Politique

Sani Yalo : « La Centrafrique n’a jamais servi de base arrière au putsch manqué en Guinée équatoriale »

Faustin Archange Touadéra, président centrafricain, et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président équato-guinéen, à Malabo le 20 mai 2016.

Faustin Archange Touadéra, président centrafricain, et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président équato-guinéen, à Malabo le 20 mai 2016. © DR / Ambassade de RCA en Guinée-équatoriale.

Accusé d’avoir participé à la tentative de coup d’État en Guinée équatoriale en décembre 2017, l’homme d’affaires Sani Yalo, proche du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, n’a cessé de clamer son innocence. Il accuse aujourd’hui ses adversaires politiques de vouloir le fragiliser.

En décembre 2017, plusieurs dizaines de Centrafricains, Camerounais et Tchadiens ont été arrêtés sur le territoire camerounais, accusés de préparer un coup d’État en Guinée équatoriale contre  le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Parmi eux, Hamed « Dada » Yalo, le « cerveau » présumé de l’opération, qui est aussi le frère cadet de l’homme d’affaires centrafricain Sani Yalo.

Ce dernier, plusieurs fois entendu par la justice centrafricaine dans cette affaire, est connu pour être un très proche conseiller du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Et les mercenaires centrafricains arrêtés lors de la tentative de putsch auraient, selon Malabo, en partie été enrôlés à Bangui. En juin, plus de 150 personnes ont déjà été condamnées à des peines allant de 3 à 96 ans de prison à l’issue d’un procès à Bata, en Guinée équatoriale.

Faustin-Archange Touadéra avait apporté son soutien à son homologue équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, en se rendant personnellement à Malabo, dès janvier 2018. Il avait même demander à la justice centrafricaine de diligenter une enquête, qui est actuellement toujours en cours.

Si cette affaire a certainement refroidi les relations entre les deux pays, Sani Yalo, qui clame son innocence, accusant les opposants de Touadéra de diffuser des « rumeurs » dans un but politique. Sa principale cible : l’ancien président de l’Assemblée nationale centrafricaine, Abdou Karim Meckassoua, qui, en avril dernier, avait affirmé en avril dernier que « Sani Yalo est bien impliqué dans une tentative de renversement du président Obiang ».

Malgré ces accusations, l’homme d’affaires à la tête du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC), l’une des mannes financières du pays, assure avoir gardé la confiance du président Touadéra. Sani Yalo assure même être serein, même si son frère Hamed « Dada » Yalo, est, lui, toujours dans l’attente de son procès devant une cour militaire à Yaoundé, au Cameroun.

Jeune Afrique : Vous êtes soupçonné par certains d’être impliqué dans la tentative de coup d’État contre le président équato-guinéen en décembre 2017.  Que répondez-vous à ceux qui vous accusent ? 

Sani Yalo : Ce ne sont que des rumeurs infondées. Ceux qui m’accusent constamment dans cette affaire de coup d’État avorté contre le président équato-guinéen ne sont pas en mesure d’apporter la moindre preuve de mon implication. Je me suis largement prononcé sur cette affaire en clamant constamment mon innocence. Les auteurs de ce putsch manqué ont été jugés dans le pays concerné. La procédure suit son cours.

Mon nom n’a jamais été prononcé devant une juridiction du pays concerné. Les gens veulent me faire tomber et, par la même occasion, faire tomber le président de la République. Mais ils doivent bien trouver un motif qui tient debout pour être crédibles. C’est pour cela qu’il y a des spéculations autour de mon nom.

Je n’ai aucun intérêt à monter un plan quelconque pour le déstabiliser

Parmi les personnes arrêtées se trouvent également des membres de votre famille, dont votre frère cadet, Hamed « Dada » Yalo…

Les fautes pénales sont individuelles en matière de droit. Aujourd’hui, il n’existe rien contre moi. C’est vrai que mon frère cadet a été arrêté dans cette affaire. Ce n’est plus un enfant à qui je peux donner l’ordre de faire quelque chose, encore moins ce genre d’acte.

C’est à la justice de décider de ce qu’il adviendra. Personnellement, je respecte beaucoup Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. C’est un grand frère pour moi et, surtout, un grand soutien de la Centrafrique. Je n’ai aucun intérêt à monter un plan quelconque pour le déstabiliser.

Plusieurs sources indiquent que des mercenaires ont été recrutés à Bangui par votre frère pour mener cette opération… 

La Centrafrique n’a pas servi, à ce que je sache, de base arrière.

L’ancien président de l’Assemblée nationale centrafricaine, Abdou Karim Meckassoua, [destitué le 26 octobre dernier] a formellement indiqué en avril dernier que vous étiez impliqué dans cette tentative de coup d’État, et même que « le président Touadéra ne pouvait l’ignorer ». Que lui répondez-vous ? 

J’ai aussi été très étonné en découvrant sa réaction. Quand cette affaire a éclaté, Abdou Karim Meckassoua était encore président de l’Assemblée nationale. Pourquoi n’a-t-il pas dénoncé ce putsch manqué à ce moment là, s’il avait des preuves ? Et moi, qu’aurais-je gagné en commanditant un putsch en Guinée équatoriale ?

Je n’ai aucun lien avec ce pays et aucun intérêt là-bas. C’est de la diffamation, il oublie qu’il y a une justice derrière tout cela. L’ancien président de l’Assemblée nationale a toujours pensé qu’en étant proche du président Touadéra, j’avais aidé dans sa destitution ratée. Il veut simplement ternir mon image pour affaiblir ma position. Je le comprends, mais la réalité nous rattrape toujours.

Vous avez été entendu à plusieurs reprises par la justice centrafricaine. Craignez-vous une inculpation ? 

Non, je ne suis pas inquiet parce que j’ai rien à me reprocher. J’ai été entendu plusieurs fois. Mes comptes ont été vérifiés à plusieurs reprises, pour voir s’il y avait eu des transactions suspectes. Mais j’ignore ce que l’on me reproche précisément. J’apprends que je serais « impliqué » dans un coup d’État en Guinée équatoriale, mais impliqué comment ? Et pourquoi ? J’attends des réponses.

Cette affaire a-t-elle eu des conséquences sur vos relations Faustin-Archange Touadéra ?

L’objectif des rumeurs à mon égard est de me mettre dans une mauvaise posture face au président Touadéra afin de me nuire définitivement. Mais mes relations avec le président de la République ne datent pas d’hier et il a toujours eu confiance en moi. Il me défendra parce qu’il sait que cette histoire a été montée de toute pièce. Il n’y a aucune raison que nos relations se détériorent et cela a au contraire renforcé mes liens avec le président Touadéra. Il a encore de l’estime pour moi et il en a même parlé avec le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.

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