CAN 2019

Maroc – Football : Hervé Renard : « Je reviendrai en Afrique pour essayer d’y gagner une troisième CAN »

L'ex-sélectionneur du Maroc Hervé Renard pendant le Mondial de football en Russie, à Kaliningrad, le 24 juin 2018 (image d'illustration).

L'ex-sélectionneur du Maroc Hervé Renard pendant le Mondial de football en Russie, à Kaliningrad, le 24 juin 2018 (image d'illustration). © Petr David Josek/AP/SIPA

Le désormais ex-sélectionneur de l’équipe nationale du Maroc revient sur son passage dans le royaume chérifien et évoque son avenir, dont il assure qu’il s’écrira probablement en Asie à court terme, tout en promettant un retour en Afrique à plus longue échéance.

Hervé Renard, qui a confirmé le week-end dernier son départ du Maroc – ce que Jeune Afrique avait annoncé dès le 17 juillet -, se repose désormais au Sénégal, mais sans doute pas pour longtemps. Le double champion d’Afrique 2012 et 2015 ne manque pas de propositions, essentiellement en Asie. Approché par quelques clubs, qui lui proposent – à l’en croire – un salaire très élevé, mais aussi par des fédérations, dont celle de l’Arabie Saoudite, le Savoyard annoncera sa future destination d’ici à la fin du mois de juillet. Et refermera, provisoirement, un riche chapitre africain.

Jeune Afrique : Vous avez déclaré que votre décision de quitter le Maroc était prise depuis un an. Pourquoi ne pas être parti plus tôt ?

Hervé Renard : J’avais reçu une très belle offre d’une fédération asiatique. Et je m’étais entretenu avec Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération marocaine, en lui faisant part de cet intérêt. Mais j’étais sous contrat, et on ne m’a pas laissé partir. J’ai donc continué ma mission au Maroc, avec pour objectif de qualifier la sélection pour la CAN 2019.

Cette année, j’ai expliqué à mon président que je souhaitais partir, et il a accepté. Je l’en remercie. Mais ma décision ne signifie en rien que je n’étais pas bien au Maroc, ou qu’on ne me traitait pas bien. J’ai simplement estimé qu’il était temps de donner une autre orientation à ma carrière.

Elle se poursuivra visiblement en Asie…

C’est très probable.

Hervé Renard, sélectionneur français du Maroc.

Hervé Renard, sélectionneur français du Maroc. © Sunday Alamba/AP/SIPA

J’aurais aimé avoir des propositions venant d’Europe ou d’Amérique du Sud, où le niveau du football est un cran au-dessus

Vous n’avez pas eu de contacts en Afrique ?

Si, mais quand j’étais sous contrat avec le Maroc. Cela fait plus de dix ans, avec deux expériences en France entre-temps (Sochaux et Lille) que je travaille en Afrique. Au Ghana, en tant qu’adjoint de Claude Le Roy, en Zambie, deux fois, en Angola, à l’USM Alger, en Côte d’Ivoire et au Maroc.

Je ne vous cache pas que j’aurais aimé avoir des propositions venant d’Europe ou d’Amérique du Sud, où le niveau du football est un cran au-dessus. Mais je n’ai rien reçu, et je ne  parle même pas d’un club du top niveau, ou même d’une sélection européenne. Je ne vais donc pas forcer les fédérations ou les clubs à m’engager !

Votre nom circule en Arabie saoudite, pour y devenir sélectionneur, et dans des clubs dans le Golfe, en Chine, au Japon. Quand prendrez-vous votre décision ?

Au plus tard fin juillet. Je suis en pleine phase de réflexion. Entraîneur et sélectionneur, ce n’est pas tout à fait le même métier. J’ai davantage de propositions de clubs que de sélections.

Hervé Renard, le sélectionneur du Maroc, à la veille du match entre le Maroc et l'Espagne au Lokomotiv stadium à Kaliningrad en Russie, le 24 juin 2018.

Hervé Renard, le sélectionneur du Maroc, à la veille du match entre le Maroc et l'Espagne au Lokomotiv stadium à Kaliningrad en Russie, le 24 juin 2018. © Petr David Josek/AP/SIPA

L’aspect financier est un critère important, il ne faut pas être hypocrite

Pourriez-vous effectuer un choix également financier ?

L’aspect financier est un critère important, il ne faut pas être hypocrite. Mais jusqu’à maintenant, je n’en n’ai jamais fait un critère déterminant. J’aurais pu gagner beaucoup plus d’argent quand j’étais en poste en Afrique en acceptant certaines propositions venues d’Asie.

Je suis en pleine réflexion, mais il va falloir que je me décide très vite. Mais je peux déjà vous assurer d’une chose : avant la fin de ma carrière, je reviendrai en Afrique, pour essayer d’y gagner une troisième Coupe d’Afrique des Nations.

L’ancien défenseur des Lions de la Teranga, Ferdinand Coly, qui vit comme vous à Saly, vous a dit il y a quelques mois, après un match sur la plage, que vous seriez un jour le sélectionneur du Sénégal…

Mais j’espère sincèrement que ce sera un jour le cas ! Pas dans l’immédiat, bien sûr, mais j’aimerais que cela se fasse, dans le futur. Je vis au Sénégal, c’est un pays que j’aime beaucoup. Et qui a toujours possédé de très bons footballeurs.

Le Béninois Jodel Dossou au duel avec le Marocain Da Costa, le 5 juillet 2019 au Caire.

Le Béninois Jodel Dossou au duel avec le Marocain Da Costa, le 5 juillet 2019 au Caire. © Ariel Schalit/AP/SIPA

C’est le football, c’est comme ça, on voulait aller le plus loin possible, et cela s’arrête sur un coup du sort

Revenons au Maroc. Quel bilan tirez-vous de ces quarante-et-un mois passés sur le banc des Lions de l’Atlas ?

Il est positif. Quand je suis arrivé, en 2016, le Maroc était 81e au classement FIFA, il a gagné depuis près de quarante places [classement au 14 juin 2019, ndlr]. On s’est qualifié pour la CAN 2017, avec un quart de finale, pour la Coupe du Monde 2018, pour la CAN 2019, avec trois victoires au premier tour, ce qui n’était jamais arrivé au Maroc.

Et puis, tout bascule parce qu’un ballon termine sur le poteau, alors que votre équipe a la possibilité de gagner face au Bénin en huitièmes de finale. C’est le football, c’est comme ça, on voulait aller le plus loin possible, et cela s’arrête sur un coup du sort.

Bien sûr, cette élimination fût une grande déception, pour les joueurs, les dirigeants, le staff, les supporters. Mais je ne suis pas inquiet pour le Maroc…

Oui, mais des joueurs vont prendre leur retraite internationale…

C’est possible, en effet, mais les bases sont là. Le pays ne cesse de se structurer, son football progresse. J’espère qu’il remportera ce titre de champion d’Afrique qu’il attend depuis 1976.

On a parfois eu l’impression, lors de votre séjour au Maroc, que vos relations avec Fouzi Lekjaa, l’influent président de la fédération, étaient fluctuantes. Un jour bonnes, un jour tendues…

Détrompez-vous, elles étaient bonnes. On se disait les choses avec franchise. Il s’est montré tout à fait correct en acceptant que je parte, alors que j’étais sous contrat. Non, le problème, ce n’était pas lui. C’est au niveau du département communication que ça ne se passait pas bien du tout, c’était catastrophique. Une personne se reconnaîtra… Plusieurs fois, je m’en étais ouvert au président, car cela posait vraiment problème. Mais les choses n’ont pas changé. Et forcément, ça crispe.

Patrice Beaumelle, avec qui vous travaillez depuis des années (Angola, USMA, Zambie, Sochaux, Côte d’Ivoire, Maroc), vous suivra-t-il dans votre prochaine destination ?

Non. Nos routes se séparent ici. Chacun doit emprunter son propre chemin.

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