Politique

Gambie : Yahya Jammeh accusé d’avoir fait tuer des migrants ghanéens

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h43
Le dernier meeting du président Yahya Jammeh, en novembre 2016 à Banjul.

Le dernier meeting du président Yahya Jammeh, en novembre 2016 à Banjul. © Jerome Delay / AP / SIPA

Une trentaine de migrants originaires du Ghana ont été exécutés sommairement par une unité paramilitaire sur ordre de Yahya Jammeh, ont affirmé deux anciens membres de la garde présidentielle devant la Commission vérité et réconciliation, mardi 23 juillet.

Les meurtres, qui remontent à juillet 2005, visaient 30 Ghanéens faisant partie d’un groupe de migrants clandestins – 44 Ghanéens et plusieurs Nigérians, Sénégalais et Togolais – arrêtés sur une plage de Gambie alors qu’ils tentaient de se rendre en Europe. « Yahya Jammeh a ordonné l’exécution de ces ressortissants étrangers », présentés comme des « mercenaires », a déclaré devant la Commission vérité et réconciliation (TRRC) Omar Jallow, ex-membre des « junglers », une unité officieuse de soldats choisis au sein de la garde nationale.

Selon son récit, qui confirme une enquête des ONG Human Rights Watch (HRW) et TRIAL, ces 30 Ghanéens ont été emmenés dans le village du président, Kanilai, avant d’être exécutés de l’autre côté de la frontière sénégalaise.

Les autres migrants ont également été tués, à l’exception d’un unique survivant ghanéen, Martin Kyere, qui avait réussi à sauter du véhicule en marche. Yahya Jammeh, en exil en Guinée équatoriale, a toujours démenti être impliqué dans ces assassinats. Un autre militaire, Malick Jatta a également avoué mardi avoir tué l’un des migrants ghanéens, mais assuré avoir épargné un fuyard, dans une probable référence à Martin Kyere.

« L’ordre était de les fusiller »

Yahya Jammeh, lors d'un meeting de campagne avant sa défaite à la présidentielle de décembre 2017.

Yahya Jammeh, lors d'un meeting de campagne avant sa défaite à la présidentielle de décembre 2017. © Jerome Delay/AP/SIPA

La question maintenant est de savoir si Jammeh devra rendre des comptes

Omar Jallow a expliqué que leur commandant, le lieutenant Solo Bojang, « nous a dit que l’ordre de l’ancien chef de l’Etat (Yahya Jammeh) était de les fusiller ». « On les a conduits un par un jusqu’au lieu d’exécution et Sanna Manjang et Malick Jatta leur ont tiré dessus et les ont jetés dans un puits ».

Sanna Manjang, déserteur de l’armée en fuite, a été accusé lundi par Malick Jatta d’avoir participé, sur ordre de Yahya Jammeh, à l’assassinat en 2004 du journaliste Deyda Hydara, cofondateur du journal privé The Point et correspondant de l’AFP. M. Jatta a reconnu avoir participé à cet assassinat. « La question maintenant est de savoir si Jammeh devra rendre des comptes », a réagi le conseiller juridique de Human Rights Watch Reed Brody.

Un demi-frère de Jammeh exécuté

Des Gambiens célèbrent la victoire de la coalition formée contre le président  Yahya Jammeh alors qu'un soldat monte la garde, à Serrekunda le 2 décembre 2016.

Des Gambiens célèbrent la victoire de la coalition formée contre le président Yahya Jammeh alors qu'un soldat monte la garde, à Serrekunda le 2 décembre 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

Omar Jallow a aussi expliqué que l’un des migrants lui avait donné « 100 dollars pour qu’il puisse faire ses prières » mais qu’il avait été immédiatement abattu par Sanna Manjang. « J’ai gardé les 100 dollars ». L’ancien membre des « junglers » a ajouté avoir participé à l’exécution d’un demi-frère du président, Haruna Jammeh, peu après son interpellation en 2005 par la redoutée Agence nationale du renseignement (NIA). Le demi-frère du président a été conduit dans une forêt proche de Kanilai, où « Sanna Manjang l’a tué d’un coup sur la nuque », a dit Omar Jallow.

Arrivé au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en juillet 1994 dans ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, Yahya Jammeh s’était fait élire en 1996 puis réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à l’opposant Adama Barrow. Les défenseurs des droits de l’Homme accusent son régime de tortures systématiques d’opposants et de journalistes, d’exécutions extra-judiciaires, de détentions arbitraires et de disparitions forcées pendant ses 22 ans de pouvoir.

Après six semaines d’une crise à rebondissements, il a finalement dû quitter son pays en janvier 2017 à la suite d’une intervention militaire et diplomatique régionale. Interrogé début 2018 sur une éventuelle demande d’extradition de Yahya Jammeh, Adama Barrow a répondu qu’il attendrait la fin des travaux de la TRRC pour se prononcer.

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