet, et y est mort quelques heures plus tard, renforçant les inquiétudes.

L’OMS a cependant déconseillé la fermeture des frontières de la RDC avec les pays voisins, dont l’Ouganda où deux décès ont été enregistrés en juin.

Assassinat d’un médecin

Quinze jours après, l’organisation se félicitait d’une augmentation de l’aide étrangère pour aider la RDC et son système de santé publique quasi-inexistant. La Banque mondiale a annoncé 300 millions de dollars d’aide supplémentaire.

Après les 11.000 morts en Afrique de l’Ouest en 2014, l’épidémie congolaise est la plus grave de l’histoire de la maladie en Afrique où elle était apparue en 1976 dans l’ex-Zaïre (devenu RDC), près de la rivière Ebola.

L’épidémie frappe principalement les zones de Beni et Butembo-Katwa, pris dans le tourbillon de la violence des groupes armés depuis 25 ans.

La présence des Forces démocratiques alliées (ADF) a compliqué les actions de prévention au nord de Beni, à Oicha, un foyer marginal de l’épidémie. Les incursions meurtrières des ADF dans Beni même ont suspendu les activités sanitaires pendant quelques jours.

Enterrement d'une personne atteinte d'Ebola, le 14 juillet 2019 à Beni © Jérome Delay / AP SIPA

Mais les équipes sur le terrain se sont surtout heurtées aux « réticences » et aux « résistances » des habitants : déni de la maladie, refus de la vaccination, de l’hospitalisation des proches, des enterrements « dignes et sécurisés » conduits par la Croix-Rouge pour éviter tout contact avec les fluides du défunt particulièrement contagieux.

Ces « résistances » ont été violentes, avec l’assassinat d’un médecin épidémiologiste de l’OMS dans l’attaque d’un hôpital à Butembo en avril, et l’attaque des centres de traitement d’Ebola (CTE) à Butembo et Katwa.

Changements politiques

L’épidémie a également eu plusieurs conséquences politiques. Le ministre congolais de la Santé Oly Ilunga a démissionné fin juillet, s’estimant désavoué par le président Félix Tshisekedi qui a décidé de prendre le contrôle direct de la lutte contre Ebola.

Félix Tshisekedi a confié la responsabilité de la « riposte » au professeur Jean-Jacques Muyembe, qui travaillait déjà avec l’OMS en 1976 sur la première épidémie d’Ebola dans l’ex-Zaïre.

Oly Ilunga, médecin expatrié en Belgique, s’opposait à l’introduction d’un deuxième vaccin, répétant chaque jour sa confiance dans l’actuelle injection des laboratoires Merck. Il invoquait aussi les risques liés à l’introduction d’un nouveau produit dans des communautés où la méfiance à l’égard du personnel soignant était déjà élevée.

Recommandé par l’OMS, ce deuxième produit est fabriqué par la société Johnson & Johnson et en est au stade des enquêtes sur son efficacité. Le vaccin Merck a été testé, mais n’a pas de licence.

La société civile du Nord-Kivu a invité « les autorités à faire une évaluation des résultats de la riposte contre Ebola », a déclaré à l’AFP son président, John Banyene : « Une année, c’est trop ! ».

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