Santé

Ebola en RDC : un nouveau vaccin, pour quoi faire ?

Lors d'une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni.

Lors d'une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni. © Jerome Delay/AP/SIPA

La RDC pourrait tester un nouveau vaccin expérimental contre l'épidémie d'Ebola qui continue de se propager dans l'Est. En quoi est-il différent de celui utilisé actuellement ? Décryptage.

Son décès a provoqué l’effet d’un électrochoc dans le milieu sanitaire. Le 16 juillet dernier, un homme atteint de la fièvre hémorragique Ebola est décédé à Goma, une première dans cette grande ville de l’est de la RDC. Dès le lendemain, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a activé sa procédure d’urgence sanitaire internationale.

En RDC, la présidence a annoncé la création d’un comité d’experts chargé d’organiser la riposte contre l’épidémie, placée sous la supervision du président Félix Tshisekedi. Aux commandes : le professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC (INRB) et partisan de l’utilisation d’un nouveau vaccin longtemps rejeté par les autorités.

Si aucune décision n’a officiellement été prise, l’arrivée de Muyembe à la tête de ce comité pourrait ouvrir la voie à l’utilisation de ce nouveau vaccin. Mais le recours à ce nouvel outil dans la riposte à la propagation d’Ebola pose de nombreuses questions. Le recours à ce vaccin – produit par Janssen Pharmaceutical, filiale de l’Américain Johnson&Johnson, encore en phase expérimentale, avait été rejeté jusque-là par les autorités congolaises qui arguaient d’un manque de données sur son efficacité et ses éventuels effets secondaires.

Quelle efficacité ?

Son utilisation serait différente du premier vaccin actuellement administré dans le pays, le rVSV-ZEBOV. Celui-ci, fabriqué par le laboratoire américain Merck et déjà testé en Guinée en 2015, est utilisé dans les zones déjà touchées par l’épidémie. Il est notamment injecté aux proches des personnes ayant été contaminées et accroît les chances de survie des malades. Les signes de son efficacité sont bons, selon plusieurs spécialistes.

Le vaccin proposé par Janssen Pharmaceutical pourrait de son côté être déployé dans des zones qui n’ont pas été touchées par l’épidémie. Il serait utile en vue de mettre en place le « rideau de vaccination » que le Pr. Muyembe et son équipe de l’INRB avaient proposé d’ériger il y a deux mois, dans le but de protéger Goma, avant que la ville ne soit touchée à son tour.

« Le vaccin expérimental actuellement utilisé est un schéma thérapeutique à dose unique », détaille Macaya Douoguih, cheffe du département de développement clinique des vaccins au sein de Janssen Pharmaceutical. Celui proposé par l’entreprise belge, en revanche, « doit être injecté deux fois, avec un intervalle de deux mois entre chaque vaccination. La première injection déclenche le système immunitaire et la seconde vise à augmenter la durée de la protection », précise-t-elle. Janssen Pharmaceutical Companies a indiqué disposer de près de 500 000 doses et assure que son produit a « été conçu pour prévenir la maladie provoquée par la souche Ebola du Zaïre ».

Le vaccin a-t-il été suffisamment testé ?

Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a exprimé son soutien pour une évaluation clinique plus poussée de ce vaccin en RDC, son utilisation ne fait cependant pas l’unanimité. Le ministre de la Santé, le Dr Oly Ilunga Kalenga, a présenté sa démission le 22 juillet, dénonçant entre autres dans un communiqué de « fortes pressions » exercées depuis plusieurs mois pour que le nouveau vaccin soit administré sur la population. Il a également déploré la composition du comité mis en place pour faire face à l’épidémie et évoqué « des initiatives prises par des membres ayant suscité des interférences dans la conduite de la riposte ». « Le vaccin actuellement utilisé (…) est le seul qui a démontré son efficacité », poursuit-il.

« Bien que le vaccin n’ait pas été utilisé lors d’épidémies précédentes et que, par conséquent, la démonstration de son efficacité chez l’homme ne soit pas suffisamment prouvée, il est bien toléré et immunogène chez l’homme », assure Macaya Douoguih. « Il protège également efficacement contre le virus Ebola chez les primates non humains », précise-t-elle par ailleurs. Depuis le début de la phase de test, plus de 6 000 personnes ont été vaccinées avec ce produit aux États-Unis, en Europe et en Afrique, assure la société pharmaceutique.

L’enjeu de la sensibilisation

Autre limite pointée par les détracteurs du nouveau vaccin : les deux vaccinations nécessaires, au lieu d’une seule pour le vaccin actuel. Cela pourrait représenter un défi dans un pays où les populations se déplacent régulièrement. Sans plan de sensibilisation, l’introduction d’un second vaccin pourrait également créer la confusion et défiance. Un argument que comprend Macaya Douoguih, qui convient que « une forte mobilisation des différentes communautés sera nécessaire pour assurer une réponse efficace ».

Par ailleurs, toujours selon la cheffe du département de développement des vaccins de l’entreprise belge, l’INRB et plusieurs acteurs internationaux, dont MSF ou encore l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, « travaillent à mettre en place les conditions optimales en vue de déployer le vaccin de Janssen ».

Selon le dernier bilan diffusé lundi par le ministère de la Santé, « le cumul des cas [atteints d’Ebola] est de 2 592, dont 2 498 confirmés et 94 probables. Au total, il y a eu 1 743 décès – 1 649 confirmés et 94 probables – et 729 personnes guéries », depuis août 2018. La Banque mondiale a annoncé mercredi l’octroi d’une aide pouvant aller « jusqu’à 300 millions de dollars » dans le cadre de la lutte mondiale contre l’épidémie d’Ebola.

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