Politique

Côte d’Ivoire : quand Amadou Gon Coulibaly cherche à « effacer les traces » de Guillaume Soro dans le Nord

Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre ivoirien, lors d'un meeting à Ferkessédougou le 26 juillet 2019. © DR / Amadou Gon Coulibaly

Derrière les cérémonies d’hommage à Alassane Ouattara qui se multiplient dans le septentrion ivoirien se dévoile un enjeu que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly n’a pas caché : effacer les traces de Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale qui a pris ses distances avec la mouvance présidentielle.

Samedi 26 juillet, à Ferkessédougou, au cœur du fief électoral de Guillaume Soro dans le Nord. Du haut de la tribune installée sur la place Alassane-Ouattara sous le soleil brûlant de cette fin du mois de juillet, Amadou Gon Coulibaly l’affiche sans ambages : « Notre mobilisation de ce jour efface à jamais les quelques traces qu’auraient pu laisser ici les mensonges proférés par quelques opportunistes à la recherche d’assise politique », a martelé le Premier ministre d’Alassane Ouattara, devant quelque 26 000 personnes convoyées pour la plupart depuis les onze régions du nord du pays.

Soro jamais nommé, mais ciblé

À au moins trois reprises, le natif de Korhogo, à 50 kilomètres de là, s’en est pris à Guillaume Soro, son grand rival politique du Nord. Sans jamais le citer, mais en faisant allusion tantôt à l’ambition présidentielle de celui-ci – qui ne serait pas « dans les limites du tolérable et du raisonnable » -, tantôt à sa tournée dans la région du Hambol – « où il [Soro] a séjourné pendant quelques temps, il n’y a pas longtemps ».

Le choix de Ferkessédougou n’est pas fortuit. En moins de quatre mois, c’est le troisième rassemblement initié par des responsables du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) dans cette ville où Guillaume Soro se fait élire député depuis 2011.

Depuis la France, où il se trouve actuellement, l’ex-président de l’Assemblée nationale n’a pas manqué d’adresser sa réponse au dauphin putatif d’Alassane Ouattara, candidat potentiel du RHDP à la prochaine présidentielle. « Ce jour, je pense à Ferké ma ville, la ville de mes ancêtres. Ferké la ville où reposent en paix mon père et ma mère. J’aime Ferké. Ferké ville digne », a-t-il écrit dans un tweet fortement chargé en pronoms possessifs.

Moins allusif, le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci) de Mamadou Kanigui Soro, proche de Soro, a dénoncé une « série sans fin de cérémonies d’hommage [qui] vire au harcèlement politique des vaillantes populations du Tchologo », une région comprenant Kong, où la famille du président ivoirien règne en maître.

Le collectif des coordinateurs du Raci en charge des régions du Nord a de son côté fustigé « la manipulation ethnique, régionaliste et le chantage au développement des villes et villages du Nord dont sont l’objet les dignitaires de la chefferie coutumière et religieuse » et dénoncé « le funeste projet d’instauration de la pensée unique au nord de la Côte d’Ivoire ».

Une bataille sans merci

« La bataille du Nord s’annonce sans merci », commente un journaliste politique ivoirien. De fait, Guillaume Soro avait déjà annoncé sa stratégie : retourner sur les traces de ceux qui chercheront à effacer les siennes. Ses proches annoncent qu’il effectuera une tournée dès son retour en Côte d’Ivoire, d’où il est parti depuis deux mois, dans la région du Guémon. Une région de l’Ouest réputée favorable à Laurent Gbagbo. Sur son agenda figure également un détour chez ses parents de Ferkessédougou. Pour (re)marquer son territoire.

Une initiative qui ne déplaît ni au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié, allié de Guillaume Soro, ni au Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo. Ces deux partis peinent à s’implanter dans les régions du Nord et misent sur une division des cadres de la mouvance présidentielle de cette partie du pays.

En définitive, alors qu’Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly voient en Guillaume Soro l’homme qui pourrait contrarier l’ambition présidentielle du Premier ministre, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo voient en lui un cheval de Troie. Tandis que lui-même estime qu’il doit d’abord consolider ses bases dans le Nord.

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