Société

Guinée : condamnation à perpétuité des assassins de l’ex-ministre Thierno Aliou Diaouné

Mis à jour le 26 juillet 2019 à 07:00

L’ancien ministre guinéen de la Jeunesse et des sports Thierno Aliou Diaouné. © DR

Quatre ans après l’assassinat de Thierno Aliou Diaouné, ministre sous la transition militaire en 2010, quatre suspects guinéen, sierra-léonais, libérien et nigérian ont été condamnés lundi 22 juillet par un tribunal de Conakry à la prison à perpétuité. L’avocat de l’un des accusés a annoncé qu’il allait faire appel de la décision.

Après quatre mois de procès tumultueux, le tribunal criminel de Dixinn (proche banlieue de Conakry) a rendu son verdict concernant l’assassinat de Thierno Aliou Dianouné, ancien ministre de la Jeunesse et des sports du gouvernement de transition de 2010 en Guinée. Quatre personnes de différentes nationalités – Guinée, Sierra-Leone, Liberia, Nigeria – ont été reconnues coupables de l’assassinat de l’ancien ministre. Ils écopent de la prison à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de trente ans. La famille de la victime se dit « soulagée que les coupables aient enfin été trouvés par les enquêteurs et condamnés ».

Âgé de 54 ans au moment des faits, l’ancien ministre et responsable du Fonds de consolidation de la paix auprès du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) était à bord de son véhicule, le soir du 6 février 2015, en haute banlieue de Conakry, quand ses assassins se sont introduits de force dans son véhicule, le criblant de balles avant de l’abandonner agonisant au bord de la route et de prendre la fuite à bord de son 4×4. L’arrivée des secours est intervenue trop tard. Il est décédé quelques minutes après son arrivée à l’hôpital.

« Aucune preuve tangible »

Alors que les accusés ont nié tous les faits d’assassinat pour lesquels ils sont poursuivis, leurs avocats ont parlé de « machination parce qu’il fallait trouver des coupables ». Maître Abou Camara, avocat d’Abdoulaye Djibril Diallo – le Guinéen considéré par les juges comme le cerveau de l’opération – , a décidé de faire appel de la décision pour « bénéficier cette fois-ci d’une justice équitable », confie-t-il à Jeune Afrique.

Selon lui, « ce procès a été mené de façon arbitraire parce qu’il n’y a aucune preuve tangible qui dit que mon client est impliqué dans cette affaire. D’ailleurs, quand Thierno Aliou Dianouné a été assassiné, mon client était déjà en détention pour une autre affaire », assure-t-il.

La question de la détention ce jour-là d’Abdoulaye Djibril Diallo a été soulevée à l’audience. La défense a été incapable d’en fournir les preuves

Des affirmations que Maître Sylla, avocat du défunt Thierno Aliou Dianouné, rejette en bloc : « La question de la détention ce jour-là d’Abdoulaye Djibril Diallo a été soulevée à l’audience. La défense a été incapable d’en fournir les preuves aux magistrats. Abdoulaye Djibril Diallo est bien celui qui a tiré à bout portant sur l’ancien ministre. »

Alors que quatre ans après, des éléments clés de la scène de crime – à savoir la voiture volée de Thierno Aliou Dianouné et les armes utilisées par les assassins – n’ont toujours pas été retrouvés, Me Camara dénonce le fait que la condamnation des accusés repose sur le simple fait que « leur contact téléphonique s’affichait sur le portable de l’ex-ministre de la Jeunesse ».

Assassinats en série entre 2010 et 2015

L’affaire Thierno Aliou Dianouné clôt une série de procès qui se sont tenus cette année en Guinée et qui avaient pour point commun l’assassinat de personnalités ayant occupé de hautes fonctions à Conakry durant la période 2010-2015. Tous ces crimes avaient quasiment le même modus operandi : la victime était fusillée à bord de son véhicule ou dans la rue. Le premier assassinat de ce genre a été celui en 2012 d’Aïssatou Boiro, directrice nationale du Trésor – l’une des personnalités les importantes dans la lutte contre le détournement de fonds au service de l’État.

Cette dernière circulait en voiture quand elle a été criblée de balles par des individus qui ont pris la fuite. Lors de son procès en février dernier, une dizaine de personnes ont été condamnées à des peines allant de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité. À cette liste s’ajoute notamment l’assassinat à son domicile de Mohamed Hussein, fonctionnaire du ministère des Finances, ainsi que celui du commissaire Pascal Bangoura.

Si à ce jour leurs assassins ont été condamnés, des zones d’ombres subsistent car les accusés ont tous nié les faits qui leur sont reprochés, et le nom des ordonnateurs demeure inconnu.